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27ème
dimanche B
dimanche 8 octobre 2006
Père
Marc Rastoin, jésuite
Gn
2,18-24 1,1-11 ; Ps 127 ; He 2,9-11 ; Mc 10,2-16
« Il n’est pas bon que l’homme soit seul » Ce petit verset est
d’une importance immense. L’homme a été créé à l’image de Dieu. Dieu
lui-même ne veut pas être seul. Dieu lui-même est communion et il a
créé un être humain fait pour la communion. De même que Dieu est
Trinité, communion d’amour, échange permanent, l’être humain est fait
pour la relation, pour la communion, pour le don et la réception. Oui
en vérité notre Dieu est bien différent en cela du Dieu de l’Islam. Il
est communion et il veut entrer en alliance avec « une multitude de
fils ». Il accepte que son nom soit moqué et blasphémé, que son Messie
soit crucifié, parce qu’il désire de l’homme une réponse libre, une
adhésion aimante, une réciprocité de partenaires : « Voici, je me
tiens à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et ouvre
la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près
de moi » (Ap 3,20).
« Il n’est pas bon que l’être humain soit seul. » Notre foi
nous fait tendre vers la communion, une communion où se trouve la
joie, sans confusion ni séparation. Où les liens sont ces attaches
d’amour dont parlait le prophète. Dieu veut nous mener par des liens
d’amour et l’enfant est celui qui voit dans les liens d’abord une
relation d’amour. Notre foi chrétienne n’a de sens - pour chacun de
nous personnellement et pour notre société - que si elle nous permet
de sortir d’un individualisme et d’un isolement mortifères pour entrer
dans la joie d’une vraie communion. Il est bien des manières de vivre
cet être-pour-la-relation, cet être-pour-la-communion, que nous
sommes. Amitiés, associations, écoute. Prier et agir pour d’autres,
avec d’autres. Le mariage en est une forme privilégiée mais le Christ
ayant fait de la vie consacrée un choix légitime, le mariage n’est
plus une obligation. Pour quiconque. Quel que soit notre état de vie,
nous sommes appelés à l’échange et à la communion, à ce mouvement de
don et de contre-don qui est le sel de la vie.
Notre vocation chrétienne nous appelle, tous, à être au service du
lien, à être des serviteurs du lien, des serviteurs de la communion :
« ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » Cela vaut
de tous ces liens que le Seigneur tisse entre nous, mais le lien entre
époux acquiert une valeur singulière. Avec le Christ, le mariage est
une vocation et non plus une obligation humaine et religieuse ; Ainsi
il peut devenir un sacrement, un signe de la fidélité de Dieu et de ce
qu’est la foi, une parole qui nous tient, une parole de vie. « Si nous
tenons notre parole, la Parole nous tiendra » disait France Quéré.
Après que Jésus ait parlé ainsi si fortement sur le mariage, « on »
lui présente de petits enfants. Qui présente ces enfants ? Il va de
soi que ce sont les mères qui les présentent ! Qui y a-t-il de plus
fort que le lien qui unit une mère à son bébé ? Rien de plus fort…
mais aussi rien de plus potentiellement enfermant que la relation
mère-enfant. Il s’agit pour la mère d’ouvrir son enfant au père
d’abord et à d’autres relations. Ces mères s’ouvrent donc au Christ et
lui présentent leurs nouveau-nés. Et il y a une deuxième chose étrange
: Jésus ne dit pas ‘Laissez ces mamans venir à moi ; ne les empêchez
pas’. Il dit « laissez les enfants venir à moi », presque comme
si ils considéraient que ces enfants venaient d’eux-mêmes. Alors que
ce n’est pas manifestement pas le cas. Qui sont ces enfants alors ?
Les enfants ici, ce sont ceux qui acceptent de se laisser conduire par
d’autres vers le Christ. Nous nous conduisons mutuellement les uns les
autres vers le Christ. Une femme ne peut-elle pas conduire son mari
vers le Christ et vice-versa ? Un religieux, une religieuse, n’a-t-il
pour vocation de conduire ses frères vers le Christ ? Un ami ne
peut-il pas conduire son ami vers le Christ ? Et si l’enfant était
celui qui accepte qu’un autre le mène ? Était celui qui est conduit
par un autre et qui en est heureux ?
Oui, rendons grâce à Dieu d’avoir été créés pour la relation, pour
jouer tous ensemble, comme des enfants, pour que nous entrainions
mutuellement vers le Christ afin qu’il nous embrasse et nous bénisse.
« Que le Seigneur fasse briller sur nous son visage et nous donne sa
paix » (cf. Nb 6,25). |