Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

25ème dimanche B                                                                                                  dimanche 24 septembre 2006

Père Jean-Jacques Guillemot, jésuite

Marc 9, 30-37

 C’est la deuxième fois que Jésus annonce à ses disciples qu’il « sera livré aux mains des hommes, qu’ils le tueront et que, trois jours après sa mort, il ressuscitera ». Entendant les mots « livrer », « tuer », les disciples sont tout à fait décontenancés. Ils ne peuvent imaginer qu’un tel sort puisse advenir à leur maître. Et le verbe « ressusciter » leur est plus étranger encore.

Ne soyons pas scandalisés de la réaction des disciples. La nôtre aurait-elle été différente ? Comment imaginer que le libérateur du monde soit enchaîné dans la mort ? Comment penser que le Fils de Dieu soit ainsi méprisé des siens, réduit à rien ? Quand ils se faisaient une image du Messie – sauveur de leur peuple – les disciples le voyaient puissant, maître de tout, vainqueur.
Il est donc assez compréhensible que, fermés à l’annonce de la passion que Jésus vient de leur faire, ils discutent entre eux « pour savoir qui est le plus grand ». Il sont comme tous les gens de la terre soucieux d’être à la première place plutôt qu’à la dernière, attachés au pouvoir, désireux de dominer plutôt que d’être dominés. Et nous savons d’expérience que la nature humaine penche du côté de la grandeur, de la suprématie : il y a en elle un instinct qui la pousse à être en haut, au-dessus de tous, - plutôt qu’en bas, au service de tous.

L’enseignement de Jésus va en sens contraire. Il glorifie ce qui est faible et repousse ce qui opprime. Il fuit la domination et recherche le service. Aux Douze qu’il a choisis, envoyés en mission... il va redire son enseignement le plus fondamental dont la logique a été donnée dès le début de l’Evangile de Marc : être le premier c’est être le serviteur de tous. Cet enseignement sera repris plus loin et illustré par le Christ lui-même dans sa propre vie et dans sa propre mort : le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour les hommes. C’est en cela qu’il est le premier.
Alors pour bien se faire comprendre, Jésus place un enfant au milieu de ses disciples et leur dit : « Cet enfant, vous devez l’accueillir. En l’accueillant, c’est moi et c’est mon Père que vous accueillerez ».

Les disciples ont certainement été surpris d’un tel geste et sans doute n’en ont-ils pas compris toute la profondeur et la portée. A l’époque l’enfant n’était pas adulé, comme il l’est souvent aujourd’hui. On le comptait pour presque rien. On ne lui reconnaissait aucun droit. Jésus en fait ici le symbole de toutes ces personnes qui, dans nos sociétés, sont marginalisées, ignorées, rejetées. Ne pas se préoccuper d’elles c’est ne pas se préoccuper de Jésus et de son Père. Ne pas les accueillir c’est refuser d’accueillir Jésus et son Père.

Jésus invite à un retournement des choses, à une vision nouvelle des rapports à établir entre hommes et femmes, entre sages et non-instruits, entre forts et faibles, entre premiers et derniers : « Si quelqu’un veut être le premier qu’il soit le dernier et le serviteur de tous ». Ce type de rapports que Jésus propose est quelque chose de radicalement nouveau. Imaginons un instant qu’il soit mis en application dans tous les secteurs de la vie sociale et politique. Imaginons un instant qu’il serve de point de référence dans les ententes entre nations riches et nations pauvres... Notre monde serait un nouveau monde.

Mais nous n’en sommes pas là. Et nous en sommes loin, parce que pour vivre selon l’Esprit du Christ, il faut consentir à se convertir et à mourir à soi-même. Rien de moins facile. Une force d’en haut est requise ; l’Esprit même du Christ est nécessaire pour y parvenir. C’est bien à un changement radical de compréhension de Dieu et de nous-mêmes que nous sommes invités : Dieu n’est pas la projection de nos sentiments de puissance et de force. Il se rencontre dans l’humble visage du Christ et dans les failles de notre existence.
Que « la sagesse qui vient de Dieu... pleine de miséricorde et féconde en bienfaits » (seconde lecture de ce dimanche) nous accompagne sur notre route, à la suite du Christ.