Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

28ème dimanche B                                                                                                  dimanche 15 octobre 2006

Père Jean-Marc Furnon, jésuite

Marc 10, 17-30

L’homme riche dont nous parle l’évangile est un « héritier », héritier de biens matériels, d’une tradition religieuse, d’une culture. Il se laisse conduire par sa générosité en demandant « Bon maître que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? ». Il ne sait pas, il ne mesure pas ce qu’il demande. La réponse de Jésus le lui révèlera.

Sa demande va le conduire là où il ne savait pas. Voilà qu’un autre, Jésus, va se laisser toucher par la demande de l’homme et lui répondre de manière imprévisible. Imprévisible pour Jésus lui-même d’abord. Il lui répond en citant la loi de Moïse reçue de Dieu puis l’évangile nous dit « posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer ». C’est une consolation pour Jésus lui-même d’être saisi d’un amour pour ce fils d’Israël plein de zèle et engagé dans sa foi. Jésus, après avoir par deux fois annoncé sa passion, est touché par cette générosité et il l’appelle très radicalement : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens et suis moi ». Pensons à ce qui peut arriver entre un homme et une femme : l’un peut s’approcher de l’autre par sentiment amoureux et voilà que l’autre l’entend au plus profond de son être et lui répond : « Veux-tu être ma femme » ou « Veux-tu être mon mari » ; il ou elle n’avait pas du tout prévu cela, il ou elle est pris à l’improviste. C’est ce qui arrive à notre homme devant Jésus. Nous, catholiques, ne mesurons pas ce que peut représenter un tel pas pour un fils d’Israël comme rupture non seulement par rapport à ses biens mais surtout par rapport à la tradition spirituelle de ses pères. L’homme s’en alla triste alors que l’appel de Jésus était dans sa vie l’expérience d’un don de Dieu, une consolation non prévisible. Triste parce qu’il n’était pas libre. Il était trop attaché à son héritage pour se compromettre avec Jésus. Tant mieux qu’il n’ait pas répondu « oui » pour « faire plaisir » à Jésus ou par culpabilité. Il s’en va mais nous ne savons pas quelle est la suite de son histoire avec Jésus et avec Dieu.

L’évangile de Marc nous dit que c’est un homme ; ailleurs on nous dit que c’est un « jeune homme » supposé non marié. Alors si c’est un homme, ce serait que cet évangile ne s’adresse pas aux femmes ? Si c’est un jeune homme, ce serait que cet évangile ne s’adresse pas aux hommes mariés ? Non, l’évangile tout entier s’adresse à tout chrétien ! Qu’il soit homme ou femme, jeune ou âgé, tout chrétien est appelé à la conversion et la conversion est une histoire. Il n’y a pas d’âge pour vivre la conversion au Christ Jésus. La visite de Dieu est imprévisible dans une vie. Dieu peut être touché par l’homme et l’aimer. Cet événement en Dieu nous demeure caché mais l’appel de Dieu, lui, nous rejoint. Je pense à un homme de 40 ans, marié et père de trois enfants, engagé chez les scouts de France et voilà qu’il lui est proposé d’accepter de devenir Commissaire national des Scouts de France pour trois ans renouvelables en quittant son poste dans une grande entreprise et sans assurance de le retrouver trois ou six ans après. A cause de Jésus. Nous pouvons ne pas être libre, trop attachés que nous sommes à nos biens quels qu’ils soient. Je pense, plus simplement, à cette lettre d’un ami jésuite engagé auprès des réfugiés au Rwanda. Elle attend une réponse, elle reste là sur mon bureau. J’ai l’intention de le faire et je ne le fais pas. D’autres choses « plus importantes » passent avant : une semaine, un mois, un an. De quoi ne suis-je pas libre pour que l’amitié dont parle cette lettre ne reçoive pas de ma part l’ouverture de l’amitié ? Gratuitement. A quoi suis-je tellement attaché que je ne trouve pas le temps de répondre ? De quel esprit est cet attachement ? L’Esprit de Dieu ou un esprit qui ne sert pas Dieu ?

Un jour, la veille de sa passion, Jésus a dit à ses disciples en leur donnant la coupe de vin : « Prenez et buvez en tous ». Les disciples ont pris la coupe et ils ont bu. Ils se sont laissés entraîner par l’amour de Jésus et ils ont trouvé la vie.