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Vingt-neuvième dimanche
C
Exode 17, 8-13
Psaume 120
2Timothée 3,14-4,2
Luc 18, 1-8
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Vingt-neuvième
dimanche
C
Père Michel Farin, jésuite
Parabole de la situation de l’humanité dans la prière
Face à un adversaire, un accusateur, cette veuve demande justice à
quelqu’un d’autre, un juge, qui ne répond pas (« longtemps il refusa
») et qui échappe à toute manipulation, qui est inaccessible à tout
compromis, arrangement. Car après tout la veuve lasse d’attendre
d’avoir justice aurait pu s’arranger avec son adversaire, ou chercher
les moyens d’influencer le juge. Du coup, paradoxalement, ce juge est
comme Dieu, inaccessible à l’idolâtrie. On ne peut mettre la main sur
lui pour le faire agir dans notre sens.
La veuve est totalement démunie. A cette époque une femme sans mari
est sans appui, sans défenseur, elle n’a aucun droit. Elle croit
seulement à la justice. Elle est habitée par son désir de justice.
Dans une situation désespérée, sans se justifier, sans chercher de
compromis ni avec Dieu, ni avec le juge ni avec son adversaire, elle
ne doute pas de son désir de justice qui est alors invincible. Justice
lui est finalement rendue. Son adversaire est vaincu, débouté. La foi
peut être invincible. Le Père Vincent Tsu, jésuite chinois qui a passé
quinze ans en prison, dont une année dans une cellule inondée, disait
justement au Père Beauchamp qui le rencontrait une fois libéré : « la
foi est invincible, la prison ne peut rien sur elle. »
Alors le Dieu de justice ne ferait pas justice à ses élus, à ceux qui
ont hérité de ce désir de justice, ses enfants ? Est-ce qu’il les fait
attendre ? Sans tarder il leur fera justice. Dieu ne peut attendre, ne
peut tarder devant une telle demande. Et pourtant l’accomplissement de
la justice n’est pas immédiat. La victoire sur l’Adversaire prend du
temps, le temps qu’elle soit notre victoire et non celle de Dieu qui
se battrait à notre place. La victoire ne tombe pas du ciel comme une
action magique que Dieu ferait sans nous.
D’où la figure de Moïse en prière sur la montagne. Dieu ne fait pas
attendre l’accomplissement de la victoire puisque Josué dans la vallée
l’emporte sur l’ennemi lorsque Moïse a les bras levés pour la prière.
Mais la bataille dure quand même une journée. Moïse fatigue dans la
prière, « les bras lui en tombent », et Josué bataille. Dieu leur fait
justice sans attendre, mais la victoire sur l’adversaire est la
victoire de Moïse et de Josué dans l’histoire du peuple.
Figure du Christ en croix, les bras étendus, entièrement démuni, qui
ne cesse d’appeler la justice d’un autre sans accuser personne, sinon
ce serait justement la victoire de l’adversaire. Au contraire
l’Accusateur est anéanti, la justice est rendue, dans tous les sens du
mot. Mais cela a demandé au moins de la troisième à la neuvième heure
pour que le Fils de l’Homme naisse, vienne.
C’est le sens de la question qui conclut notre évangile : « Le Fils de
l’homme, lorsqu’il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » Il va
trouver Marie, cette veuve au creux de l’abîme, qui n’aura pas douté
du désir de la justice qui l’habite et ne sera pas tombée du côté de
l’accusation. Et le Fils de l’Homme qui vient, qui naît, est son
propre Fils.
Alors la prière c’est « toujours ». « Il faut toujours prier » dit
notre texte. Bien sûr on peut faire « des » prières, mais la prière
est un état continuel. Elle apparaît comme la seule façon de vivre le
temps de l’incarnation. Elle seule fait justice et anéantit
l’accusation. Vivre le temps de la naissance, de la venue du Fils de
l’Homme en chacun de nous, sans désespérer de son délai, de sa
non–immédiateté qui nous donne de l’enfanter en nous-même. La prière
est la seule manière de vivre le temps de ressusciter, sans tomber
dans l’accusation. La prière laisse la parole en nous au seul
Défenseur, l’Esprit qui crie Abba et fait de nous des Fils. Dieu ne
nous fait pas attendre. Il prie en nous, là où nous sommes sans
défense, étranger, veuf, orphelin. Cette prière dans laquelle la foi
prend corps est invincible.
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