Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

26ème dimanche ordinaire- Année C        

Luc 6, 19-31

Père Guilhem Causse, jésuite   

 dimanche 26 septembre 2010

1- Dieu donne vie à toutes choses, nous rappelle Paul, son amour se répand sur les riches comme sur les pauvres et tous il veut les conduire vers la vie. L’amour de Dieu est pour tous, et son cœur s’ouvre avec une particulière tendresse à ceux qui souffrent, ainsi qu’aux pauvres qui vivent de son seul amour. Mais il ne veut pas la mort du pécheur, il veut que le pécheur apprenne lui aussi à aimer et entre dans la joie des fils de Dieu.

Amos comme Jésus identifient le pécheur au riche amoureux de ses richesses : malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem ou derrière les hauts murs de sa maison, couchés sur des lits d’ivoire quand les pauvres couchent à même le sol, qui ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ou sont insensibles aux souffrances de Lazare : les uns vont être déportés, l’autre finira dans la fournaise.

C’est que le cœur de l’homme finit par ressembler à ce qu’il aime, et le cœur de celui qui aime l’or et l’argent finit par devenir métallique, insensible, mort. Et celui qui a une pierre à la place du cœur devient source de malheur généralisé, y compris, ce qui est particulièrement injuste, pour celui qui n’a rien et qui n’y est pour rien.

2- Le cœur de Dieu est devant les pauvres qui souffrent, et les riches qui se précipitent vers leur destruction en entrainant les pauvres avec eux. Comment va-t-il s’y prendre pour consoler et délivrer les uns et conduire les autres à la conversion ?

Il envoie des prophètes, comme ici Amos, et il ira jusqu’à envoyer son propre fils. Ils parlent, avec force, mais c’est un moyen bien dérisoire devant ceux qui ont des oreilles mais n’entendent pas. Et Jésus conclut sa parabole par ces mots : s’ils n’écoutent pas Moïse ni les prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus. Le péché de ces riches est-il donc tellement grand que l’amour de Dieu est contraint de s’y résigner ?

3- Dieu ne s’y résigne pas. Jésus est là, il parle encore en parabole, et nous sommes là  rassemblés en communauté à nous laisser travailler par sa présence, dans sa parole, dans le pain et le vin, dans le pauvre. Et il est plus que Moïse et les prophètes : il est le Christ et il a déjà annoncé par deux fois à ses disciples sa mort et sa résurrection. La question est alors : ces riches seront-ils convaincus par la résurrection ?

Sa richesse isole le riche de la parabole aussi sûrement qu’un grand abîme infranchissable. Si infranchissable que le riche, quand il appelle Abraham, continue de se comporter en maître en demandant à Abraham d’ordonner à Lazare de lui porter de l’eau. Or Lazare est à côté d’Abraham, tout près de lui, sur un pied d’égalité, et ils attendent Jésus. Ils attendent la résurrection de Jésus pour se réjouir avec le Père.

4- Que va changer la résurrection de Jésus à la situation de ce riche dans la fournaise ? Et pour les pauvres et pour nous dans le même temps ? Tout ! Comme le dit Paul, Dieu le Rois des rois, le Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l’immortalité, lui qui habite la lumière, fait paraître Jésus jusqu’à la porte de la fournaise. Ni Abraham, ni Lazare ne le pouvait, mais Jésus franchit l’abîme. Cependant, il vient encore comme un pauvre, tel qu’il était sur la croix, nu, exposé, blessé, tout comme Lazare était devant la porte. Ce riche, que chacun de nous est aussi parfois, saura-t-il être davantage attentif à ce pauvre qui arrive et qui demande à boire, qu’à sa propre soif ? Saura-t-il écouter l’élan d’amour qui sourd du plus profond de lui-même, de ces lieux morts d’où plus rien de montait, pour accomplir de geste qui sauve ?

Alors nous découvrons qu’être vivant, c’est être relié à la vie du Père, par-delà l’abîme de nos morts et de nos maux, par le pont qu’est le Christ, c’est sentir battre en soi un cœur renouvelé par le pardon, cet amour qui traverse l’abîme, vivant l’amour du Père pour tous manifesté dans la résurrection du Christ, tout spécialement pour ceux qui souffrent, et aussi pour les pauvres qui ne vivent que de son amour, sans oublier les pécheurs enfermés dans leurs richesses et qui meurent d’isolement, car Dieu ne nous oublie pas. Alors nous pouvons chanter avec le psalmiste : Heureux qui s’appuie sur le Seigneur, il garde à jamais sa fidélité, il fait justice aux opprimés, aux affamés il donne le pain. Et nous apprenons à vivre comme Paul nous y invite, à marcher ensemble à la suite de Jésus, à vivre comme lui, dans la foi et l’amour, la persévérance et la douceur, capables de construire ensemble un monde plus juste et plus paisible, parce que nous ne nous résoudrons jamais à aucun mur, à aucun abime, intérieur comme extérieur, depuis que sur le plus grand des abîmes, celui de la mort et du mal, le pont de Pâques est jeté.

 

© Compagnie de Jésus