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26ème
dimanche A
28 septembre 2008
Père Bruno de Gabory, jésuite
Ezékiel 18, 25-28 -
Ps 24 – Philippiens 2, 1-11 – Matthieu 21, 28-32
La liturgie de ce dimanche nous propose
trois textes : un d’Ezéchiel sur la responsabilité individuelle, la
célèbre hymne de l’épître aux Philippiens sur l’abaissement du Christ,
et une parabole de Matthieu sur deux fils face au travail demandé par
leur père. Quel est le lien entre ces trois textes ?
Quelle application à notre propre vie ?
Le texte d’Ezéchiel est très important
car historiquement c’est le premier qui mette en avant la
responsabilité individuelle face à une solidarité qui peut apparaître
comme écrasante. Le prophète montre comment Dieu regarde le cœur de
chacun, considère chacun comme une personne et non simplement comme
membre d’un groupe, d’un clan. Mais de l’individualité, nous sommes
passés à l’individualisme et la solidarité a disparu. Jean-Jacques
Rousseau a théorisé la société comme pervertissant l’homme
naturellement bon. Tout cela aboutit au cantique du début du vingtième
siècle : « Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver ! » Ce n’est pas
chrétien ! Ezéchiel n’a jamais prétendu abolir la solidarité, mais la
corriger, l’accomplir en faisant de la famille, du peuple, une
communauté de personnes, liées les unes aux autres, mais ayant à
exercer chacune leur propre responsabilité.
L’évangile nous dit : « Un homme avait deux fils. » Le point de départ
est le même que dans la parabole de l’enfant prodigue. Ces deux fils
sont-ils les symboles du païen et du juif ? En effet, le païen a tout
d’abord refusé le joug de la Loi, mais finalement il se convertit à
Jésus. Tandis que le juif l’a accepté, mais n’y est pas fidèle. C’est
possible, mais ce n’est certainement pas le sens premier. Dans la
bouche de Jésus, la parabole vise tout homme pour qui c’est l’acte qui
compte plus que le discours. Dans l’acte de foi, c’est l’acte qui
compte, une foi en acte.
Mais comme dans la parabole de l’enfant prodigue, nous oublions le
père. Lui aussi apparem-ment ne fait rien, sinon donner un ordre,
demander quelque chose. S’intéresse-t-il au résultat ? Pourtant à y
regarder de plus près, il met en œuvre une sorte de « pardon originel
». Il offre un droit à l’erreur, au repentir comme on dit en peinture.
Le fils n’est pas enfermé dans sa réponse… ou dans son absence de
réponse. Toute l’histoire, toute son histoire est là pour lui donner
une chance de répondre réellement à l’appel du Père, pour devenir
fils. En fait c’est le père qui se montre solidaire de ses enfants,
acceptant le risque que son appel ne soit pas entendu, que son amour
n’ait pas de retour.
Que nous montre alors l’hymne aux Philippiens ? Non pas Jésus payant
de son sacrifice le péché des hommes et satisfaisant ainsi la justice
du Père. Mais Jésus allant au bout de sa solidarité avec les hommes,
acceptant d’eux la mort et faisant de l’acceptation de cette mort le
lieu même du pardon. Mais comment ce pardon ne nous
déresponsabilise-t-il pas de nouveau et encore un peu plus ? Parce que
c’est un pardon originel. Non pas l’effacement de notre péché, mais un
acte de foi de la part de Dieu qui ne nous enferme pas dans notre
réponse ou notre absence de réponse et nous donne, nous redonne sans
cesse, la possibilité de répondre et d’accéder ainsi à notre vocation
de fils. Mais de son côté, cela correspond à la possibilité d’un
échec, à un véritable risque de mort. N’est-ce pas cela l’amour,
donner la liberté de ne pas répondre ?
Les trois lectures sont donc très bien intégrées. Jésus accomplit
l’oracle d’Ezéchiel. Il est à la fois l’individu parfaitement
responsable et parfaitement solidaire, et cela non pas en sauvant sa
vie, mais en la donnant, en l’offrant à notre profit. Notre réponse
est toujours hésitante, comme celle des deux fils de la parabole. Mais
le Père court ce risque en nous donnant le temps de l’histoire pour
donner réellement notre réponse. Nous sommes et nous avons à vivre en
pécheurs pardonnés.
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