Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                             

25ème dimanche A                                                                                        21septembre 2008

Père Jean-Paul Mensior, jésuite

Isaïe 55, 6-9 ; Ps 144 ; Philippiens 1, 20...27 ; Matthieu 20, 1-16

A l’audition de cette parabole, le plus souvent nous réagissons d’abord comme les premiers embauchés : le patron est injuste , il méconnaît le poids et la dignité du travail, en payant les derniers embauchés comme nous… et de plus il se montre paternaliste en les payant pour ce qu’ils n’ont pas fait.

Sans doute tout cela n’est pas faux, mais une telle lecture de la parabole se trompe lourdement sur son objectif, qui n’est certes pas de donner une leçon de droit du travail.
Ce qui nous est donné ici nous révèle quelque chose sur Dieu, les dimensions de son amour et les conditions d’accès à son Royaume.

Car ici le maître de la vigne, c’est Dieu lui-même, et la vigne c’est son Royaume auquel nous sommes tous invités.

Le premier souci du Maître , c’est de ne laisser personne en dehors de sa vigne. Du lever au coucher du soleil il sort pour embaucher des ouvriers. Il fait comme le Semeur, sorti pour semer, ou comme le Berger, parti à la recherche de sa brebis perdue.
Oui, Dieu est hanté par le salut de l’homme, habité par la passion de nous faire participer à sa gloire et à sa joie – et cela des origines à la fin de l’histoire : il vient à nous pour nous rassembler tous, sans exception.

C’est vrai que, dans cette passion d’accueillir tout le monde, le Maître manifeste une préférence – une préférence pour les derniers ; d’autres évangélistes diront les petits, les pauvres, les pécheurs. Mais ce sont les mêmes : les exclus, les méprisés, les oubliés. Et c’est parce que personne ne pense à eux que le regard de Dieu se porte sur eux, de façon privilégiée. Ils n’ont pas porté tout le jour le poids de la chaleur et du travail, c’est vrai. Mais ils ont lourdement porté le poids de leur solitude et de leur inutilité. Personne n’y pense. Dieu, lui, y pense. En les traitant comme les premiers, il leur rend leur dignité. Il voit en eux des hommes dont il a compris la détresse, et pas seulement une force de travail qu’il faut rémunérer

La vérité, c’est que dans le Royaume de Dieu il n’y a plus de premiers et de derniers. Il n’y a pas les surdoués, les battants qui réussissent, et puis les autres. Il n’y a que les enfants du Père, et parmi ces enfants, il y a ceux auxquels il faut montrer beaucoup d’amour, justement parce que ils ont le sentiment d’avoir échoué et de ne servir à rien. C’est à eux que va, d’abord, l’attention aimante du Père. Il les appelle les premiers, et il leur donne tout ce qu’il a promis : comme aux premiers, le Royaume, dans sa totalité, sans rien en retrancher..

Quant à nous, il nous faut comprendre et accepter cette préférence du Père. Il nous faut comprendre et accepter que Dieu soit plus grand que notre cœur . Dans le fond, bien souvent nous réagissons comme si ce qui était donné à d’autres nous était enlevé. Bien sûr, il n’en est rien : en appelant d’abord les ouvriers de la onzième heure pour les accueillir comme nous et avec nous dans le Royaume, Dieu ne nous enlève rien. Il nous donne des frères. Il nous les donne vraiment comme frères, dans l’égalité et la dignité du Royaume.

Et puis, reconnaissons que, si nous sommes des appelés de la première heure, il nous arrive de traîner les pieds sur le chemin et de nous retrouver à la dernière place.. Nous aussi Dieu viendra nous y chercher pour nous donner tout ce qu’il nous a promis.


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