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Vingt-septième dimanche C
7 octobre 2007
Père
François-Xavier Dumortier, jésuite
Provincial de France
Journée de rentrée de l'église St-Ignace et
"installation" du Père François Boëdec
Habacuc 1,2...2,4 ; Ps 94 ; 2 Timothée 1,6...14 ; Luc 17,
5-10
Dans la seconde lettre de Paul à
Timothée, nous avons entendu l’Apôtre dire : « ce n’est pas un
esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force,
d’amour et de raison. N’aie pas honte de rendre témoignage à notre
Seigneur… Tu es le dépositaire de l’Evangile : garde le dans toute
sa pureté grâce à l’Esprit Saint qui habite en nous ». Paul appelle
ainsi le croyant à vivre radicalement ce qui lui a été donné, à
désirer être témoin du Christ, à avoir pleine conscience du trésor
qui lui a été remis : l’Evangile.
*
Oui, ce qui nous a été donné, « ce
n’est pas un esprit de peur… mais un esprit de force, d’amour et de
raison ». Certes, les raisons pour lesquelles nous pourrions vivre
dans la crainte ou nous laisser pénétrer et paralyser par la peur
sont légion : qu’il s’agisse des incertitudes qui marquent le
déroulement d’une vie, des drames et des violences dont nous sommes
les témoins impuissants, des fragilités et vulnérabilités qui sont
les nôtres… nous ne connaissons que trop ce qui risque d’entraver
notre marche en avant et nous empêcher de faire ce premier pas où
tout se joue ; nous ne savons que trop ce qui fait hésiter et
reculer devant des promesses à faire et des engagements à tenir ;
nous ne devinons que trop ce qui fait repousser à « ailleurs, plus
tard, autrement » la réponse attendue de nous ici et aujourd’hui.
Oui, ce n’est pas l’esprit de peur que nous donne l’Esprit de Dieu ;
c’est l’ « esprit de force, d’amour et de raison ». L’esprit de Dieu
nous donne la force nécessaire pour savoir résister –
c'est-à-dire démasquer ce qui sollicite notre liberté et notre
générosité sous des apparences trompeuses, et nous opposer au mal
qui, d’une manière ou d’une autre, se révèle toujours comme mensonge
et violence. L’Esprit de Dieu nous donne aussi la force nécessaire
pour oser risquer notre « oui » au Christ sur les chemins inconnus
du monde et de la vie où il nous appelle à le suivre. Oui, ce n’est
pas l’esprit de peur qui nous a été donné, c’est l’esprit
d’amour : l’amour ouvre le cœur et l’esprit à ce qui nous
dépasse et nous donne ce cœur et cet esprit larges qui s’ouvrent à
Dieu et aux autres sans autre crainte que celle de rester timides
dans le don de soi. L’Esprit de Dieu nous apprend que l’amour est
une responsabilité et un défi à relever car, au cœur de tout amour,
il y a le désir d’un monde autre. Oui, ce n’est pas l’esprit de peur
qui nous a été donné, mais l’esprit de raison : il importe de
réfléchir et de discerner pour voir comment risquer sa liberté, il
importe de chercher à comprendre mieux aimer et davantage servir, il
importe de s’interroger jusqu’à questionner Dieu à la manière du
prophète Habacuc car la foi ne donne pas réponse à tout. Loin d’être
une explication de tout, une foi vivante ne cesse de chercher à
mieux connaître et comprendre ce qu’il en est de Dieu et de l’homme.
Pour pouvoir découvrir et accueillir ce que le Seigneur nous dit, il
faut oser se tourner vers lui avec les « pourquoi ? » de
l’intelligence croyante. Il n’y a pas de questionnement de ce Dieu
cherché et aimé, cherché parce qu’aimé, qui ne reçoive un jour une
réponse, sa réponse.
*
« N’aie pas honte de rendre
témoignage à notre Seigneur » dit encore Paul. Nous n’avons pas à
nous dérober à notre devoir de témoigner du Christ.
Aujourd’hui comme hier, aujourd’hui peut-être plus que jamais, nous
avons à vivre notre foi de telle manière qu’elle signifie Celui qui
est le fondement de notre existence. Il y a assurément beaucoup de
manières d’être témoins du Christ dans la diversité de nos chemins
humains et des situations où nous sommes, mais ce sera toujours
notre docilité à l’Esprit de Dieu et notre fidélité au Christ qui
laisseront le Seigneur se manifester à travers nous. Osons vivre
pleinement notre foi. Le Seigneur pourra alors se manifester comme
ce Dieu qui conduit les siens par des chemins où, pour gagner sa
vie, il faut la perdre -, où pour être grand, il faut être serviteur
et consentir à n’être qu’ « un serviteur quelconque » -, où pour
suivre le Christ, il faut accepter les chemins paradoxaux de la
simplicité et de l’humilité. Témoigner du Christ non par l’abondance
de mots mais par la justesse de sa vie exige toute notre foi : « la
foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez
au grand arbre que voici : déracine-toi et va te planter dans la
mer ; et il nous obéirait » disait, dans le récit évangélique de ce
jour, Jésus à ses disciples. Par cette image extraordinaire, Jésus
ne répond pas à ses disciples en termes de surcroît de foi comme si
la foi s’évaluait en termes de « un peu, plus ou beaucoup ». Jésus
répond par ce qu’est la foi : une foi qui ne s’appuie pas d’abord
sur nos calculs, prévisions ou conjectures mais une foi qui n’a pas
d’autre fondement que le Christ, le Crucifié – Ressuscité –, une foi
qui cesse de se regarder croire et de se jauger pour se risquer
dans un « oui » radical, comme celui de Marie, qui laisse Dieu être
Dieu –, une foi qui ose regarder vers l’avant, pour se laisser
conduire par l’Esprit de Dieu vers ce qui sera toujours surprenant
voire déroutant et pour oser faire ces gestes et dire ces mots que
personne n’attend mais qui font basculer les mondes.
*
Témoins du Christ, nous sommes
dépositaires de l’Evangile. « Tu es dépositaire de l’Evangile »
disait Paul à Timothée. Frères et sœurs, l’Evangile du Christ nous
est confié non comme un livre à consulter périodiquement, mais comme
cette Bonne Nouvelle dont nous sommes les porteurs et les gardiens.
Témoins du Christ, dépositaires de l’Evangile, nous sommes pourtant
des « serviteurs quelconques » comme le dit Jésus à ses Apôtres. Il
me semble que, par cette expression, le Christ nous dit l’importance
de ne pas qualifier notre service : ce qui importe, c’est d’être ou
plutôt de devenir et de demeurer serviteurs. Il s’agit de servir
Dieu et les hommes : non de se servir de Dieu ou des hommes, non de
s’imposer à Dieu ou aux hommes, non de se préoccuper de soi dans sa
relation à Dieu et ses tâches humaines, mais servir tout simplement.
Une vie de serviteur est référée à un autre que soi car c’est une
vie où il importe de vivre ce qui est demandé en restant à sa place.
Le « serviteur quelconque » - ce serviteur du Christ et de son amour
pour tous – c’est chacun, chacune d’entre nous et c’est moi : c’est
un service à vivre en toute chose, jour après jour, en assumant
humblement mais pleinement nos responsabilités, en ne nous dérobant
pas à ce que le Seigneur nous appelle à inscrire comme « oui » à sa
personne au cœur du monde où nous sommes. Ainsi le quotidien le plus
ordinaire de nos vies et de nos tâches est et sera ouvert à la
Présence de Dieu. Et nous pourrons dire à notre tour : « nous
n’avons fait que notre devoir » non comme l’exécution ennuyeuse
d’une obligation terne, mais comme notre manière de vivre l’ici et
maintenant de notre Présence au Christ : dans ce devoir de présence
aimante au Seigneur se joue notre « oui » au Christ ; les petits
« oui » dont est tissée notre vie chrétienne laissent le visage du
Christ se dessiner et se former en nous.
Frères et soeurs, vivons
de cet esprit de force, d’amour et de raison que le Seigneur nous
donne pour devenir des témoins ardents de son Evangile : l’esprit
apostolique est de la nature du feu. Dépositaires de l’Evangile,
ayons confiance en Celui que nous avons à annoncer et dont nous
avons à témoigner. La force de Dieu ne nous fera pas défaut sur ce
chemin qui a pour espace l’intime de nous-mêmes et pour étendue
l’immensité de nos tâches et responsabilités d’hommes et de femmes
d’aujourd’hui.
François-Xavier Dumortier, s.j
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