Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

2ème dimanche A

 

Isaïe 49, 3-6

Psaume 39

1 Corinthiens 1, 1-3

Jean 1, 29-34
 



 

 

 

Deuxième dimanche (A)

Père Pierre Faure,  jésuite

 

« Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Cette annonce est forte et porte en elle une certaine gravité. On sent qu’elle est faite pour résonner en  public, et qu’elle pousse à faire un geste qui l’accompagne et la renforce. Or voilà plus de treize siècles que résonne cette phrase dans la liturgie romaine, au moment où le prêtre à l’autel partage le pain eucharistique pour préparer la communion. Et cette résonance est double : d’abord l’assemblée s’adresse au Christ en chantant : « Agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous ». Puis, en présentant le Corps du Christ à tous les fidèles le prêtre annonce : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Et jusque dans la chambre d’un malade ou d’une personne immobilisée à domicile, cette phrase annonce la présence du Corps du Christ apporté pour la communion.

Mais nous venons aussi d’entendre dans l’évangile que Jean le Baptiste annonce publiquement l’arrivée de Jésus vers lui, en prononçant la même expression. On imagine bien aussi cette annonce accompagnée d’un geste désignant Jésus à tous ceux qui venaient à Jean pour se faire baptiser dans le Jourdain. C’est dire l’amplitude de la résonance de cette annonce ! Son écho se transmet ainsi depuis la première apparition publique de Jésus jusqu’à chaque communion eucharistique comme nous l’entendrons nous-même tout à l’heure.

Il nous faut regarder maintenant de plus près cette expression, et la voir avec les yeux de Jean le Baptiste et de Jean l’évangéliste. De grands yeux, écarquillés comme en ont les personnages de style roman de la crèche de notre église. En effet la foi de ces deux témoins est si puissante qu’en regardant Jésus ils voient en lui s’accomplir deux figures essentielles de la Bible et donc de la vie du peuple hébreu.

D’abord l’agneau, symbole de faiblesse et d’innocence. Agneau qui est immolé puis mangé selon l’ordre de Dieu pour la fête de Pâque, en mémoire de la libération du peuple qui sort enfin de l’esclavage d’Egypte. Et lorsque Jésus meurt sur la croix aux portes de Jérusalem, chaque famille de la ville s’apprête à manger l’agneau pascal. Les premiers écrivains chrétiens et surtout Jean et Paul verront alors dans le Christ versant son sang la figure accomplie de l’agneau pascal. Jésus par sa mort sauve le peuple de l’esclavage du péché et du refus de Dieu. Et dans le livre de l’Apocalypse saint Jean donnera au Christ le titre de « agneau immolé », « agneau vainqueur » pour l’éternité, « agneau devenu notre berger. »

La seconde figure est plus humaine, mais aussi plus tragique : celle du Serviteur souffrant dont parle le prophète Isaïe. Un mystérieux serviteur de Dieu est chargé de tous les péchés, puis humilié, défiguré, il est conduit à la mort comme « un agneau muet conduit à l’abattoir ». Mais Dieu lui fera voir la lumière, le fera grandir et ce Serviteur justifiera des multitudes car « c’est par ses blessures que nous sommes guéris.» Là aussi, les premiers écrivains chrétiens verront dans la passion et la résurrection de Jésus le chemin du Serviteur de Dieu annoncé par Isaïe.

Voilà ce que nous pouvons voir nous aussi, avec les yeux éclairés par la foi, en recevant le corps du Christ lorsque nous allons communier. Et voila quelle vie et quelle guérison nous recevons en communiant au Christ vivant à chaque eucharistie.

Mais une fois le Christ reçu, nous avons aussi à l’annoncer comme l’a fait Jean Baptiste : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Le Père Teilhard de Chardin, en parlant de sa mission et de son rôle se réfère explicitement à Jean Baptiste. Dans une lettre écrite en Chine il dit : « plus les années passent, plus je commence à croire que ma fonction aura simplement été d’être, à l’image bien réduite du Baptiste, celui qui annonçait et appelait ce qui devait venir ». Parmi les savants de son époque Teilhard aura su inventer une manière de parler du Christ qui soit juste et crédible pour des hommes passionnés par les découvertes scientifiques de leur temps. Mais tout le monde n’est pas Teilhard, tout le monde n’est pas Jean Baptiste. Et nous savons qu’il existe beaucoup de manières de témoigner, d’indiquer discrètement le chemin vers le Christ, y compris lorsqu’on est très limité par la maladie ou l’âge. Il suffit que la simplicité et la force du regard de la foi soient à l’œuvre.

Il en va de même pour le témoignage collectif de nos églises encore divisées. Puisque la semaine de prière pour l’unité des chrétiens commence mardi prochain, nous pouvons prier, nous devons prier, pour que les églises sachent écouter ensemble l’annonce de Jean-Baptiste et pour qu’elles inventent des manières toujours nouvelles de dire à l’humanité : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. »