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Deuxième
dimanche de l'Avent (A)
9
décembre 2007
Père
François Boëdec, jésuite
Isaïe 11, 1-10 - Romains 15, 4-9 -
Matthieu 3, 1-12
Frères et Sœurs,
Les textes de l’Avent - nous en avons encore la preuve aujourd’hui -
sont d’une très grande richesse, comme si la liturgie voulait déjà
nous faire percevoir, tout ce que l’arrivée du Messie, Dieu qui se
fait homme, Dieu avec nous, allait provoquer, déployer, bouleverser.
Des textes – comme l’indique l’apôtre dans sa lettre aux Romains
dont nous avons entendu un extrait tout à l’heure – « afin que nous
possédions l’espérance grâce à la persévérance et au courage que
donne l’Ecriture ».
Pourquoi nous faudrait-il courage et persévérance ? Nous le savons
bien. Parce qu’ils nous faut vivre. Parce qu’il nous faut garder
vive notre foi en celui qui nous appelle à Lui. Une fois encore
aujourd’hui, la Bible nous montre une humanité en route vers du
nouveau. La première lecture que nous avons entendue est entièrement
au futur. Elle nous annonce - en langage très poétique - que nous
marchons vers le temps de la réconciliation et de l’unité.
Réconciliation et unité auxquelles nous aspirons tant, pour le monde
bien sûr mais aussi d’abord pour notre propre vie. Et ce chemin,
nous fait passez par des paysages que nous n’aurions jamais
soupçonnés, nous fait allez de « commencement en commencement » vers
la nouveauté de « ce qui vient ».
Notre problème est que nous avons souvent du mal à nous faire à ce «
nouveau » qui arrive sans cesse. Comme Pierre à la Transfiguration,
nous pouvons avoir tendance à planter la tente à l’endroit où nous
sommes. Nous nous sentons en sécurité quand rien ne bouge. Nous
avons nos principes, nos certitudes, nos habitudes, mais aussi nos
forces et nos limites que nous avons appris à connaître. Et
par-dessous, peut-être, une peur de ce qui viendrait déranger cet
édifice, cet équilibre, soigneusement établi. Parfois même,
mécontents de nous, déçus par la vie et par nous-mêmes, nous n’osons
pas imaginer que nous pourrions changer, devenir autres, que des
routes pourraient s’ouvrir, qu’un départ serait possible. Bref, nous
avons souvent du mal à croire au nouveau, et souvent il nous fait
peur.
Et voilà Jean le Baptiste qui nous appelle à la conversion. Qui nous
appelle à tourner notre regard vers un autre que nous-mêmes, qui
nous appelle à regarder ailleurs que ce qui vieillit en nous. Cette
conversion, par laquelle nous lâchons un passé pour nous tourner
vers du nouveau. Les pharisiens de l’évangile - nous l’avons entendu
- restent fixés à leur passé ; ils s’appuient sur leur généalogie :
« Nous avons Abraham pour père ». Oui, mais Abraham est tourné vers
Isaac, le fils de la promesse. D’une certaine manière, on peut dire
que Jean le Baptiste a pour mission de ramener les pères vers les
enfants, c’est-à-dire vers ce qui naît, vers ce qui vient. L’enfant,
c’est l’avenir. Le Fils par excellence, le Christ, c’est l’avenir
absolu.
En proclamant un baptême de conversion, Jean Le Baptiste, le passeur
de témoin, structure le temps. Il le dit clairement : « Voici venir
derrière moi un plus fort que moi… » . En quelque sorte, le baptême
de conversion ouvre un premier temps, une attente en vue de quelque
chose d’autre. Mais si Jean Le Baptiste met le peuple en attente,
c’est pour quelque chose où il ne peut rien : il ne peut pas
interférer dans ce qui est en route - il ne peut même pas retirer
les sandales de celui qui vient -, il ne peut interférer dans ce
qui, de toute façon ne s’arrêtera pas. Jean le Baptiste se situe là,
à la limite entre l’Ancien et le Nouveau testament. L’Ancien
Testament est fini. Quelqu’un d’autre est là pour accomplir du neuf.
Frères et sœurs, si nous sommes ici ce matin, c’est que d’une
manière ou d’une autre, explicite ou confuse, lointaine ou récente,
déstabilisante ou rassurante… nous avons entendu dans notre
existence que nous étions aussi destinataires d’une promesse,
invités à faire du neuf. Et qu’il y avait pour nous un enjeu absolu
dans cette invitation – dans ce cri de Jean-Baptiste – de nous
tourner vers Celui qui seul peut nous apporter la vie.
Ce qui nous attend, Jean le Baptiste est là pour nous le rappeler
une fois encore. Il nous demande d’être prêts à déchiffrer ce qui,
en traits d’ombre et de feu, est sur le point de s’inscrire dans nos
histoires : un déferlement de vie qui rend possible les fruits. De
bons fruits, du grain de qualité qui est digne d’être amassé dans
les greniers éternels. Quel que soit notre âge et notre histoire, il
y a promesse de fécondité. Mais cette fécondité ne nous appartient
pas, nous n’en sommes pas les maîtres. Elle toujours différente de
ce que nous avions prévu et programmé. Elle est don reçu, marque
étonnante parfois surprenante, de l’attention de Dieu, de son
passage, auquel au plus intime de nous-mêmes, nous aurons consenti.
Que cette eucharistie que nous célébrons jusqu’à ce qu’Il vienne,
nous réveille pour attendre pour nous-mêmes et pour le monde la
venue du Seigneur, tout entier notre Dieu. Et accueillir déjà tous
les fruits que son Esprit, toujours nouveau, toujours à l’œuvre,
accomplit pour sa gloire et le salut du monde.
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