Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Vingt-sixième dimanche B                                                             dimanche 27 septembre 2009

Père Marc Rastoin, jésuite           

Marc 9, 38...48

Nombres 11,25-29 ; Ps 18 ; Jacques 5,1-6 ; Marc 9,38-43.47-48

Nous recevons aujourd’hui deux bonnes nouvelles. Toutes deux nous disent quelque chose de l’Esprit de Dieu. Cet Esprit peut être donné spécialement à certains. Il repose sur certains êtres de manière éminente. Il est transmis dans l’Eglise, comme dans les Ecritures, par l’imposition des mains et la prière. Il n’est pas dilué en quantité égale, comme le CO2 dans l’air que nous respirons. C’est la première bonne nouvelle : l’Esprit Saint nous est donné. Vraiment. A nous. Mais il y a une seconde bonne nouvelle : l’Esprit Saint est aussi donné à d’autres. On ne peut mettre la main sur lui ; il rayonne sur toute âme vivante. Il inspire et fait agir, bien au-delà des frontières visibles de notre communauté. Et cette bonne nouvelle-là, loin de contredire la première, la rend plus juste et plus vraie. Elle nous permet de ne pas faire les fiers. « Préserve » Seigneur, tes serviteurs « de l’orgueil » (Ps 18).

Réjouissons-nous de ce que l’Esprit soit donné ! Réjouissons de ce que Dieu choisisse non seulement des hommes mais aussi des moyens qui nous parlent pour se donner. Cet Esprit qui s’empare de Eldad et Medad n’est pas différent de celui qui s’emparera de David, d’Elie ou d’Elisée. C’est le même Esprit qui fait accomplir tant d’œuvres différentes par des gens si différents pour que le Nom de Dieu soit connu, pour que Dieu cesse d’être une abstraction métaphysique, un soleil universel, mais devienne une personne en quête de relations et de partenaires. Cet Esprit qui habite parmi nous, c’est comme une première Incarnation mais dans des hommes imparfaits. Ce qui est magnifique c’est que ce don, Dieu nous donne de le donner à notre tour ! « Elie dit à Elisée: ‘Demande ce que je dois faire pour toi avant d'être enlevé loin de toi!’ Elisée répondit: ‘Que vienne sur moi, je t'en prie, une double part de ton esprit!’ » (2 R 2,9). Et dans le Nouveau Testament, il en va de même : « Paul posa les mains sur eux et le Saint-Esprit leur fut donné : ils se mirent à parler… et à donner des messages reçus de Dieu » (Ac 19,6). Alors le danger serait de croire que cet Esprit qui nous est donné, nous en sommes les propriétaires. Que cet Esprit, c’est celui de Moïse ou d’Elie ou de Paul. C’est ce que font les confrères d’Elisée : « Les frères prophètes le virent à distance et dirent : ‘L'esprit d'Élie s'est reposé sur Élisée!’ Ils vinrent à sa rencontre et se prosternèrent à terre devant lui » (2 R 2,15). Alors pour que nous sachions que l’Esprit échappe à toute emprise, il nous est dit qu’il est présent hors de toute transmission visible !

Nous nous réjouissons donc de ce qu’une part de l’Esprit du Dieu vivant nous soit donnée. Vraiment donnée. Mais réjouissons-nous encore davantage de ce que d’autres parts du même Esprit ont été données à d’autres. Bien au-delà des frontières de nos communautés. Non seulement cela ne porte pas atteinte à l’honneur de Dieu et à celui de notre communauté, mais cela rend plus crédible notre parole. Nous ne prétendons pas être les seuls détenteurs de l’Esprit. Malheureux serions-nous si nous le disions ! Nous croyons et confessons que l’Esprit de Dieu peut habiter toute chair et toute âme droite. Que si nous avons reçu l’Esprit par grâce de Dieu, à la suite des Apôtres à la Pentecôte, nous sommes pour autant ses serviteurs et non ses maîtres. Nous ne voulons pas que l’on nous suive nous mais que l’on suive le chemin de vie, le chemin qui mène au Royaume, qui mène au Père. Notre parole en est alors libérée. Notre mission est unique. Notre responsabilité est grande. « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile ! » disait Paul. Malheur à nous si nous laissons tomber à terre l’Esprit reçu de Dieu. Si nous ne l’annonçons pas comme communauté, comme communauté où règne un certain esprit. Un Esprit qui n’est pas celui du monde, un Esprit qui fait que les pauvres sont honorés, que les fragiles psychologiquement sont écoutés avec tendresse, que le lien l’emporte sur la désunion. Alors la lumière qui est sur la colline attirera les lumières éparses dans la plaine. Alors ceux qui ont quelque part à l’Esprit du Seigneur auront le désir de nommer la source de cet Esprit et de le recevoir plus pleinement pour en être davantage remplis. C’est de nous qu’il dépend que des êtres déjà habités par l’Esprit puissent nommer la source de cet Esprit.

Jésus tout comme Moïse n’est pas jaloux. De Moïse, on dit qu’il était humble, l’homme le plus humble que la terre ait porté. Lui le bègue choisi pour parler. De Jésus, il est dit qu’il était doux et humble de cœur. Lui qui était prêt à supporter humiliations et injures sans rendre le mal pour le mal. A leur image, prions pour que nous puissions nommer et accueillir l’Esprit que le Seigneur veut nous donner et nous réjouir de ce que le Seigneur le donne aussi à d’autres. Amen.
 


Tous droits réservés © Eglise Saint-Ignace