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27° dimanche B
Marc 10,2-16
Genèse 2,18-24
Hébreux 2,9-11
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27ème
dimanche B
Père Pierre Faure
Qui pourrait se dire insensible à cette parole ferme et tranchante de Jésus
sur le mariage, le divorce et l’adultère. Chacun de nous connaît des
personnes séparées ou divorcées, ou divorcées puis remariées : des collègues
de travail, des membres de notre famille, nos propres enfants, de très bons
amis. Et certains parmi nous ont le cœur encore meurtri d’un échec conjugal
qui a partagé leur vie en deux. Chacun de nous a connu chez des couples
proches les conflits, la souffrance, les blessures, mais aussi parfois le
pardon et la paix reconstruite. C’est dans ce contexte que nous écoutons et
tentons de comprendre la parole de Jésus rapportée par Marc et aussi par
Matthieu.
Pourquoi une parole si dure, qui rappelle surtout la culpabilité ? Pourquoi
dans ce récit Jésus ne parle-t-il même pas d’amour ? Je crois qu’il faut
bien voir que Jésus est attaqué. Les pharisiens lui tendent un piège
doctrinal. Et pour se défendre Jésus adopte le registre du reproche. Il voit
bien que leur cœur est endurci. Le texte grec dit « sclérose du cœur ». On
dirait vraiment une maladie grave ! Et devant les cœurs endurcis Jésus parle
comme le font les prophètes : il annonce la volonté de Dieu et dénonce ceux
qui trafiquent la loi à leur profit, comme les pharisiens, justement, qui
invoquent Moïse pour pouvoir répudier leur femme.
Jésus choisit de citer le premier chapitre de la Genèse. S’il le fait ce
n’est pas pour rappeler le passé ou retourner à l’origine comme à un âge
d’or révolu. Jésus, qui est le Fils bien aimé du Père, lui par qui tout a
été fait, révèle ce que Dieu veut aujourd’hui dans l’union de l’homme et de
la femme. Il rappelle ce qu’est le principe, le fond, l’essentiel de
l’alliance dans le mariage aujourd’hui comme hier et demain. Pour dire
comment je reçois cette parole de Jésus en essayant de ne pas avoir le cœur
endurci, et pour simplifier un peu la réflexion je choisis trois mots, comme
trois clés pour entrer un peu dans ce mystère : donner, renoncer,
consentement.
D’abord donner. « Je te reçois comme époux (épouse) et je me donne à toi »
propose une formule du rituel du mariage. On ne peut qu’être impressionné
par cette affirmation : je me donne à toi. Donner, pas prêter pour un temps.
Me donner à l’autre qui me reçoit comme un don. Dès lors, il y a du toi en
moi et du moi en toi. C’est le chemin pour ne devenir qu’un. Non pas « je »
plus « tu », mais nous deux. C’est bien la voie indiquée par le livre de la
Genèse cité par Jésus. Et c’est bien aussi le fond mystérieux de notre désir
le plus humain. Le même chemin sur lequel Jésus nous précède : « Il n’y a
pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». On peut parler
de la bonne nouvelle du mariage.
Renoncer. Pour donner il faut renoncer à garder. Choisir vraiment une
direction c’est renoncer aux autres. Pour s’attacher vraiment à son
conjoint, il faut quitter son père et sa mère. Choisir vraiment son conjoint
demande de renoncer aux autres conjoints possibles que j’ai rencontré
précédemment et que je peux encore rencontrer. Je me souviens d’une longue
conversation avec des fiancés pour comprendre que la vie de couple demande
de renoncer à une vie de célibataire, et que cela ne se fait pas
automatiquement lorsqu’on se marie à un certain âge. Il faut reconnaître
aussi que notre société nous fait croire en permanence que nous pouvons tout
choisir sans renoncer à rien. La publicité et le crédit sont les vecteurs
puissants de cette croyance qui nous imprègne. Nous savons bien aussi que
dans le domaine du choix et du renoncement, c’est le Christ qui est notre
modèle et c’est son Esprit qui est notre force.
Consentement. « Ce n’est pas l’amour qui fait le mariage mais le
consentement ». Cette phrase se trouve dans « Le soulier de satin », pièce
de théâtre de Paul Claudel. Notre rituel du mariage parle d’échange des
consentements. Il ne parle pas de partage des sentiments, d’accord sur un
projet ou de signature des engagements. Evidemment c’est bien le sentiment
qui rapproche progressivement un homme et une femme qui se choisissent. Mais
il n’y a aura vraiment mariage que par cette transformation des sentiments
en consentement. Consentir à l’autre c’est croire en lui, l’accueillir sans
conditions, parce que c’est lui, parce que c’est elle. Par le consentement
j’aime l’autre dans sa différence, dans son mystère, dans ce qui m’échappe
de lui, d’elle. Lieu impossible à tenir disent certains. Traversée de
l’impossible disent d’autres. Beaucoup parmi nous pourraient dire qu’ils ont
fait cette traversée ou que la transformation est en cours. Et que si
c’était à refaire, ils repartiraient tout pareil.
Consentir, renoncer, donner.
Je voudrais citer en terminant une phrase de Xavier Lacroix, laïc marié,
philosophe et théologien à Lyon, qui a beaucoup écrit sur le mariage : « Au
fond l’alternative est la suivante : ou bien le lien conjugal n’est que le
résultat de l’intersection, de l’alchimie qui résulte de l’interaction entre
deux psychismes, caractères, tempéraments, histoires, ou bien il est aussi
le lieu d’affleurement, de révélation, de donation d’une vie autre,
introduction à une vie nouvelle, plus originaire et plus universelle que
celle de nos deux ego, la vie absolue, qu’en judéo-christianisme nous
nommons agapè, l’amour-charité. »
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