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25ème dimanche
ordinaire- Année
C
Luc 16, 1-13
Père Laurent
Basanese, jésuite
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dimanche 19 septembre 2010 |
Voilà, aujourd’hui, notre Seigneur, utiliser une parabole apparemment
douteuse, voire même immorale, en faisant l’éloge de l’escroquerie et
de la malhonnêteté : un gérant rusé qui trompe son monde, à la fois
son patron et ses clients débiteurs… Mais, après tout, ce n’est pas la
1re fois : nous connaissons, par exemple, cette autre
exhortation de Jésus à être « prudents comme les serpents » (Mt
10, 16) lorsque nous sommes envoyés dans le monde, or le serpent est
loin d’être l’animal favori de la Bible ; ou encore le Christ ne
craint pas de comparer Dieu à un voleur qui perce le mur d’une maison
au beau milieu de la nuit… et il nous invite donc à veiller dans la
prière
(« Si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur devait
venir… », Lc 12, 39) ;
ou même Jésus rapproche le jugement de Dieu à celui d’un juge inique
qui refuse d’accéder à la demande d’une pauvre veuve, avant de se
raviser parce qu’elle le fatigue par ses plaintes… (Lc 18, 5) C’est à
dire que, comme souvent, le Christ part de nos expériences communes,
expériences de vie mondaine, banale, immergée dans la matière et les
soucis de la vie, dans l’espérance que nous nous élevions
quelque peu, que nous reprenions souffle, car c’est à cela que nous
sommes appelés : respirer le grand air, gonfler les voiles de
l’Esprit, courir dans les champs du Seigneur… C’est un autre monde,
celui du Royaume, car il n’y est pas question de calculs, de
nourriture, de vêtements, mais plutôt de paix et de joie dans l’Esprit
saint (cf. Rm 14, 17). Toute une (autre) vie, accessible dès
aujourd’hui…
Le principe de la parabole est donc connu, et il peut aussi être
résumé à ce que dit Jésus à Nicodème qui vint le trouver de nuit dans
l’évangile selon saint Jean :
« Comment entendrez-vous les choses d’en haut si vous n’entendez pas
les choses de la terre ? » (Jn 3, 12),
principe qui est même devenu la devise d’une revue célèbre… Et
aujourd’hui, le Seigneur fait l’éloge d’un homme habile, non
pas pour nous inciter à être aussi filou que lui, à tricher sur le
calcul de nos impôts ou à « fausser les balances », ni à nous lamenter
parce que – jusqu’à la fin des temps – les fils de ce monde seront
« plus habiles entre eux que les fils de la lumière », car suit
immédiatement le fameux « Eh bien ! moi je vous dis » qui dans la
bouche de Jésus appelle toujours à une exigence supplémentaire et à un
dépassement
(« Eh bien ! moi je vous dis : faites-vous des amis avec l’Argent
trompeur… »).
Souvenez-vous dans le discours sur la montagne :
« Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère.
Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la
désirer à déjà commis dans son cœur l’adultère avec elle » ; « Vous
avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent. Eh
bien ! moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant… » ; « Vous
avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras
ton ennemi. Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez
pour vos persécuteurs… »
(Mt 5, 27s).
Ici Jésus conclut sa parabole du gérant trompeur en invitant ses
disciples à être plus habiles dans le service du Royaume que les
filous de ce monde dans leurs affaires malhonnêtes. Et en quoi
consiste cette habileté dans le service du royaume ? Non pas à
accumuler des biens temporels, périssables, mais des biens spirituels,
« un trésor inépuisable dans les Cieux, là où le voleur
n’approche pas, où la mite ne ronge pas ; car là où est votre trésor,
là aussi sera votre cœur » (Lc 12, 33).
Travailler habilement au service du Royaume, c’est d’abord, frères et
sœurs, ne pas se tromper de dieu. Et pour savoir quel est mon Dieu, je
peux me poser cette simple question : qui est premier dans ma vie ?
Quel est l’objet de mes préoccupations ordinaires ? Est-ce
l’acquisition d’un prochain appartement, l’organisation de mes
vacances, ma côte de popularité auprès de mes amis ou de mon patron ?
Ou bien est-ce le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Dieu de vérité,
de justice et d’amour, qui a révélé son visage en Jésus Christ, lequel
« s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes » (1Tim
2, 6), et qui s’est identifié aux pauvres et aux opprimés ? Ce
trésor que nous portons dans nos cœurs, la possession du
Christ, la connaissance du Verbe de Dieu, est sans prix, et
c’est à cause de ce trésor brûlant comme l’argent que saint Paul, les
martyrs et tous les saints ont dépensé toute leur vie, dans
l’espérance de s’acquitter en échange d’une telle dette d’amour
immérité. Nous pouvons cependant opter comme dieu l’acquisition de
richesses et de pouvoir pour quelques dizaines d’années de vie, mais
certainement pas, en même temps, le Dieu pauvre et tout-donné
de la Bible. Travailler habilement au service du Royaume, c’est être
un autre Christ, vivre de la charité, laquelle est inséparable de la
justice. Travailler habilement pour le Royaume, c’est user de son
intelligence, car « l’amour est intelligent », il se met au service
des pauvres et des exploités, et il cultive sans relâche, à la suite
du Christ, les fruits d’humilité, de générosité, de chasteté, de
désintéressement, de douceur, de patience, de bonté, d’amitié avec
tous les hommes. Puissions-nous toujours, frères et sœurs, avoir la
joie d’œuvrer pour un tel Royaume, avec le Seigneur lui-même comme
salaire, gage et nourriture.
© Compagnie de Jésus
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