Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


Homélie             

                                                                                             

Deuxième dimanche (A)                                                                                                   20 janvier 2008

Père François Boëdec,  jésuite                                                                

   Jean 1, 29-34

Frères et sœurs,

Avec ce dimanche, nous entrons dans le temps ordinaire. C'est une période qui n'est pas moins importante que celle des fêtes. C'est là en effet, sans chercher ailleurs, que nous sommes invités à découvrir le Christ en nous laissant guider par sa Parole. L'Evangile de ce jour nous invite, une fois de plus, à entendre le message de Jean Baptiste qui nous avait déjà été adressé durant l’Avent. Mais cette fois, il ne se présente plus comme le précurseur, celui qui annonce la venue du Messie ; il en est le témoin. Ce Messie qu'il avait annoncé est là, devant lui. C'est Jésus de Nazareth ; rien ne le distingue des autres. Et cependant Jean va reconnaître en lui « l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

Pourtant, cette reconnaissance ne va pas de soi pour Jean Baptiste. « Je ne le connaissais pas » affirme-t-il à deux reprises dans ce passage de l’Evangile de Jean que nous venons d’entendre. « Je ne le connaissais pas » ! Etonnante sincérité de Jean Baptiste dont l’évangéliste Luc nous dit qu’il est le cousin de Jésus, découvrant émerveillé, un peu ébahi, la véritable identité de ce Jésus qui vient à lui pour se faire baptiser. Jean connaissait Jésus comme de sa parenté, il ne le connaissait pas comme Fils de Dieu. Jean Baptiste a vu, et c’est pourquoi il peut rendre témoignage. Il a « vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer » sur Jésus. Il a compris ainsi ce qui habitait Jésus, il a découvert ce lien particulier qui l’unit à son Père. Il a vu, et c’est pourquoi il peut « rendre ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu ! »

Dans sa fidélité à la foi d’Israël, Jean-Baptiste comprendra aussi que cet envoyé de Dieu, ce Fils sur lequel repose l’Esprit Saint, c’est bien l’agneau de Dieu, c’est bien le serviteur désarmé qui donnera sa vie pour libérer son peuple de l’esclavage du péché, comme autrefois l’agneau pascal fut partagé au cours du repas qui précédait la sortie d’Egypte, qui précédait cette étonnante aventure de libération du peuple d’Israël conduit par la main de Dieu vers la terre promise. « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » ! La liturgie a gardé cette phrase de Jean Baptiste et la propose juste avant la communion, nous invitant à reconnaître ainsi la présence de celui qui s’offre à nous pour nous sauver.

Pourtant, Jean-Baptiste n’a pas tort d’affirmer qu’il ne connaissait pas Jésus. Entre l’ignorance des commencements et ces titres de gloire – « Fils de Dieu », « Agneau de Dieu » - attribués à Jésus, il a assurément tout un parcours de foi, condensé ici en quelques lignes fulgurantes ! J’en veux pour preuves les passages de l’Evangile de Mathieu ou de Luc, où Jean Baptiste envoie lui-même des messagers pour enquêter sur la véritable identité de Jésus, et où Jésus - en réponse - invite à discerner les signes du Royaume déjà là : « les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. ».

Il faut bien reconnaître, frères et sœurs, que pour les premiers disciples, comme pour nous croyants d’aujourd’hui, il faut souvent tout un long parcours dans la foi et les doutes, pour parvenir à confesser en vérité, Jésus Fils de Dieu, agneau de Dieu offert pour notre salut.

En effet, confesser Jésus Fils de Dieu, ce n’est pas une définition qui nous laisse indemne, un simple article de foi qui nous laisserait indifférents. Confesser Jésus Fils de Dieu, c’est affirmer aussi que nous sommes fils dans le Fils, frères et sœurs du Christ pour entrer avec lui dans cette confiance filiale envers Dieu le Père. Entre le « je ne le connaissais pas » et le « Il est le Fils, l’agneau de Dieu », tout un parcours est nécessaire. Ce parcours est tout simple, c’est celui que Jésus indique aux amis de Jean Baptiste, celui que Le livre des Actes nous résume dans ce discours de Pierre à Corneille et aux premiers païens venus à la foi : Ce Jésus, nous l’avons vu à l’œuvre, depuis son baptême par Jean : partout où il passait il faisait le bien, il guérissait les malades, libérait ceux qui était captifs du péché car Dieu était avec lui. Ce même Jésus est mort sur la croix et Dieu l’a ressuscité. Nous en sommes témoins. Il est tellement intime de Dieu le Père, que nous le confessons Fils unique. Il n’a pas usé de la violence. Il n’a pas compté sur ses propres forces mais il s’est reçu de Dieu son Père, plus encore, il s’est livré pour nous en offrant sa vie. Oui, vraiment il est le Fils, l’agneau de Dieu !

« J’ai vu », dit Jean Baptiste. Notre parole sur Jésus ne peut qu’être le fruit d’une expérience. Sinon, la parole sonne faux. Cela ne demande pas un effort particulier mais une disponibilité, une ouverture. Une attente aussi. On ne parle pas de Jésus seulement par ouï-dire, on ne raconte pas des « vérités » apprises. Comme Jean-Baptiste, nous racontons ce qui nous est arrivé avec Jésus. Il s’agit sans cesse pour nous de redécouvrir « qu’avant d’être des vérités à croire, les mystères chrétiens sont d’abord des expériences à vivre » (M. Rondet).

Que savons-nous du Christ ? Que vivons-nous avec le Christ ? Quels chemins désirons-nous parcourir avec lui ?

 Qu’à chacun, il nous soit donné cette familiarité avec le Christ. Qu’il nous soit accordé, quel que soit notre âge et notre itinéraire personnel, de nous souvenir de tout ce qu’il a déjà fait pour nous, comment il nous a déjà ramené à la vie, et combien sa présence nous rends libre pour traverser l’existence. Qu’il nous soit accordé de lui donner ou redonner notre confiance pour parcourir avec lui notre aventure humaine. Et ainsi rendre vivantes, d’une vie qui ne craint plus la mort, toutes nos terres intérieures.

Cette vie, frères et sœurs, dont le jaillissement en nous, mettra sur les lèvres de nos cœurs ce cri d’étonnement, et de reconnaissance émerveillée du Serviteur de Dieu : « Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. »

 


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