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Vingt-sixième dimanche
C
Amos 6, 1...7
Psaume 145
1 Timothée 6, 11-16
Luc 16, 19-31
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Vingt-sixième
dimanche
C
Père Pierre Faure, jésuite
Quelle rudesse dans cette parabole ! C’est même la seule parabole de
l’évangile de Luc qui soit tragique et sans issue. Un abîme
infranchissable interdit tout contact entre le pauvre et le riche, et
dans les deux sens ! De plus il est inutile d’aller avertir les cinq
frères du riche de se convertir. Ils ont depuis longtemps la loi de
Moïse et tous les appels indignés des prophètes, comme celui d’Amos
que nous avons entendu dans la première lecture. Ils n’écoutent pas.
La richesse les a rendus sourds. Rien n’y fera. Alors le riche insiste
: mais quand même, si quelqu’un de chez les morts vient les trouver
ils se convertiront. La réponse d’Abraham est terrible pour nous
chrétiens : « S’ils n’écoutent pas Moïse ni les prophètes, quelqu’un
pourra bien ressusciter des morts : ils ne seront pas convaincus. »
Or, justement, Jésus est ressuscité des morts. Alors ?
Eh bien il nous faut écouter cette parabole, et accepter ce qu’elle dit sans
chercher de subtilités pour l’adoucir ou la contourner : pour celui qui a tout
misé sur les richesses jusqu’à ne même plus voir le pauvre qui est à sa porte,
la conversion peut devenir impossible. Son aveuglement et son enfermement sont
tels que Dieu lui-même n’y peut plus rien. Le riche est trop loin. L’écart est
devenu « un grand abîme ». Il devient infranchissable. Mais le pauvre est prés
de Dieu. Il est tout près d’Abraham, le père des croyants.
Il existe donc dans le mystère du Christ une sorte de « qui perd gagne » qui
se lit à travers tout l’évangile. Ce renversement nous bouscule, nous
déconcerte. Il peut nous scandaliser. Il est pourtant annoncé, puis réalisé
par Dieu lui-même comme l’évangile nous le rapporte. Déjà Luc dans les
Béatitudes : « Heureux vous les pauvres, le Royaume de Dieu est à vous ! »
Puis, dans notre parabole aujourd’hui, Abraham est sans détour avec le riche :
« Mon enfant rappelle-toi : tu as reçu le bonheur durant ta vie, et Lazare, le
malheur. Maintenant il trouve ici la consolation, et toi, c’est ton tour de
souffrir. » Viennent ensuite, la parabole du jeune homme riche, et celle du
jugement dernier et bien d’autres paroles de Jésus. Toutes ces paroles
dessinent finalement la figure et le chemin même de la vie du Christ. Lui qui
donne tout ce qu’il est, par amour, jusqu’à mourir pour notre vie. Paul
concentre cela dans cette formule admirable que nous avons entendue comme
verset de l’Alléluia : « Jésus Christ s’est fait pauvre, lui qui était riche,
pour qu’en sa pauvreté vous trouviez la richesse. » Voilà le grand
renversement qui nous sauve. Ce que Jésus vient sauver en nous c’est aussi
notre côté pauvre, pécheur et malheureux. Cet aspect de nous que nous avons du
mal à supporter. Osons dire au Christ notre faiblesse. « Il est proche du cœur
brisé, il nous rend la joie d’être sauvé. » Si nous consentons à être sauvé,
alors nous devenons riche de lui.
Mais surtout, devant la sévérité de cette parabole il ne faut pas oublier tous
les récits évangéliques qui nous montrent Jésus proche des malades, des
handicapés, des pauvres, des humiliés, des exclus. Auprès d’eux il est
présent, actif, inventif, généreux, souvent admiratif. Voilà le visage positif
et engagé de notre Dieu. C’est un chemin pour notre propre engagement.
Déjà le vieux psaume 145 que nous avons chanté tout à l’heure décrivait cela.
Nous pouvons maintenant entendre de nouveau ces paroles comme si le Christ
lui-même à la fin de la parabole nous racontait ce qu’il voit faire à son Père
:
« Il garde à
jamais sa fidélité,
Il fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain.
Le Seigneur délie les enchaînés,
le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes.
Le Seigneur protège l’étranger,
il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge le Seigneur règnera ! »
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