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28° dimanche B
Marc 10, 17-30
Sagesse 7, 7-11
Hébreux 4, 12-13
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28ème
dimanche B
Père Jean-Marc Furnon
JESUS
FIXA-SON-REGARD SUR LUI. IL L’AIMA
Jésus
découvre un homme qui pratique la loi de Moïse et qui a de grands
biens. Cet homme est un « Héritier » avec un grand « H » : héritier de
biens et héritier de la tradition morale de son peuple. Cet homme est
aussi un homme de désir : il lui manque quelque chose et il le dit : «
Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »
Jésus l’aime parce qu’il reconnaît en lui un vrai fils d’Israël animé
par l’Esprit et plein de zèle pour le Seigneur et parce que la
confiance de cet homme le touche lorsqu’il lui demande : « Bon maître
que dois-je faire… ? » N’oublions pas que Jésus, à ce moment là de sa
vie, a déjà annoncé par deux fois sa passion, sa mort et sa
résurrection ; Jésus a conscience de l’hostilité des autorités
d’Israël à son égard.
Jésus est consolé et de cette consolation naît une parole qui n’était
pas prévisible : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que
tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel puis viens
et suis-moi ».
VA ET VIENS
Jésus nomme le manque qui habite cet homme. Jésus confirme cet homme
dans sa recherche et lui ouvre un chemin de vie. C’est par de telles
paroles que Jésus guérit le cœur de l’homme.
Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres. Ce n’est pas
donne-le à ta famille. Non, aux pauvres.
Ça c’est la marque de Jésus par rapport à la tradition des
pères.
Viens et suis-moi. « Suis moi » c’est la première parole que Jésus a
dite à Pierre et André au bord du lac de Galilée au début de sa
prédication, la dernière parole qu’il dira à Pierre après sa
résurrection : « Toi, suis moi ».
Suivre Jésus c’est s’attacher à Jésus parce qu’on l’a reconnu comme
l’envoyé de Dieu que tout Israël attend, c’est découvrir en soi le
désir de s’associer à sa mission. Suivre Jésus c’est se compromettre
publiquement avec Jésus devant les autres en Israël. Dans la situation
de conflit que vit Jésus à ce moment là de sa vie, ce n’est pas rien
que de marcher à sa suite et de faire partie de la « bande à Jésus ».
Lors de la Passion, la servante du Grand Prêtre dira à Pierre : « Toi
aussi tu étais avec le Nazaréen, avec Jésus » et, pris de crainte,
Pierre répondra : « Je ne sais pas, je ne comprends pas ce que tu veux
dire ». Combien de chrétiens n’ont-ils pas été arrêtés en URSS ou au
Salvador dans les années 80 parce qu’ils avaient le livre des
évangiles dans leur maison ! Tout simplement.
Voilà l’appel de Jésus. Cet homme est trop attaché à la richesse et à
l’observation de la Loi à la manière de ses pères pour suivre Jésus et
tout abandonner : « il devint sombre et s’en alla tout triste ».
QUE NOUS DIT CET EVANGILE A NOUS AUJOURD’HUI ?
Ce passage de l’évangile s’adresse à tout croyant.
Cet homme est une figure de la conversion d’un « Héritier » au Christ,
une figure de la conversion d’Israël au Christ. Nous, catholiques,
avons du mal à percevoir quelle rupture cela représente pour lui non
seulement par rapport à ses biens mais surtout par rapport à la
tradition spirituelle de ses pères. Aujourd’hui encore, il y a des
hommes et des femmes qui se convertissent au Christ venant d’autres
religions, d’autres traditions spirituelles, de familles agnostiques
ou anti-cléricales.
Evidemment la radicalité de ce récit d’appel fait penser à la vocation
religieuse ou ministérielle dans l’Eglise. Ces vocations de certains
chrétiens ne font que confirmer, dans leur radicalité, la radicalité
de la vocation baptismale de chaque disciple de Jésus.
Alors pour nous, catholiques depuis notre enfance, comment comprendre
que cet évangile s’adresse à nous ? Il est possible, comme disent des
Pères de l’Eglise, que bien que catholiques nous soyons, comme cet
homme, des Héritiers de la tradition de nos pères et que nous soyons
appelés à devenir des disciples de Jésus. Tout chrétien est appelé à
la conversion et la conversion est une histoire : tu ne sais ni le
jour, ni l’heure, ni la forme que prendra l’appel personnel de Jésus
dans ta vie. Il n’y a pas d’âge pour cela. La rencontre de cet homme
avec Jésus a dépendu de la demande de cet homme à Jésus et de
l’initiative de Jésus à son égard. Nous ne maîtrisons pas cette
initiative.
Le passage de la position d’héritier à celle de disciple conduit à des
ruptures fortes comme l’indique cet évangile. Pour les uns cette
rupture peut être radicale : il y a un avant et un après. Pour
d’autres elle peut être plus progressive au cours de leur vie :
entendre l’appel de Jésus et y répondre peut s’étendre au long de
plusieurs années.
Le rapport à l’argent et à la tradition de nos pères que représente la
réussite sociale. Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et
tu auras un trésor au ciel. Il y a des chrétiens qui choisissent de
travailler au service d’une cause au nom de l’Evangile et qui prennent
des risques pour leur carrière et leurs revenus.
• pour un homme de 40 ans avec trois enfants, accepter à cause de
l’Evangile de devenir commissaire national des scouts de France pour
trois ans renouvelables en quittant son poste à Air liquide et sans
assurance de le retrouver trois ou six ans après.
• pour un jeune diplômé d’Ecole, choisir à cause de l’Evangile de
passer deux ans à enseigner les mathématiques au nord Cameroun plutôt
que d’aller travailler dans une banque à Hong Kong ; au plan de sa
carrière il sera moins avancé que l’autre au retour.
• une jeune fille à Cuba qui est engagée dans la pastorale de jeunes
et qui choisit d’aller aux JMJ de Toronto en sachant qu’en revenant il
est bien possible qu’elle n’ait pas de place comme étudiante en
psychologie.
• un père de famille qui s’engage dans la politique à cause de sa foi
pour que les relations soient davantage fraternelles dans la cité à
travers la manière dont s’organisent ces relations.
Ces exemples sont des exemples, ils n’ont pas pour but de culpabiliser
quiconque. Ils ont pour but d’indiquer que la conversion au Christ
passe de fait par des ruptures qui témoignent des choix d’un disciple
de Jésus.
Le rapport l’identité culturelle : accueillir dans la communauté
chrétienne, à cause de Jésus, des hommes et des femmes qui se sont
convertis au Christ et qui ne viennent pas de la même tradition
spirituelle ou du même milieu social ou qui n’ont pas la même couleur
de peau que nous. Comme aux premiers temps de l’Église
où Pierre a été appelé à accueillir Corneille et Ananie à recevoir
Paul le persécuteur de l’Eglise.
Il y a un chemin par lequel un héritier peut devenir un disciple de
Jésus. A cause de l’Evangile. A cause de Jésus.
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