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Deuxième
dimanche B
18 janvier 2009
Père Jacques Trublet, jésuite
1 Samuel 3,3b-10.19 ;
Psaume 39 ; 1 Corinthiens 6, 13...20 ; Jean 1, 35-42
Les textes de la liturgie du temps de
l'Avent et de Noël déployaient sous notre regard les différentes
manières dont Dieu se communique à notre humanité. Il était normal
qu'aux premiers dimanches du temps ordinaire, la liturgie nous montre
le chemin inverse: Comment l'homme va à la rencontre de Dieu.
En ce deuxième dimanche, le texte de
Samuel et le passage de l'Évangile de Jean nous proposent plusieurs
manières de rencontrer Dieu ou le Christ.
C'est à nous que s'adresse la Parole.
La phrase d'Héli à Samuel vous est bien
connue : « Parle, YHWH, ton serviteur écoute ». Nous avons là un
véritable concentré de tout l'Ancien Testament. On y pose d'emblée la
relation qui unit l'homme à Dieu, relation asymétrique où l'homme est
considéré comme le Serviteur de Dieu, au sens fort du terme; le
serviteur est celui qui se soumet à la volonté de Dieu et œuvre à son
service et où la relation est médiatisée par la Parole. Nous, les
Judéo-Chrétiens, nous croyons en un Dieu qui parle, dans l'Ancien
Testament, l'expression « Dieu parle» revient plusieurs milliers de
fois; il n'est pas rare que l'homme écoute la Parole, mais le plus
souvent on dit qu'« il n'écoute pas la Parole ». C'est donc tout un
programme de vie qui nous est proposé dans ce texte. Écouter la
Parole, c'est se rendre disponible à l'imprévisible volonté de Dieu.
Ce n'est pas tant avec ses oreilles qu'on écoute qu'avec son cœur,
selon la très belle formule de Salomon qui demande à Dieu « Donne-moi
un cœur qui écoute » 1 R 3:9. Nous connaissons bien la phrase du
Petit Prince : « On ne voit bien qu'avec le cœur,
l'essentiel est invisible pour les yeux », on pourrait la transposer
en disant que dans la Bible: « On n'entend bien qu'avec le cœur - lieu
de l'intelligence purifiée - l'essentiel est inaudible pour les
oreilles ». Cela suppose que l'on accepte de se laisser remettre en
question par la Parole que Dieu nous adresse, accepter qu'elle nous
dérange ou nous interpelle au plus profond de nous-mêmes.
Or, nous avons une capacité de filtrage
insoupçonnée. Sans nous en rendre compte, nous faisons le tri dans la
Parole de Dieu, c'est-à-dire que nous retenons surtout ce qui va dans
le sens de notre synthèse préfabriquée et nous écartons les Paroles du
Christ qui ne nous conviennent pas. On ne les met pas en question, on
ne les nie pas, mais on les relègue au grenier. C'est l'attitude des
pharisiens en face de Jésus qui tentent d'invalider sa Parole parce
qu'elle met à mal leur façon de penser ou leurs traditions en lui
objectant une autre Parole de l'Écriture. Au lieu d'accueillir la
parole qui les jugent, ils se font jugent de cette Parole. Écouter la
parole, c'est nous taire en face de Dieu. Combien de fois ne nous
est-il point arrivé en écoutant telle page de la Bible ou tel sermon
de penser en nous-mêmes que cela conviendrait fort bien à telle
personne de notre entourage, en oubliant que cette Parole entendue,
c'est d'abord à nous qu'elle s'adresse.
Si nous accueillons la Parole, alors
notre action devient vraiment efficace comme ce fut le cas pour Samuel
dont le texte conclut: « Et Dieu fut avec Samuel et aucune de ses
paroles ne fut sans effet ».
Toute découverte du Christ est singulière et prise dans un mouvement.
Avec St Jean, la découverte de Jésus s'exprime à travers des
mouvements du corps et des attitudes, mais qui marque la progression
de part en part. Toute la finale du chapitre 1 de St Jean après le
Prologue, nous présente différents tableaux de personnes qui
approchent le Christ dans la singularité de leur histoire. Nous
n'avons ici qu'un morceau de cette fresque, mais ce qui frappe
d'emblée, c'est que la découverte du Christ s'effectue à travers un
réseau de relations. L'un découvre un aspect qu'il transmet à un
autre. Ici, c'est Jean-Baptiste qui découvre à deux de ses disciples -
dont l'un se nomme André - que Jésus « est l'agneau de Dieu », agneau
pascal qui sera immolé, ou agneau vainqueur de l'Apocalypse (Ap 7:14),
peu importe. Sur cette parole, ses disciples le quittent pour suivre
Jésus. Jean garde le silence et n'en ressent nulle amertume. Jésus ne
s'aperçoit pas qu'il est suivi, puis tout à coup se retourne et leur
dit: « Que cherchez-vous ? » et non pas « Qui cherchez-vous ? » En
disant qui, Jésus aurait tout centré sur sa personne sans tenir compte
de leur véritable quête. Jésus s'intéresse à eux, à ce qu'ils
cherchent: quels sont vos désirs, qu'est-ce que vous cherchez vraiment
dans votre vie? Au fond quand on cherche le Christ, on ne sait pas
très bien ce qu'on cherche et Jésus nous aide à clarifier nos
motivations et le sens même de notre existence. Ils répondent à cette
question par une autre question: « Maître, où demeures-tu ? » et non
pas, « Nous aimerions faire ceci ou cela avec toi ? » Jésus a bien
compris leur question et leur répond; « Venez et vous verrez ». Jésus
les invite donc à demeurer avec lui pour le connaître, comme lui-même
demeure dans le Père et connaît le Père. Pas de découverte ou de
connaissance du Christ sans une certaine intimité, sans une certaine
durée. Ils se sont donc mis à l'écoute du Christ ce jour-là et ils
vont faire une découverte extraordinaire qui déborde largement ce que
Jean leur avait annoncé. Mais la connaissance du Christ n'est pas une
fin en soi, elle met en mouvement vers d'autres et vers nous-mêmes.
Ils tombent par hasard sur Simon, le frère d'André et lui font part de
leur découverte: « Nous avons trouvé le Messie ». Simon se joint à eux
et ils retournent près du Christ. Mais là on ne nous dit pas ce que
Pierre a découvert du Christ, mais comment le Christ l'a complètement
transformé en lui donnant un nouveau nom: « Désormais, tu t'appelleras
Képhas, c'est-à-dire Rocher ». Recevoir un nouveau nom de la part de
Dieu ou du Christ, c'est changer d'identité et si vous relisez votre
Bible, vous verrez que ce titre de « Rocher » est d'abord l'une des
appellations de Dieu, puis du Christ, puis de Pierre. Avec ce nom,
quelque chose de Dieu et du Christ passe dans le disciple qui est
appelé lui-aussi à servir de fondement aux autres disciples.
Avec le livre de Samuel, nous étions
invités à écouter la Parole pour découvrir la volonté de Dieu sur
nous, avec l'évangile de Jean, c'est à l'invitation d'autres personnes
qui l'ont déjà découvert que nous sommes appelés à nous mettre en
marche avec le Christ (à l'accompagner) et à demeurer auprès de lui
pour découvrir à notre tour quelque chose de sa personne que nul autre
ne peut découvrir à notre place, puis à l'annoncer à d'autres pour
qu'eux-mêmes s'approchent du Christ et découvrent à leur tour ce que
nous n'avions pas découvert. En entrant dans ce mouvement de relais,
non seulement nos yeux entrevoient ce qu'est le Christ, mais en même
temps, le Christ lui-même transforme notre regard et notre être tout
entier. Amen.
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