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Vingt-cinquième
dimanche B
dimanche 20 septembre 2009
Père Pierre Faure, jésuite
Marc 9, 30-37
Le plus grand est le plus
petit… le dernier sera premier… le maître se fait serviteur… le Dieu
Très-haut s’accueille dans un petit enfant… l’Envoyé de Dieu est trahi
par les hommes, puis enfermé dans la mort…. Jésus ressuscite,
premier-né d’entre les morts… Décidément l’Evangile est renversant !
Il nous montre toujours un parcours de renversement, d’inversion des
places et des positions. Et les quelques versets de l’évangile de Marc
que nous venons d’entendre résonnent de ces oppositions et de ce
contraste. Mais plus largement, c’est toute la Bible qui résonne de ce
renversement. La première lecture dans le livre de la Sagesse nous a
rappelé la figure du juste innocent condamné, que la lecture
chrétienne voit comme une préfiguration du Christ lui-même. Dans le
livre d’Isaïe, la figure si imposante du Serviteur dessine aussi par
avance le chemin du Christ : « A cause de ses souffrances, il verra la
lumière, il sera comblé… le juste, mon serviteur justifiera les
multitudes… par ses blessures nous sommes guéris. (Is 53) » Jésus
lui-même citera le psaume 117, 22 : « La pierre qu’ont rejetée les
bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ». Depuis les origines de
l’Eglise le cantique de Marie chante : « Il renverse les puissants de
leur trône, il élève les humbles. » Plusieurs fois Jésus annonce
lui-même une sorte de « qui perd gagne » : « Celui qui veut sauver sa
vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour
l’Evangile la sauvera. (Mc 8, 35) » Aux chrétiens de Philippes, Paul
décrit le chemin du Christ « qui s’est anéanti, prenant la condition
de serviteur, il s’est abaissé jusqu’à la mort… c’est pourquoi Dieu
l’a élevé et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom. (Ph 2)
» Toujours ce renversement des positions. A proprement parler on ne
peut comprendre un tel renversement. Il faudrait pouvoir rejoindre le
désir du cœur de Dieu pour en comprendre vraiment la raison.
D’ailleurs, Pierre ne supporte pas de voir Jésus s’abaisser pour lui
laver les pieds. Il ne comprend pas et ne veut pas comprendre cette
inversion des places. Il est scandalisé. Et l’évangile nous dit aussi
aujourd’hui que les disciples ne comprenaient pas les paroles de Jésus
annonçant sa mort et sa résurrection, et qu’ils avaient peur de
l’interroger.
Ce n’est sans doute qu’avec
un certain travail de notre foi au long des années que nous pouvons
accueillir un tel renversement. Accueillir, et consentir à être
touché, et aussi débordé par le trajet de Dieu parmi nous.
Par le haut d’abord. Respecter et aimer, peut-être mieux que nous ne
le faisons, la grandeur et la sainteté de Dieu. Aimer Dieu comme plus
grand que tout, sans jamais l’utiliser pour nos calculs étroits et nos
ambitions à courte vue. C’est le sens de la devise de Saint Ignace : «
Pour la plus grande gloire de Dieu. »
Par le bas ensuite. Reconnaître le visage du Christ dans les personnes
qui se retrouvent à la dernière place, par la suite de multiples
exclusions et mépris. Accueillir le petit enfant que Jésus nous
présente, comme la figure de tous ceux qui dépendent de la décision et
du soin des autres. Et entendre Jésus nous dire : « Celui qui
accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il
accueille. Et celui qui m’accueille ne m’accueille pas moi, mais Celui
qui m’a envoyé. »
Je pense aux nombreuses
personnes qui, dans notre église, sont engagées dans le service de
l’accueil chaque jour de la semaine, ou dans les permanences d’écoute
chaque après-midi. Et aussi aux jeunes de la « Messe qui prend son
temps » qui visitent les prisonniers de Fleury-Mérogis. Nul doute que
la prière et le service de toutes ces personnes sont nourris jour
après jour de cette parole de Jésus. C’est cette parole qui a
contribué à façonner au long des générations de chrétiens ce « souci
du dernier » si typique du christianisme. C’est ce souci-là qui a
donné, et qui donne encore naissance à tant d’institutions et de
politiques sociales dans notre pays, et dans les pays où les chrétiens
sont nombreux. L’opinion publique ne s’y trompe pas, qui place au
sommet de son admiration les figures de l’abbé Pierre, Mère Térésa,
Jean Vanier, Sœur Emmanuelle. Comme aussi avant eux François d’Assise
et Vincent de Paul.
Béni soit Jésus qui est
parmi nous « comme celui qui sert (Lc 22, 27) ».
Que son exemple et son amour nous rendent actifs dans le service à sa
suite.
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