Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

Deuxième dimanche C                                                                                                                dimanche 14 janvier 2007

Père Jean-Marc Furnon,  jésuite

Jean 2, 1-11
 

Abondance du don

Cinq cents litres de bon vin à la fin d’un repas, c’est un cadeau magnifique qui met dans la joie. Les connaisseurs de vin comprennent. C’est même insensé ! Ce couple de jeunes mariés, ces familles, Marie, les disciples sont dépassés par l’abondance du don. Aujourd’hui c’est le vin à Cana, demain ce sera la multiplication des pains, la vue retrouvée pour l’aveugle, Lazare re-suscité des morts, et au lendemain de la résurrection la pêche miraculeuse. Ces dons témoignent de la mission du Christ : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jean 10,10). Ce miracle nous ouvre les yeux sur l’aujourd’hui de nos vies : aujourd’hui, un don vient vers nous, abondant et discret qui nous met dans la joie.

Noces du Christ et de l’Eglise

Ce don magnifique de Cana en préfigure un autre et ces noces préfigurent d’autres noces : trois ans après Cana, le « troisième jour » aussi, ce sera le jour de la résurrection du Seigneur. Après ce premier signe, il y aura le dernier signe. Après le sang de Notre Seigneur répandu sur la terre des hommes, après qu’il eut donné librement aux disciples, lors de la dernière cène, la coupe de vin en leur disant « Prenez et buvez en tous… », le jour des noces, des noces de Jésus ressuscité avec son Eglise, s’ouvrira au pied de la croix et sera confirmé par la résurrection aux lueurs du troisième jour. Oui, il est venu le jour des noces du Christ et de son Eglise et il viendra le jour des noces du Seigneur et de l’humanité.

Lorsque saint Paul s’adresse aux hommes mariés de la communauté d’Ephèse en leur disant : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise : il s’est livré pour elle » (Ephésiens 5,25), saint Paul affirme que le Christ aime l’Eglise, qu’il l’accompagne de sa prévenance. Alors les hommes mariés, disciples de Jésus, qui cherchent à aimer leur femme comme le Christ a aimé l’Eglise annoncent par cet acte leur espérance dans les noces à venir du Seigneur et de toute l’humanité. Le témoignage de ces hommes fait autorité comme le témoignage de Jésus a fait autorité parce que ce témoignage passe par la parole et par les actes.

La compassion de Jésus et le don de l’Esprit

A Cana, ni le maître du repas ni le marié n’ont su d’où venait ce bon vin. Marie, elle le sait. Marie a vu avant les autres que le vin allait manquer. Lorsqu’elle dit « Ils n’ont pas de vin » son attention nous touche ; c’est l’attention d’une maîtresse de maison, d’une mère, d’une bonne amie de la famille. Marie a peut-être voulu sauver l’honneur de la famille qui recevait et permettre que la fête soit belle jusqu’au bout. Mais l’heure de Jésus n’était pas encore venue.

Jésus, lui, est touché par autre chose. L’évangile révèle que, dès le lendemain de l’épisode de Cana, Jésus monte à Jérusalem pour célébrer la grande fête de la Pâque. Dès son arrivée à Jérusalem il va chasser les vendeurs et les marchands du temple : « Otez cela d’ici, dit-il. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce » (Jean 2,16). Ce deuxième signe que Jésus accomplit donne à penser que l’attention de Marie « Ils n’ont pas de vin » peut évoquer une autre attention dans le cœur de Jésus, quelque chose comme « ils se marient, ils vont au temple et ils ont oublié le Père des cieux, Notre Père ». Pour lui, Jésus, le Peuple ne manque pas d’abord de vin, le Peuple manque de Dieu. Le disciple de Jésus c’est celui qui entre dans cette compassion. Comme Jésus, il espère une réconciliation entre Dieu et l’humanité.

Ce bon vin donné à Cana annonce le vin nouveau du Royaume qui coule et coulera au jour de la réconciliation et du pardon. Lors de la dernière Cène, Jésus dira à ses disciples : « Je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu’au jour où je boirai le vin nouveau dans le Royaume de Dieu » (Marc 14,25). A Cana, Marie a donné l’occasion à son fils Jésus d’entrer dans sa mission en témoignant du don sans mesure du Dieu de l’alliance et en commençant déjà à manifester cette parole que nous entendons à l’eucharistie : « Heureux les invités au repas du Seigneur ».

Au pied de la croix, lorsque l’heure de Jésus sera venue (Jean 13,1), Marie deviendra la mère du disciple que Jésus aimait parce qu’elle sera entrée, par grâce, dans cette compassion qui habite le cœur du Christ. Sur la croix, l’évangile de Jean nous rapporte la dernière parole de Jésus et son dernier acte : « Jésus dit : « Tout est achevé », il baissa la tête et remit son esprit » (Jean 19,30). Jésus remet son esprit au Père, il le rend, il le redonne à celui qui l’a fait reposer sur lui depuis le baptême de Jean. Et le Père nous le donne en abondance. Comme à Cana. Le don abondant du vin de Cana préfigure le don immense de l’Esprit de Jésus fait à ses disciples au pied de la croix et pour les siècles des siècles. L’Esprit saint, l’Esprit dont vit Jésus, nous est donné largement : « Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous » (1 Co 12,7) comme dit Paul aux Corinthiens dans la deuxième lecture. Rendons grâces à Dieu ! Laissons-nous imprégner de cet Esprit Saint pour le laisser vivre en nous et à travers nous.