Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

26ème dimanche A

 

Ezéchiel 18, 25-28

Psaume 24

Philippiens 2, 1-11

Matthieu 21, 28-32
 


 

 

 

Vingt-sixième dimanche A                        dimanche 25 septembre 2005

 Père Jean-Jacques Guillemot,  jésuite

 

A l’époque du Nouveau Testament, quand on voulait désigner les pires des pécheurs, on disait : « les prostituées et les publicains » ! Des gens prêts à tout faire pour de l’argent. Or, ces gens que l’on estime irrécupérables, à l’époque de Jean-Baptiste comme à notre époque, il arrive qu’ils se convertissent ! Dans la parabole que nous offre l’évangile de ce jour, ils sont représentés par le fils qui semblait plutôt mal parti ...et qui finalement a bien tourné. L’histoire ne dit pas que, pour bien tourner, il faut commencer par mal partir : ce qu’elle veut avant tout
nous signifier, c’est mettre en garde ceux qui se croient bien partis... et qui finalement ne font rien ! ...

Revenons au texte évangélique. Il s’agit de l’histoire d’un homme et de ses deux fils qu’il va envoyer travailler dans sa vigne. Nous comprenons que cet homme est une image de Dieu et le récit va nous montrer comment Dieu agit avec nous qui sommes ses enfants. Il nous envoie au travail aujourd’hui : « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne ». La vigne, c’est la terre que Dieu aime, ce sont les hommes invités à porter un beau fruit, pour la joie du Créateur. Telle est la volonté de Dieu : que nous allions « travailler » dans sa vigne et que nous portions du fruit.
Le premier fils entend la volonté du Père et commence par refuser le travail. Il refuse d’accomplir la volonté du Seigneur dans sa vie. Puis il change d’avis... « s’étant repenti, il y alla », ce que nous pouvons traduire par : il quitta ce qui l’empêchait d’obéir à Dieu. Il se convertit.

Le second fils affirme d’emblée qu’il est disponible pour le travail demandé : « Oui, Seigneur ! » Mais il ne bouge pas, il ne quitte rien, ne s’éloigne pas de ce qui fait obstacle en lui à la volonté de Dieu. Le texte dit simplement : « Il n’y alla pas ».

Dans sa réponse, Jésus nous dit que ni le statut social, ni la valeur reconnue, ni le prestige ne sont des critères déterminants pour entrer dans le Royaume de l’Amour, dans la vigne du Père. Pourquoi prostituées et publicains ont-ils accueilli les paroles de Jésus ? Ils savent qu’ils ne trouveront jamais en eux-mêmes de quoi atteindre leur vérité humaine. D’ailleurs, l’environnement bien-pensant le leur fait bien sentir : ce sont des gens que l’on regarde sans les voir, et si on les voit, c’est pour les juger. Ce sont eux pourtant qui ont accueilli la parole de Dieu qui leur révèle leur véritable valeur. Ce sont eux qui ont compris que l’acceptation du « travail » demandé par Dieu suppose un départ, une conversion. Nous aussi, nous avons toujours quelque chose à quitter ...

Les chefs des prêtres et les anciens (savants, responsables, professionnels de la vérité) représentent tous ceux qui connaissent la volonté de Dieu sur eux ; tous ceux qui, en paroles, affirment qu’ils vont mettre en pratique cette volonté, et qui n’en font rien... Il n’ont pas compris ce qu’implique le « travail » demandé, aveuglés qu’ils sont par leur bonne conduite apparente. Ils restent sur place, trompés par leur bonne conscience.

Que devons-nous retenir de cette page d’évangile ? Que signifie pour nous aujourd’hui d’aller travailler à la vigne ? Travailler à la vigne c’est travailler efficacement à faire réussir ce monde qui est le nôtre. Pas avec de grands discours, mais par des gestes concrets. L’évangile veut des gestes très simples, à notre portée : un peu de tendresse, un sourire, un geste de solidarité, une visite ; il demande qu’on s’arrête auprès de celui qui attend justement un regard, un sourire, un geste d’amitié pour pouvoir repartir. L’évangile réclame la proximité. Aller à la vigne, c’est se déplacer pour aller à l’autre, vers les autres.

Saint Paul nous l’explique dans sa lettre aux Philippiens. Regardez le Christ, nous dit-il. Il était de condition divine. Il s’est abaissé, prenant la condition humaine dans ce qu’elle a de plus terre à terre. Il s’est déplacé pour être au plus proche de l’humanité souffrante, mourant de la mort des esclaves. « Ayez entre vous, écrit-il à ses amis Philippiens, les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus ». Au lieu de penser chacun à son intérêt, que chacun se préoccupe des autres.

Voilà la conversion-déplacement qui nous est demandée si nous voulons faire la volonté du Père et travailler à la vigne. Alors nous vivrons fraternellement dans ce Royaume – avec « publicains et prostituées » - c’est-à-dire avec tous ceux et celles que le monde méprise et que la Parole de Dieu a touchées.