|
24ème
dimanche B
dimanche 17 septembre 2006
Père
Jean-YvesCalvez, jésuite
Marc 8,
27-35
Comment
comprendre ces mots « se charger de sa croix »
La fin du
chapitre 8 de saint Marc est un passage très important de l’Evangile,
bien sûr parce qu’il y est question de la souffrance annoncée du Fils
de l’homme, Jésus, mais aussi parce qu’il y a aussitôt cette
généralisation, dont je veux parler davantage : « Quiconque veut
sauver sa vie la perd, celui qui la perd à cause de moi la sauve ». Et
: que chacun se charge de « sa » croix. Tous et chacun sommes ici en
cause.
Ces paroles de Jésus, beaucoup les admirent, osent cependant à peine
les prononcer, ce sont de celles qui peuvent donner l’impression que
le christianisme est doloriste, ami de la souffrance –et de la mort.
Pourtant non, faut-il répondre tout de suite, car nous n’avons en
vérité pas à courir après la souffrance, pas plus que Jésus lui-même
ne lui a fait fête, malgré le pressentiment qu’il en a eu : chacun
doit d’ailleurs seulement, insisterai-je même, se charger de « sa »
croix, à savoir ce qui lui survient, les diminutions qui l’atteignent,
plus ou moins fortes, sans rien imaginer d’autre. La parole de Jésus
c’est, alors, d’abord, un rappel que s’il y a du bonheur, il y a aussi
des peines et du malheur en la vie : des croix, dans le vocabulaire de
l’Evangile, à accueillir. Et la parole de Jésus c’est, encore plus,
l’assurance que nous avons un ami proche qui a expérimenté la même
chose, à un degré extrême c’est vrai auquel tous ne sommes pas appelés
: si un sort extrême lui a été réservé, c’est parce qu’il est si
proche de Dieu, lui, et qu’en lui le mystère de mort et de
résurrection se joue en forme extrême aussi, comme en exemple, et
surtout, je redis ce mot, en assurance pour nous tous.
Insistons : notre croix, à accueillir, c’est l’ensemble de nos
communes souffrances, … telle contrariété, telle incompréhension,
telle rupture, tel deuil, tel sentiment d’une limite observée qui nous
irrite, et les maux de notre corps, etc., la mort même, évidemment,
qui attend chacun. Nous perdons notre vie dans toutes ces occasions,
c’est notre croix : ce que nous dit surtout l’Evangile c’est qu’elle
est tout entière susceptible de passer en celle de Jésus, du coup dans
sa résurrection aussi : c’est pour cela que Jésus nous parle à la
fois, en ce jour, de sa croix et de la nôtre, des nôtres.
Il faut donc mettre beaucoup de simplicité, autant qu’il est possible,
dans le geste de « se charger de sa croix », même si c’est dit en
arrière-plan des paroles de Jésus sur sa propre souffrance. Le
christianisme n’est pas doloriste, réaliste seulement, mais surtout il
associe nos pertes et nos diminutions à la geste immense de Jésus en
ce moment où s’ouvre pour lui la passion conduisant à sa résurrection.
C’est un enseignement, dirai-je, qu’il vaut la peine de retrouver
quand, au lendemain de vacances, commence pour nous une nouvelle année
de nos destinées ordinaires. J’ajouterai : prions les uns pour les
autres pour que chacun puisse se charger de sa croix de cette année
aussi paisiblement et sereinement que possible, dans la lumière de
celle que Jésus aperçoit, lui, au terme de son propre destin, conforté
certes par son Père comme nous dit Isaïe – pas « confondu », «
justifié » au contraire et « défendu », sauvé, par lui. Amen.
|