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Vingt-quatrième dimanche C
16 septembre 2007
Père
Pierre Faure, jésuite
J’ai choisi de revenir avec vous sur le psaume 50 que nous avons
chanté après la première lecture, et que vous pouvez retrouver dans
les carnets de chant page 24. Contrairement à ce qui se passait dans
les huit premiers siècles de l’Eglise, il est très rare de nos jours
qu’une homélie parle du psaume. Et pourtant il n’est pas rare
d’entendre l’une ou l’autre personne de notre assemblée dire qu’il
est difficile de comprendre le psaume que nous chantons chaque
dimanche. C’est pourquoi il peut être bon de donner quelques
commentaires. Le psaume 50, prière type du pécheur, pourrait bien
être écrit par David lui-même. Car dans nos bibles ce psaume est
précédé de l’indication suivante : « De David. Quand Nathan le
prophète vint à lui parce qu’il était allé vers Bethsabée. » Nous
connaissons cet épisode de la vie du roi David rapporté au 2ème
livre de Samuel au chapitre 11 : Le roi David séduit par la beauté
de sa voisine Bethsabée commet l’adultère avec elle. Puis, comme
elle était enceinte, David fait tuer l’époux de Bethsabée, le soldat
Uri, lors d’une bataille de la guerre en cours. Alors le prophète
Nathan intervient lui-même par une parabole pour faire reconnaître à
David qu’il a péché gravement devant Dieu. Et la Bible reconnaît
depuis lors dans le psaume 50 la prière de repentance que fit David
après avoir entendu Nathan. Comme David vivait vers l’an mille avant
le Christ, ce psaume a donc bien 3000 ans d’âge, ce qui convient
tout à fait pour une journée du patrimoine ! Monuments aussi du
patrimoine musical européen : les nombreuses et célèbres
compositions musicales écrites sur le texte de ce psaume qui porte
en latin le titre de Miserere. Ce titre traduit le premier verbe du
psaume adressé à Dieu : « pitié pour moi », que l’on peut traduire
aussi par « aie compassion pour moi ».
Verset 3 : « Pitié pour moi mon Dieu dans ton amour ». Dès la
première ligne du psaume tout est dit du sens biblique du péché.
Premièrement, et avant tout il y a Dieu et son amour. Il n’y a de
péché confessé qu’à la lumière de l’amour de Dieu. C’est pour cette
raison que le rituel catholique du sacrement de réconciliation a
donné un titre double à l’acte sacramentel de la confession. Et ce
titre est : « Confesser l’amour de Dieu en même temps que notre
péché ». D’ailleurs dans la tradition de l’Eglise le mot confession
a d’abord le sens de louer Dieu en confessant les merveilles qu’il
fait. Le mot est ensuite utilisé pour désigner la confession de la
foi, ce que nous allons faire tout à l’heure en récitant le « Je
crois en Dieu ». Et enfin on a utilisé le mot pour désigner la
confession des péchés. Mais il ne faut jamais oublier la richesse
des deux premiers sens du mot confession lorsque nous confessons
notre péché.
Verset 6 : « Contre toi et toi seul j’ai péché, ce qui est mal à tes
yeux, je l’ai fait ». Le péché égare, éloigne de Dieu. Comme la
brebis perdue dont nous parle aujourd’hui l’évangile. Car le péché
n’est pas seulement une faute contre la loi civile ou la loi morale.
Reconnaître que j’ai péché c’est reconnaître que j’ai méprisé et
considéré pour rien l’amour de Dieu dont je me suis éloigné. David,
relisant sa conduite déplorable grâce au prophète Nathan, finit par
reconnaître que c’est contre Dieu lui-même qu’il a agi. Et sa
démarche est un travail qui suppose non seulement de l’humilité,
mais d’abord beaucoup de foi et de confiance en Dieu. Et c’est
probablement le manque de foi et de considération pour l’amour de
Dieu qui rend difficile pour beaucoup de chrétiens aujourd’hui de
confesser leur péché.
Reconnaître que j’ai péché c’est accueillir en moi la vérité. Le
psaume dit au verset 8 : « Mais tu veux au fond de moi la vérité ;
dans le secret, tu m’apprends la sagesse ». Cette vérité me
travaille intérieurement, notamment par deux forces puissantes,
souvent mêlées.
Ces deux forces sont d’une part la conscience morale qui me fait
connaître l’objectivité de ma faute : j’ai fait le mal. Et d’autre
part la culpabilité psychologique qui me pèse, la honte dont je
voudrais bien me débarrasser. Mais la faute morale et le sentiment
de culpabilité additionnés ne produisent pas encore la
reconnaissance du péché. La différence entre les deux est la foi en
l’amour de Dieu, et la confiance en son pardon qui viennent aussi
travailler en moi. C’est pourquoi le psalmiste répète sa demande à
Dieu : « Lave-moi… purifie-moi… apprends-moi… crée en moi un cœur
pur… renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit ». Et là
c’est Dieu qui travaille.
Les biblistes nous disent que le thème central du psaume est le
thème de la justice. Ce mot apparaît en effet seulement deux fois,
et chaque fois au centre de chacune des deux parties du psaume. Au
verset 6, 3ème ligne : « Ainsi tu peux parler et montrer ta justice,
être juge et montrer ta victoire. » Et au verset 16, qui porte
encore la trace du meurtre : « Libère-moi du sang versé, Dieu, mon
Dieu sauveur, et ma langue acclamera ta justice. » Pour Dieu, seul
le pardon est l’attitude juste. Seul l’amour voit juste. La justice
de Dieu ne peut être que celle de l’amour. Confesser l’amour de Dieu
en même temps que mes péchés c’est me remettre dans cette juste
justesse de l’amour de Dieu, et en même temps la recevoir.
Enfin il y a la joie. Au verset 14 : « Rends-moi la joie d’être
sauvé… Fais que j’entende les chants et la fête : ils danseront les
os que tu broyais. » Ces mots du psaume font écho aux paraboles de
Saint Luc dans l’évangile d’aujourd’hui : « Il y a de la joie dans
le ciel pour un seul pécheur qui se convertit… » Dans la Bible, joie
dans le ciel ou joie chez les anges de Dieu veut dire joie en Dieu
lui-même, joie de Dieu qui voit son enfant revenir à lui. Joie qui
se communique à celui qui est pardonné. Car le contraire du péché
n’est pas la vertu mais l’action de grâce, l’eucharistie. Nous
pouvons alors conclure avec le psalmiste au verset 17 : « Seigneur
ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange. »
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