Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

Vingt-cinquième dimanche C                                                                                                   23 septembre 2007

Père Jean-Yves Calvez,  jésuite

 

L’argent, les biens, notre vie économique

Amos 8, 4-7, 1 Timothée 2 1-8, Luc 16, 1-13 (10-13)

Deux lectures de ce dimanche nous font réfléchir sur l’argent. Cela signifiant, je me hâte de le dire : les biens en général, nos maisons, nos voitures, nos instruments d’électronique plus ou moins perfectionnés, nos possessions de toutes sortes, aussi bien que l’argent, les billets, les comptes en banque et ce qui y ressemble : tout cela en somme dont nous avons tendance à vouloir toujours plus. Peut-être sommes-nous capables, comme dit Amos, « d’acheter le malheureux pour un peu d’argent », de le laisser dans sa misère s’il ne sait pas se défendre. Par exemple en lui payant un salaire bien trop faible. « Nous vendons jusqu’aux déchets du froment », dit Amos : tout ce que nous pouvons nous cherchons à en tirer profit. Oui, souvent en effet.

Jésus, de son côté, nous dit que l’argent, quelque avides que nous en soyons, ne vaut pas qu’on le garde, mieux vaut s’en servir en le distribuant, honnêtement bien sûr, pour se faire des amis dans les demeures éternelles, au-delà de la vie présente. Car ni l’argent ni aucun de nos biens, dont nous sommes si avides, ne nous accompagneront au-delà de ce présent. Pourquoi, en cela l’exemple d’un gérant malhonnête ? Parce qu’il agit avec habileté. Soyons aussi habiles, partageant et distribuant nos biens, nous faisant par là des amis au-delà de la vie présente. Si nous usons de nos biens avec cette habileté, on nous confiera le « bien véritable ».

Le problème, avec tous ces conseils, c’est d’abord assurément que cela coûte, cela pince, de se détacher, de se libérer, mais c’est aussi que ces conseils, nous voyons bien comment les appliquer quand il s’agit de donner au mendiant, voire aux associations qui travaillent à lutter contre la misère, la maladie, le froid l’hiver. Nous arrivons même quelquefois à nous décider à nous défaire d’un trop grand et bel appartement, devenu inutile parce que les enfants sont partis. Mais notre monde est complexe : il faut souvent réfléchir davantage pour voir que, par certains de nos comportements, nous nuisons en fait à d’autres, nous les blessons, leur faisons mal. N’est-ce pas de quelque chose comme cela qu’il s’agit quand on parle ces jours-ci de « régimes spéciaux » peu justifiés. Je suis moi aussi peut-être dans quelque situation privilégiée, rien ne me presse d’y renoncer, mais je ne songe guère au fait que d’autres, eux, par contrecoup, en pâtissent. Mon frère, « pour qui le Christ est mort », disait saint Paul, en pâtit, il en est blessé ; par négligence au moins je me désintéresse de ce que mes comportements lui font, je n’y pense pas.

Jésus nous dit donc implicitement : les situations économiques, la vie économique, ce que je fais en achetant ou en vendant des actions, des titres d’une espèce ou d’une autre, ce que je fais en exigeant tel ou tel avantage catégoriel, rien de cela n’est innocent, indifférent. Tout cela étant compris sous le nom  symbolique d’argent et d’usage de l’argent. Je ne dois pas me satisfaire à bon compte, ayant simplement distribué, même généreusement, le contenu du porte-monnaie qui est dans ma poche ou dans mon sac, voire le contenu de mon portefeuille. Jésus nous invite à un examen réfléchi, sérieux, de nos situations pour d’abord prendre conscience  de celles qui blessent sans doute autrui, le laissent au bord de la route, démuni, écrasé. Et pour travailler ensuite à changer ces situations, pour plus de justice. C’est là vraiment mon affaire. Et c’est compris dans le conseil, le commandement, d’être « digne de confiance » dans toute ma vie économique, dans toutes mes relations sociales, au lieu de chercher mon avantage à toute force, sans égard pour autrui. Je recevrai en échange le « bien véritable ». Dès ici-bas, peut-on dire : une grande libération. Alors l’argent, bien sûr, il en faut, mais je ne dois pas en être serviteur, esclave, dépendant. Et notez bien, frères et sœurs, Jésus ne parle pas pour des moines, il parle pour tout le monde. Amen.