Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

29ème dimanche ordinaire- Année C        

Luc 18, 1-8

Père Marc Rastoin, jésuite   

 dimanche 17 octobre 2010

Les dimanches se suivent… et parfois se ressemblent ! Comme dimanche dernier, Jésus nous centre sur la foi. Les dix lépreux s’étaient mis en route, dans la foi, sans savoir encore s’ils allaient être guéris. Et au dixième Jésus dira : « Ta foi t’a sauvé ». Jésus appelle aujourd’hui, une fois de plus, à la foi. « Le Fils de l’homme quand il viendra, trouvera t-il la foi sur la terre ? » Cette phrase est un abîme, une inquiétude, un appel… Jésus parle ici de cette attitude intérieure d’un être entièrement tourné vers le Père, dans la confiance, sûr de cet amour inconditionnel et généreux. Il utilise, comme il le fait souvent, parabole et raisonnement a fortiori : si des hommes injustes et méprisants rendent parfois la justice, à combien plus forte raison un Dieu juste et aimant le fera-t-il. La foi… Combien de nos contemporains disent ne pas l’avoir… l’assimilent à une sorte de béquille intérieure ou à une aliénation de la liberté… S’ils savaient ! S’ils savaient ce qu’est la foi : l’ouverture à une relation nouvelle, si riche, si infiniment variée... Combien de fois Jésus a-t-il cherché à faire entrer dans ce mystère, dans ce Royaume nouveau… Comme le Royaume, la foi est une graine, un rien à l’œil nu, mais un rien qui peut déplacer les montagnes comme le petit arbre planté près d’un mur finira par faire éclater le mur… Elle est aussi ce que l’on peut chercher et admirer chez un frère humain : la seule chose qui provoque l’admiration de Jésus : « Je vous le dis : chez personne en Israël je n’ai trouvé une telle foi ! » (Lc 7,9), dit-il après avoir écouté le centurion. C’est ce qu’il loue chez les personnes qui se tournent vers lui dans leur maladie ou leur épreuve : « Va ! Ta foi t’a sauvé » (Lc 7,50) ; c’est ce qu’il attend en priorité de ses disciples : « Où est votre foi ? » (Lc 8,25) demande-t-il sur le lac et, s’il veut secouer ses Apôtres, il leur dit « ô gens de peu de foi ! » (Mt 16,8). La foi, c’est ce que Jésus cherche de toute son attention, comme un chercheur d’or a l’œil rivé sur son tamis. C’est ce pour quoi il prie, pour lui et pour les autres : « Simon, Simon, j’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas » (Lc 22,32). Finalement, Jésus cherche ce qui est dans son cœur. La Foi. Il cherche d’autres croyants à son image…

          Dans quelques jours, Jésus va admirer une pauvre veuve qui mettra quelques piécettes dans le trésor du Temple – non pas une veuve de parabole mais une vraie veuve -, unissant en un seul geste son amour de Dieu et son amour des hommes. Une humble femme qui offre toute sa vie, tout ce qu’elle a, en un seul acte d’amour, un acte discret et non-violent… Et Jésus sera touché par cette veuve ; car il verra en elle ce qu’il voit en lui : un grand désir de tout donner pour Dieu et pour ses frères ; un acte radical et doux à la fois, aimant et discret. Comme dit la devise du bienheureux Newman, cor ad cor loquitur, le cœur parle au cœur… Les cœurs des amoureux de Dieu se parlent d’une façon mystérieuse. Jésus et cette pauvre veuve semblent si différents ; un jeune homme de Galilée, une vieille femme de Judée, et pourtant ils sont profondément semblables dans ce qui les anime… C’est la foi nue, limpide, dans le Père de toute vie, celui qui donne la vie et qui peut la redonner…

          Un jour, après que les disciples eurent échoué à guérir un enfant malade Jésus leur dira : « Jusques à quand ai-je à vous supporter ? », combien de temps le Fils de l’homme pourra t-il vivre avec des êtres manquant de foi ? Une fois guéri, « les disciples, s'approchant de Jésus, en privé, lui demandèrent°: ‘Pourquoi nous autres, n'avons-nous pu l'expulser ?’ Et il leur répondra : « Parce que vous avez peu de foi. Car, je vous le dis en vérité, si vous avez de la foi comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne : Déplace-toi d'ici à là, et elle se déplacera, et rien ne vous sera impossible’. » Notre prière aujourd’hui ne peut être que simple… Non pas tant « augmente en nous la foi ! » (Lc 17,5) mais bien plutôt ‘ Donne-nous Seigneur une foi comme la tienne !’. Une foi qui n’est, ni à mesurer ni à juger, mais à vivre en s’y jetant corps et âme… « Seigneur je crois, viens en aide à mon manque de foi ! » (Mc 9,24).

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