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Vingt-Quatrième
dimanche B
dimanche 13 septembre 2009
Père Laurent Basanese, jésuite
Marc 8, 27-35
Frères et sœurs, la
rencontre du Christ est toujours à la fois bouleversante et
dérangeante. Bouleversante car voilà un homme qui est passé parmi nous
en faisant le bien, relevant ceux qu’il croisait par sa parole et ses
actes, et ne se souciant pas – à première vue – de la postérité de sa
mission (Jésus n’a laissé, de fait, aucun écrit témoignant de la
sagesse de sa vie ou de son enseignement, et surtout on se demande
parfois sur quels critères ont été choisis les quelques braves qui
l’ont suivi pendant 3 ans, en voyant leurs comportements dans les
Evangiles) : il était fondamentalement « désintéressé. » Rencontre
bouleversante et dérangeante, car souvent il nous emmène là où nous ne
voudrions pas aller initialement – « toujours plus loin » –, ou bien
il dit des paroles sévères – alors que nous nous étions arrêtés
seulement à sa douceur –, ou même des paroles que nous ne comprenons
pas et qui scandalisent… Mais justement, n’est-ce pas pour tout cela
que beaucoup de gens sont toujours séduits par la personnalité, le
visage de cet homme Jésus ? Voilà enfin quelqu’un qui ne cherche ni à
briller ni à plaire, mais qui accomplit sa mission jusqu’au bout en
traversant toutes les incompréhensions et les oppositions !
Mais qui est-il donc ? Que
disons-nous de lui ? Que croyons-nous ? Nous sommes habitués aux
enquêtes d’opinions, mais pour l’instant aucun sondage – semble-t-il –
ne s’est proposé de demander : « Pour vous, qui est Jésus ? que
dites-vous ? » La question n’aurait certainement pas dérangé le
Christ, puisque lui-même la posa à ses disciples près de
Césarée-de-Philippe, et nous aurions aujourd’hui probablement des
réponses similaires : Jean-Baptiste ou Élie (càd. une sorte de
réincarnation d’un grand esprit, comme pourrait le prétendre une
branche du bouddhisme), un prophète (comme le croient les Musulmans),
un simple thaumaturge ou un imposteur (selon les Juifs), une invention
de l’Eglise (pour quelques anticléricaux), ou au contraire un grand
homme, un sage (pour beaucoup de gens touchés par sa vie et son
enseignement). Certains – les Chrétiens – diraient même à la suite de
l’apôtre Pierre : il est le Messie, dans le sens « Fils de l’homme »
et « Fils de Dieu », càd. il est celui qui est issu de notre chair, né
de la terre (« né de la Vierge Marie », disons-nous dans le Credo) et
qui, en même temps, sort de Dieu (« né de Dieu »), comme la lumière,
pour accomplir les promesses faîtes à Israël, en éclairant tout homme
qui vit dans les ténèbres afin de le ramener à la vraie vie.
Mais la foi ne peut pas
être uniquement une affaire d’opinion (« j’estime que… je crois que,
d’après mon expérience, mes études… »), car elle serait bien fragile :
qui me dit, en effet, que mon petit avis est « plus vrai » que celui
de mes voisins ? Et inversement, sommes-nous à ce point si différents
les uns des autres pour être définitivement incapable de partager en
vérité sur les fondamentaux de la vie : sa finalité, son origine, sa
grandeur, ses épreuves ? La foi n’est pas, non plus, le résultat
logique de considérations sur Dieu, l’ordre ou la beauté du monde,
l’éthique ou le sens de la vie : ces spéculations entraînent
difficilement l’adhésion de cœur, et demeurent le plus souvent « dans
la tête. » La foi chrétienne a besoin de quelqu’un, une personne
vivante qui me dise : « oui, crois-moi : Jésus est le Messie, celui
qui vient dans le monde, celui que tu attendais. » Elle a besoin de
mon courage et de ma liberté, laquelle peut agir seulement dans cet
espace créé par la rencontre entre moi et celui qui annonce, entre la
terre et le Ciel. Elle a besoin d’un acte qui m’engage, en faisant
descendre dans mon cœur et dans mon corps ce qui n’était auparavant
que pressentiment ; sinon, ces paroles de saint Jacques retentiraient
avec force : « Montre-moi donc ta foi qui n’agit pas… »
Après avoir posé cet acte
de foi, après l’avoir « actée » comme diraient les juristes
d’aujourd’hui, ce n’est pas fini : beaucoup de purifications sont
encore nécessaires, et nous l’apprenons souvent à nos dépens. Car
évidemment, qui imaginerait que ce Messie, choisi par Dieu,
souffrirait et échouerait – apparemment – dans sa mission, de manière
si lamentable ? Un véritable prophète n’est-il pas destiné à réussir,
puisqu’il est soutenu par le Tout-Puissant ? En donnant notre foi à ce
Christ, nous pensions bien sûr tirer le numéro gagnant, comme le
croyait saint Pierre : ne pas souffrir, être honoré par les hommes,
être obéi, toujours, partager sa gloire… bref tous les rêves et les
phantasmes de celui qui veut éviter « l’épaisseur de la chair », la
réalité du corps et sa finitude. Nous avons été prévenu, grâce à
l’écart verbal de l’apôtre : « Passe derrière moi, Satan ! – lui qui
n’a pas de corps – Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles
des hommes. » Notre Dieu est « à visage humain », et une religion ou
un système de pensées qui contournerait l’homme, et particulièrement
sa faiblesse, sa fragilité, sa pauvreté, ne viendrait pas de Lui. Et
bien, frères et sœurs, laissons encore aujourd’hui le Ciel venir à
notre rencontre, afin d’être conduit toujours plus loin vers Dieu et
vers les hommes, à la manière du Christ.
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