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28ème
dimanche A
12 octobre 2008
Père Dominique Cupillard, jésuite
Isaïe
25, 6-9 ; Psaume 22 ; Philippiens 4, 12-14.19-20 ; Matthieu 22,
1-14
Cette parabole souffle le chaud et le
froid : tout y est mêlé, comme dans cette salle de noces.
Manifestement, on a affaire ici à deux paraboles mises bout à bout,
les deux polémiques, la première visant les juifs qui ont rejeté Jésus
et les prophètes, la deuxième à la fin, ceux qui parmi les chrétiens,
n’ont pas vraiment revêtu le Christ.
Mais la pointe de cette parabole, c’est
l’image des noces : le mot « noce » revient 7 fois. Il dit l’amour fou
de Dieu pour l’homme, son désir de faire alliance avec lui, de ne
faire plus qu’un avec lui, comme deux époux ne font plus qu’un, au
point que Paul dira que le mariage est la meilleure image pour dire la
relation de Dieu avec l’humanité. Il arrivera en ce jour là que tu
m’appelleras « mon mari » (Osée) 2,18, Ton créateur est ton époux, son
nom est Yahvé (Isaïe 54,5). A travers les prophètes, Osée, Isaïe, ce
désir d’alliance parcourt toute la Bible comme un fil d’or, jusqu’au
Christ, l’époux promis : J’entends mon bien-aimé qui frappe (Ct 5, 2)
dit le Cantique des Cantiques. Voici l’époux, sortez à sa rencontre
(Mt 25, 6) répond l’évangile.
Le refus d’Israël, va accomplir le
dessein de Dieu, d’élargir à tous les peuples, l’invitation aux noces,
d’ouvrir à tous les portes du royaume, les mauvais comme les bons, et
d’en faire un peuple nouveau, son Eglise. Le pape Benoît XVI l’a redit
plusieurs fois lors de son récent séjour en France « Personne n’est de
trop dans l’Eglise, personne ! Tout le monde peut et doit y trouver sa
place. » Les mauvais comme les bons : l’Eglise témoigne-t-elle
vraiment de cet accueil, de cette ouverture à tous, de la largesse du
don de Dieu ?
Invitez les (Mt 22, 9), Forcez les
d’entrer (Lc 14, 23) dit le maître chez saint Luc. Cette force
prodigue, qui court les rues, convoque tout le monde, veut remplir la
salle des noces, c’est celle de l’Amour qui veut se lier à l’homme, la
même force qui bravant tout, pénètre en territoire païen, troue la
foule, touche le lépreux, s’invite à la table des pécheurs. Et
ressuscite les morts. Bravant tout, ne se résignant pas. Devant aucun
refus. Pas même celui qui veut sa mort. On a dans cette parabole,
derrière la mort des serviteurs, l’annonce du sort réservé à Jésus.
Le refus d’accepter l’invitation de Dieu,
peut prendre diverses formes dans nos vies : une façon de nous laisser
accaparer par les tracas, les contrariétés de la vie. Toutes sortes
d’appels aussi qui couvrent la voix du Christ, étouffent sa parole.
Pourtant, et les époux le savent, on peut dire oui à celui qu’on aime,
au milieu de la fatigue, des soucis. Accueillir l’invitation de Dieu
et y répondre, n’est pas incompatible avec les préoccupations, le
travail, la dureté de la vie. C’est même tout le contraire : on trouve
toujours du temps pour celui qu’on aime et cet amour, au lieu d’être
un obstacle, fortifie et transfigure tout le reste.
Dans notre parabole, (et cela vient
sacrément contredire la lecture habituelle du beaucoup d’appelés et
peu d’élus), un seul finalement est exclu. C’est pas une question de
mérite : non, il n’a pas la tenue de fête, le vêtement de noce.
L’invitation de Jésus ne l’a pas changé. Être changé, ce n’est pas
gagner en importance ou en vertu, c’est entrer dans la joie. Se
réjouir, exulter, jubiler, toute l’Ecriture est un appel, un hymne à
la joie, un formidable alléluia. Pourquoi cette acclamation qui
escorte l’évangile, n’atteindrait pas nos vies ?
Heureux les invités au repas du Seigneur.
L’eucharistie que nous célébrons est ce repas de fête où le Seigneur
nous invite. Il nous invite à partager sa joie : Entre dans la joie de
ton Seigneur (Mt 25, 21). L’invitation à entrer dans la joie de Dieu,
voilà ce que nous avons à accueillir dans cette eucharistie, à
échanger entre nous, à propager, à transmettre, à tant d’hommes et de
femmes qui ignorent tout de cette joie qu’apporte le Christ ou qui
s’en croient exclus.
Prions le Seigneur, pour qu’il donne à
son Eglise, à notre communauté, d’être dans le monde, un signe visible
de cette joie, qui veut se donner et être distribuée à tous.
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