Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Vingt-septième dimanche C

 

Habacuc 1, 2...2,4 Psaume 94

2 Timothée 1, 6...14  Luc 17, 5-10



 

 

 

Vingt-septième dimanche C

Père Jean-Marc Furnon,  jésuite

 

 

Les arbres dans la mer

            Elle est étrange cette image d’un grand arbre d’abord déraciné et qui irait ensuite se planter dans la mer. Cela parait bien difficile : l’eau de mer n’est guère propice à la croissance des arbres de la terre. Nous savons que, dans la symbolique biblique qui précède Jésus, la mer représente le lieu de la mort, le lieu où l’homme peut disparaître : pendant la tempête sur le lac de Galilée, les apôtres crurent périr ; face à la mer rouge, les hébreux pensèrent tout de suite qu’ils allaient mourir s’ils avançaient or un chemin s’ouvrit devant eux dans la mer et ils avancèrent à pied sec à la suite de Moïse.

            Cette image de planter un arbre dans la mer, de croire qu’une croissance est possible à travers les eaux de la mort, voilà une image par laquelle Jésus parle à ses disciples : il leur parle de renaissance pascale, il leur annonce le chemin qui sera le sien lorsque, submergé par les eaux de la mort, il sera tiré de la mort à la vie, à travers la mort, par son Père.

            « Les arbres dans la mer », c’est un titre que le Père Didier Rimaud a donné à l’un de ses recueils de poèmes. Le grand arbre dans la mer, c’est Jésus dans la nuit du vendredi saint. Les arbres dans la mer ce sont les apôtres et les disciples de Jésus méprisés et mis à mort à cause du Nom de Jésus. Les arbres dans la mer, c’est nous affrontés aux malheurs dans nos vies et à la mort, et confiés dans la foi au Père des cieux.

            Voilà la foi de Jésus : rien n’est impossible à Dieu, un arbre déraciné par la violence des hommes peut être planté par Dieu dans la terre des vivants. Voilà le contenu de notre foi, voilà ce que nous avons de précieux à partager dans la ville où nous vivons.

 

Serviteurs de la mission du Christ

            Cette foi, nous l’avons reçue : quelqu’un dans l’humanité nous l’a annoncée, l’Esprit Saint en a témoigné en notre cœur. Et, dans notre liberté, nous avons accueilli ces témoins. Sans ces hommes et ces femmes pour lesquels nous avons une profonde reconnaissance et qui ont été pour nous des serviteurs de l’Evangile par le témoignage de leur vie et de leur parole, nous ne connaîtrions pas le Nom de Jésus, nous l’aurions peut-être oublié. Ces témoins ont été  précédés par les disciples et les martyrs. Précédés aussi par l’Esprit Saint qui, au sein de la Trinité, est le serviteur de la Parole de Jésus pour nous la rappeler et nous la faire comprendre au fond de nos cœurs, comme dit l’Evangile de Jean. Lui, l’Esprit Saint, est le premier Serviteur de la mission du Christ.

            Nous aussi, à la suite de ces témoins et appuyés sur l’Esprit Saint, nous sommes appelés à devenir des serviteurs de la mission du Christ « pour » d’autres, pour que d’autres vivent et soient heureux. D’autres qui, comme nous, sont dans la mer : malade d’un cancer au foie, tristes d’une vie qu’ils n’ont pas choisie, s’interrogeant sur le sens de la vie, au chômage, ayant un travail mais n’arrivant pas à partir travailler le lundi matin, venant de perdre une fille de 26 ans qui a mis fin à ses jours, bouleversés par un autre malheur dans leur vie professionnelle, familiale ou personnelle ou d’un pays en guerre… autant de situations où ils sont submergés par les eaux de la mort, se demandant comment ils vont bien pouvoir tenir, entendant monter en eux cette question : « Qui nous fera voir le bonheur ? ». C’est de connaître le mystère du Christ et de reconnaître la bénédiction de Dieu qui peut les faire passer, par grâce, de la question « Qui nous fera voir le bonheur ? » à la foi de Jésus sur la croix : « Père, je remets ma vie entre tes mains ».

            Dans notre grande ville, vivent des hommes, femmes et des enfants qui craignent d’être submergés par les eaux de la mort. Que l’eucharistie qui nous travaille, comme on pétrit l’argile, du mystère pascal nous donne de voir clairement en notre âme, comme Saint Ignace le vit dans la vision de La Storta, près de Rome en 1544, que Dieu le Père nous met avec son Fils Jésus dans sa mission. Il semblait à Ignace voir le Christ avec sa croix sur l’épaule, et le Père auprès de lui, qui disait à son Fils : « Je veux que tu prennes celui-ci, c'est-à-dire Ignace, pour ton serviteur ». On n’est pas mis avec le Christ dans sa mission « pour rien », on est mis avec le Christ « pour d’autres ». Chacun selon son charisme propre. Et c’est la foi qui permet de se faire « simple serviteur » au point de consentir à l’enseignement de Jésus : « Nous sommes des serviteurs quelconques, nous n’avons fait que notre devoir ».

            Demandons et écoutons au fond de nous comment l’Esprit Saint nous appelle, chacun à notre manière, à devenir des serviteurs de la mission du Christ aujourd’hui à Paris.