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Vingt-huitième
dimanche B
dimanche 11 octobre 2009
Père Jean-Paul Mensior, jésuite
Marc 10, 17-30
Nous sommes sur la route
qui conduit Jésus à Jérusalem ; il y a entraîné ses disciples, aux
quels il a, pour la deuxième fois, annoncé sa passion prochaine. Ce
récit de vocation qui tourne court est l’occasion pour lui de redire
avec force à quel point la pauvreté et l’accès au Royaume de Dieu ont
partie liée.
Il l’a déjà dit, clairement
: « Bienheureux les pauvres, le Royaume des cieux est à eux ! » En
ajoutant, en substance : « Malheureux êtes-vous, les riches, vous qui
volez la clef, non pour entrer dans le Royaume, mais pour fermer la
porte aux pauvres ! » Il a déjà multiplié les avertissements, pour
tenter de réveiller les bonnes consciences de ceux qui se sont faits
les riches propriétaires de la religion. Et comme chaque fois que
Jésus touche un point central de son message, ses disciples ne
comprennent rien. Aujourd’hui nous les voyons stupéfaits, de plus en
plus déconcertés, nous dit Marc.
Ces disciples, c’est nous.
Nous, tellement riches. Et la question des disciples nous monte aux
lèvres : « Si la porte d’accès au Royaume est si étroite, qui peut la
franchir ? Qui peut être sauvé ? » Alors Jésus nous regarde, comme cet
homme, il nous aime, et il nous dit : « Non seulement c’est difficile,
mais, pour les hommes, c’est impossible. » Après quoi il prononce la
parole qui ouvre un chemin d’espérance : « Mais pour Dieu, tout est
possible. «
Cette parole fait écho à la
parole divine à Abraham, alors que la vieille Sara doute de sa
fécondité. C’est aussi la parole de l’ange à Marie, qui demande
quelque éclaircissement sur ce que l’ange vient de lui annoncer : tout
est possible à Dieu.
Cette parole de Jésus a
touché l’homme de notre récit, puisque le voici soudain triste et
sombre, quand Jésus lui demande de vendre tout ce qu’il a pour le
suivre. Bienheureuse tristesse car elle nous montre que la demande de
Jésus fait son travail, en lui révélant à quel point il est prisonnier
de ses richesses et esclave de ce qu’il possède. En fait, cet homme,
fier de sa volonté et de son obéissance, et qui pense pouvoir acheter
la vie éternelle au prix de ses efforts et de ses vertus est incapable
d’aimer. Or, en lui demandant de le suivre, Jésus lui apprend que la
foi n’est pas une réalité juridique, mais une relation d’amour.
Il en est toujours ainsi :
seule la parole de Jésus accueillie dans la prière nous révèle où sont
nos attachements secrets à ce que nous avons, et plus encore à ce que
nous sommes. Mais la même parole ne se contents pas de nous éclairer :
elle nous guérit, et nous rend capables de rompre les liens réels ou
imaginaires qui nous ligotent, et de faire de nous, tout pécheurs que
nous soyons, des pauvres, et donc des hommes et des femmes libres et
joyeux de suivre le Christ – ce Christ qui demande à ceux qu’il envoie
de n’emporter pour la route comme seul bagage et comme seul trésor,
que l’attachement à celui qui donne tout à ceux qui n’ont rien.
Ensemble, demandons
ardemment au Seigneur ce cadeau sans prix : devenir assez libres pour
accueillir comme notre seule richesse celui qui « de riche qu’il était
s’est fait pauvre, afin de nous enrichir de sa pauvreté. »
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