Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

2° dimanche C

 

Isaïe 62, 1-5 

Psaume 95

1 Corinthiens 12, 4-11 

Jean 2, 1-11

 

 

 2ème dimanche C

     Père Jean-Yves Calvez, jésuite

 

 Premier miracle de Jésus, à Cana

Chers Frères et Soeurs. Nous sommes, si je puis dire, en début d’Evangile, ces jours-ci, tant dans les lectures quotidiennes que dans les lectures dominicales. Dans les lectures quotidiennes, c’est le premier chapitre de saint Marc que nous lisions récemment, disant les caractéristiques fondamentales de toute la mission de Jésus, mission d’annonce de l’arrivée du Royaume, mission de lutte contre les esprits mauvais (oui, il est venu les “perdre”, comme ils le disent), mission de guérison (“Oui, je le veux, sois guéri”). Aujourd’hui, dans saint Jean, nous sommes devant le premier miracle de Jésus, Cana... Alors, il est important d’en voir de près quelques caractères, nous éclairant sur tous les miracles.

Jésus, d’abord, dirai-je, n’est pas porté aux miracles, il faudra toujours le forcer. Ici, c’est sa mère qui intervient et Jésus ne lui a même pas répondu: oui. C’est elle qui dit aux servants: Faites ce qu’il vous dira. Alors seulement, il se laisse faire. Sa mère lui a forcé la main, en somme.

A l’inverse ou presque, il y a dans les miracles de Jésus, une fois que tout de même il les accomplit, une frappante surabondance. A la multiplication des pains, une fois tout le monde rassasié, il y aura abondance de restes, toutes ces corbeilles qu’on recueillera. A Cana, la surabondance c’est que ce vin de Cana est décidément meilleur que celui qui a été offert par le maître du festin au début de la noce: “Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant”. Jésus ne s’en attribue pas le mérite d’ailleurs, c’est le maître du festin qui félicite le marié pour cette heureuse idée.

En troisième lieu: la conséquence du miracle, c’est la foi. Ici: “ Ses disciples crurent en lui”. Il semble bien que cette foi est bien au-delà du contenu du miracle. On ne fait pas seulement confiance à Jésus pour faire à nouveau ce qu’il vient de faire. Mais on croit en lui tout court, c’est bien plus que d’attendre de nouveaux miracles. Le miracle n’était qu’un... signe. Alors, nous autres sommes peut-être un peu encombrés par les miracles de Jésus: tout ce monde où se déploie du merveilleux, du miraculeux, nous avons du mal à nous y sentir à l’aise. Il faut d’autant plus admettre que c’était des signes, et pas la substance de son annonce. Jésus n’est pas, il ne demeure pas pour nous, un faiseur de choses prodigieuses; et même, dans l’histoire de sa vie selon les Evangiles quelque chose est daté, qui ne paraît guère reproductible, en tout cas pas à la même échelle, dans l’histoire de ses disciples après lui, encore qu’il y ait quelques événements miraculeux que nous n’éliminons pas (même s’il ne nous est pas demandé d’y croire, pas plus aux miracles de Fatima, qu’à ceux de Lourdes, qu’à ceux du Padre Pio). Mais enfin, tout cela frappe, comme frappe, bien plus encore, la sainteté, qui n’a pas disparu du monde: Maximilien Kolbe s’offrant à Auschwitz pour remplacer un père de famille qu’il ne connaissait en rien; Mère Teresa donnant sa vie entière sans réserve aux plus misérables, à ceux qui meurent dans le dénuement radical. Des miracles cela aussi, peut-on dire, tout à fait valables pour aujourd’hui, aussi forts que Cana ou la guérison du lépreux. Ces choses extraordinaires l’homme d’aujourd’hui les perçoit bien même si ce ne sont pas les mêmes qu’hier. En vérité le message évangélique ne nous vient pas aujourd’hui sans ces choses extraordinaires, ces signes: ils comptent pour nous. Légitimement: pourquoi voudrions-nous nous passer de signes, comme de purs esprits...?. Le pape Jean-Paul II aussi, après tout, allant mettre son petit billet de repentir chrétien dans la fente du mur des Lamentations, fait un geste crucial, pose un signe puissant, dans un moment où il y a pour certains nombre de raisons de ne pas trop apprécier Israël... Nous avons besoin de signes, et il y a en fait des signes même si ce ne sont pas les mêmes qu’hier.

Que conclure surtout? Qu’il faut apprécier la surabondance que représente toute la vie de Jésus parmi les hommes, l’effet de séduction qu’elle comporte, sa bonté, sa cordialité, sa capacité d’accueil et d’attention. Et puis, qu’il nous faut être attentifs à tous les signes qui sont dans le monde d’aujourd’hui aussi: la bonté peut-être, à nouveau, de tant de personnes, tout le bien qui se fait (c’est ce que nous disait il y a quelques jours au Centre Sèvres le professeur Delumeau, y voyant une “aurore” de christianisme: quoi qu’il en soit du mal, c’est cela qui demeure). Amen.