Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

29ème dimanche B                                                                                                  dimanche 22 octobre 2006

Père Jean-Marc Furnon, jésuite

Marc 10, 35-45

 

« Pouvez-vous recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? ».

Jésus a bien été baptisé par Jean-Baptiste au bord du Jourdain mais ce n’est pas de ce baptême-là dont il parle aujourd’hui. Il dit à ses apôtres qu’il va être « plongé » dans l’eau de la mort. Plongé, comme on plonge quelque chose ou quelqu’un dans l’eau ; celui qui est plongé disparaît et il ne peut survivre, malheureusement, très longtemps par ses propres moyens.

Ce signe d’être plongé dans l’eau désigne les souffrances qui submergent l’homme livré à l’épreuve, et plus particulièrement à la mort. Jésus pèse ce qu’il dit après leur avoir annoncé par trois fois sa passion. Dans la demande de ces jeunes apôtres, Jésus ne méprise pas leur aspiration à « devenir grand » mais il entend, en profondeur, leur désir d’être « avec lui » et il y répond vraiment.

Chaque fois que l’Eglise baptise un adulte ou un enfant, c’est cela que nous signifions par les rites du baptême. Nous lui disons en versant de l’eau sur sa tête : « Toi, tu reçois aujourd’hui le baptême chrétien. » Nous aussi nous sommes renvoyés comme à neuf au tout début de la compréhension de ce mystère. Résonnent à nos oreilles les grands mots de la foi. Les mots de réconciliation et de rédemption, de nouvelle naissance et d’Esprit Saint, d’amour des ennemis, de croix et de résurrection, de vie dans le Christ et d’imitation de Jésus ; tout cela est si difficile et si lointain que nous osons à peine encore en parler parfois. Nous aussi nous sommes plongés dans le mystère de Dieu.

 

Toi baptisé, toi Marine, toi le jeune Armand, comme nous, tu passeras toi-même un jour par des épreuves et des angoisses ou bien tu seras appelé à accompagner d’autres hommes, femmes ou enfants broyés par des souffrances qui font résonner en eux la menace de la mort. A cause des violences, des risques pour la survie de la planète, de la maladie physique et psychique, de la mort d’un époux, d’un accident de moto qui laisse tétraplégique, de nos pauvretés humaines, de nos malaises, des douleurs intimes dans la vie affective, de l’isolement, des moqueries à cause du Christ, de la finitude de l’homme. Dans un être, dans un couple, dans une famille, un quartier ou un pays. Tu seras plongé dans les eaux de la mort, dans l’obscurité de la nuit à certains jours.

Alors rappelle-toi que Jésus, comme le dit la deuxième lecture, a « partagé nos faiblesses », « en toutes choses il a connu l’épreuve comme nous » (Hébreux 4, 15-16). Il a pris ce chemin, en particulier à Gethsémani. Nous entendons sa parole : « Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Marc 14,36).

Alors toi, baptisé, quand tu sentiras que les événements te plongent dans la mort, remets-toi à Dieu dans la foi à la suite de Jésus, même si tu ne comprends pas. Tu rediras à la suite du psalmiste : « Nous attendons notre vie du Seigneur, il est pour nous un appui, un bouclier » (Psaume 32). Pose un acte de foi. Entre dans ton baptême. Librement. Comme le dit la lettre aux Hébreux : « Avance avec pleine assurance vers le Dieu tout puissant pour obtenir la grâce de son secours » (Hébreux 4,16). Car le mystère du don de la vie passe par la croix. Nous avons des hauts et des bas à ce moment-là mais nous avons un cap : « Avance avec pleine assurance vers le Dieu tout puissant pour obtenir la grâce ». Garde ce cap dans ton cœur même si tu es tenté de tomber dans le désespoir de ceux qui coulent dans la souffrance.

« Pouvez-vous recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? ».

« Nous le pouvons »

« Le baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez »

 

Le Père en qui Jésus a mis sa confiance est un Dieu qui libère de l’esclavage, de la violence meurtrière et de la mort à travers la mort. Tout l’ancien testament témoigne d’un Dieu qui libère son peuple. Jésus l’a appris de Marie et de la communauté des croyants de son temps. Jésus a révélé à ses disciples le projet de Dieu de libérer non seulement son peuple mais aussi la multitude c'est-à-dire toute l’humanité : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude ».

Pour faire partie de cette multitude, il faut être homme ou femme et désirer être délivré d’une servitude. Etre libéré, moi ? nous ? Mais de quelle servitude ? Peut-être je le sais alors je peux demander, avec insistance, au Seigneur qu’il me libère. Peut-être je ne le sais pas. Le Père Gouet, qui fut chapelain de cette église, rencontrait un jour une personne qui ne voyait pas de quelle servitude elle pouvait être libérée par le Seigneur et qui était triste d’une tristesse qui dure et ne laisse pas en paix. Alors il lui proposa de méditer cette pensée : « Je suis triste à longueur de journée ; de quoi ne suis-je pas libre ? ».

Demandons à l’Esprit Saint de nous ouvrir le cœur et l’intelligence à la servitude qui nous tient et à laquelle nous tenons. Rendons grâce du désir qui est en nous d’être avec Lui, le Seigneur.