Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

26ème dimanche B                                                                                                  dimanche 1er octobre 2006

Père Pierre Faure, jésuite

Marc 9, 38...48

Le récit que nous avons entendu au livre des Nombres en première lecture se passe au désert. Le peuple a faim. Il récrimine contre Moïse. Et Moïse est à bout. Il n’en peut plus de supporter ce peuple de râleurs ingouvernables. Il demande même à Dieu de mourir plutôt que de continuer à porter le fardeau de sa charge. Et Dieu entend Moïse et va lui donner de l’aide sous deux formes. D’abord il va donner au peuple de la viande en abondance par un vol de cailles innombrables qui s’abat sur le camp et dont le peuple va se rassasier jusqu’à l’écœurement.

Mais surtout, Dieu demande à Moïse de désigner 70 anciens du peuple pour l’aider dans sa charge de gouvernement. Et à ces anciens réunis autour de la Tente de la Rencontre, Dieu donne de l’esprit qu’il a mis sur Moïse.

C’est alors qu’intervient le récit que nous avons entendu : deux hommes qui étaient sur la liste des 70 anciens n’étaient pas à la tente de la Rencontre au moment où Dieu lui-même descendit dans la nuée pour donner l’esprit. Ils ne devraient donc pas avoir reçu l’esprit. Et pourtant ces deux hommes parlent sous l’action de l’esprit et prophétisent dans le camp. Ce n’est pas normal. Josué s’en offusque. Mais Moïse comprend que le don de Dieu déborde les comptabilités des hommes. Il sait que Dieu donne toujours largement, et il dit cette parole prophétique fameuse qui va résonner jusqu’au bout du Nouveau Testament : « Ah, si seulement tout le peuple du Seigneur devenait un peuple de prophètes sur qui le Seigneur aurait mis son esprit ! »

Ainsi, sans le voir, ni vraiment le savoir, mais dans la foi, Moïse annonce ce qui va effectivement se passer avec le don de l’Esprit à la Pentecôte puis par le baptême et la confirmation : chaque chrétien reçoit l’Esprit Saint qui est en Jésus, Fils de Dieu. 

La réaction de Jésus rapportée par l’évangile d’aujourd’hui va dans le même sens, et nous mène plus loin encore. Une personne qui n’est ni apôtre ni disciple de Jésus chasse les esprits mauvais au nom de Jésus. Jean, peut-être un peu jaloux, cherche à défendre l’exclusivité de l’utilisation du nom de Jésus, et veut marquer la frontière. Mais Jésus, comme Moïse, sait que le don de Dieu déborde les frontières. Si une personne fait reculer le mal au nom de Jésus, elle ne peut qu’être animée par l’Esprit de Jésus. Même si elle n’est pas dans la liste officielle des disciples. Le rayonnement du nom du Christ et sa réputation font des disciples anonymes. Cela se passe peut-être encore aujourd’hui autour de nous. Et Jésus s’adresse à nous. Ne les empêchez pas. Ne soyez pas jaloux. N’empêchez pas le don de Dieu de faire le bien en dehors de votre groupe. Ne faites pas de l’Eglise une secte. Regardez : l’Esprit travaille au cœur des hommes bien au-delà des frontières des églises. Il existe plusieurs manières de se rapporter au Christ. Ceux qui ne sont pas contre nous sont pour nous. Quiconque travaille honnêtement pour la paix, la justice, et le respect du plus petit, est Fils de Dieu, avec nous : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés Fils de Dieu ».

A plusieurs reprises dans l’évangile on voit d’ailleurs Jésus admirer la foi des païens, non juifs : la foi du centurion romain dont il guérit l’enfant, la foi de la femme cananéenne dont il guérit la fille. Il nous faut bien comprendre que l’Esprit de Dieu agit sans frontières car il travaille à l’unité de toute l’humanité. C’est le sens originaire du mot catholique. C’est ce souffle que retrouvera le Concile Vatican II pour parler des religions non chrétiennes et spécialement du judaïsme et de l’Islam. Et c’est en citant ce texte du Concile que le pape Benoît XVI s’est adressé aux musulmans il y a quelques jours, après les difficultés que l’on sait. C’est en reprenant le même texte que s’est exprimé Monseigneur Santier, évêque de Luçon, Président du Conseil pour les relations interreligieuses de la Conférence des évêques de France dans son message aux musulmans à l’occasion du Ramadan :

« l’Eglise regarde avec estime les Musulmans, qui adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. »

C’est le même esprit qui animait les pionniers du mouvement œcuménique : regarder avec estime comment les autres églises valorisent un aspect important de la foi et de la prière que ma propre église a négligé et qui pourrait la rendre plus vivante et plus fidèle. C’est le véritable chemin évangélique de l’unité.

Certes il y aura toujours des Josué ou des Jean pour refuser de voir, et essayer d’empêcher de reconnaître l’action de l’Esprit hors du groupe fermé des disciples. Mais la réponse de Moïse et de Jésus continue de résonner : « Ne les empêchez pas ».