Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

27ème dimanche A

 

 Isaïe 5, 1-7

Psaume 79

Philippiens 4, 6-9  Matthieu 21, 33-43
 

 

 

Vingt-septième dimanche A                        dimanche 2 octobre 2005

 Père Jean-Paul Mensior,  jésuite

 

Jésus habite un pays où la vigne est un bien précieux. Le propriétaire de la parabole l’a entourée de mille soins : il l’a plantée, il a bâti pour la protéger, et puis il a donné sa vigne en fermage. Et, sans raison connue, il est parti pour un long voyage, montrant par là la confiance qu’il mettait en ses vignerons, et l’espérance des belles grappes qu’il recevrait d’eux à son retour. Ces fruits, il les attend ardemment. Et c’est pourquoi son amour déçu se transforme en une immense colère. Vous l’avez entendu : «  Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? Eh bien je vais faire de ma vigne une pente désolée couverte d’épines et de ronces, et piétinée par les animaux. »

   Quel est donc ce fruit tant désiré, que Dieu attend de nous ?

   Au moment où Matthieu écrit son évangile, Jésus a disparu de l’histoire, mais c’est le temps des persécutions. Au-delà des protagonistes historiques d’il y a 2000 ans, cette parabole s’adresse donc à l’église naissante, et à vrai dire à l’Église de toujours, à nous, ici, ce matin. C’est nous qui devons nous poser la question : quel est le fruit que Dieu attend de nous ?

   Ce fruit, c’est nous-mêmes, aimés par Dieu d’un amour insensé, auprès duquel l’amour d’un homme pour sa vigne n’est qu’une bien pâle image. Oui, ce fruit, c’est nous qui le devenons, quand nous accueillons d’un cœur large et sans partage le Fils de Dieu qui vient à nous pour nous transformer en lui.

   Car Dieu ne retient rien pour lui : tout ce qu’il a, tout ce qu’il est, il désire le donner. Il n’y a en lui pas la moindre trace d’avarice, pas la moindre peur de manquer. Son Royaume, s’il veut qu’il soit annoncé à la terre entière, jusqu’à la fin des temps, c’est parce que il veut le partager avec tous, sans exception, et gratuitement. Il est comme un Roi qui se cherche passionnément des hommes et des femmes dont le premier souci soit d’aimer, de faire confiance, de sortir de soi pour se donner, une communauté qui soit prête à se dépouiller de ses richesses pour rejoindre son Seigneur là où il sert les pauvres, parce que la loi de ce Royaume est une loi d’amour et donc de partage, une communauté où l’ on ne sauve que ce que l’on donne, et où tout ce qui n’est pas donné est perdu.

   Et puis, n’oublions pas que l’évangile annonce aussi un jugement. Il est pour nous, qui sommes comme les pharisiens quand nous nous réservons les fruits que Dieu nous donne.

   Mais le dernier mot n’est pas à la mort ni à la croix : la merveille, c’est que celui qui est rejeté devient la pierre angulaire d’un monde nouveau. La bonne nouvelle c’est que Dieu seul fait sortir le bien du mal, et que, dans l’aveu de nos égoïsmes, de nos refus et de nos violences, il nous rejoint sans se lasser, pour nous refaire, nous restaurer, en nous greffant inlassablement sur son Christ, notre Vie.