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Deuxième
dimanche de l'Avent B
7 décembre 2008
Père François Boëdec, jésuite
Marc 1, 1-8
Frères et Sœurs,
Nous savons que tous les évangélistes nous parlent de l’origine de
Jésus. Ils le font chacun à leur manière, avec leur vocabulaire
propre : Matthieu parle de la « généalogie » de Jésus, Marc et Jean de
« commencement », Luc de « début » et d’« origine ». Tous veulent
nous dire que Jésus vient de Dieu, mais chacun le fait à sa façon.
Marc ne parle pas de l’annonciation et de l’enfance, comme Matthieu et
Luc ; ni du Verbe comme Jean. Il préfère commencer par l’annonce de
Jean le Baptiste et le baptême de Jésus.
Alors pourquoi ce choix ? Qui dit commencement, dit nouveauté. Et il
nous est facile d’entendre que Jésus est venu inaugurer une nouvelle
histoire sainte, une nouvelle création. Cela est juste et vrai. Nous
sommes bien dans cette nouveauté avec ce que nous venons d’entendre :
le « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, le Fils de
Dieu ». Mais il n’est sans doute pas inutile de prendre la mesure de
la densité de l’héritage scripturaire qui nourrit ces commencements de
l’évangile de St Marc. D’abord, avec la mention (à deux reprises) de
l’eau et de l’Esprit qui nous fait penser, bien sûr, au récit de la
création (Genèse 1, 2). Mais la rédaction, concise, de St Marc, avec
Jésus qui passe dans l’eau et va tout de suite au désert de la
tentation, nous renvoie aussi à la naissance d’Israël traversant l’eau
pour entrer dans les 40 ans du désert de l’exode, où il sera soumis à
l’épreuve.
Mais plus encore, c’est le second verset du texte que nous venons
d’entendre, qui permet de comprendre l’enracinement de cette
nouveauté. Que dit immédiatement, presque brutalement, ce deuxième
verset : « il était écrit dans le livre du prophète Isaïe ». La
nouveauté de Jésus se fonde donc sur une continuité avec le passé, que
Marc justifie en nous renvoyant à une citation attribuée à Isaïe :
« Voici que j’envoie mon messager devant toi, pour préparer ta route.
A travers le désert, une voie crie : Préparez le chemin du Seigneur,
aplanissez sa route ».
Il y a en fait dans ce verset trois citations de l’Ancien Testament,
qui, selon une habitude de l’exégèse juive, sont assemblées dans le
but de montrer l’unité du projet de Dieu. La première citation vient
du Livre de l’Exode (23), où Dieu dit qu’il envoie son messager, son
ange, préparer et protéger les chemins de son peuple. C’est une parole
adressée à Moïse, qui traverse le désert du Sinaï avec son peuple, en
direction de la terre promise.
Cette parole a été portée et méditée, pendant des siècles. Elle a été
lue et relue. Et ce long itinéraire dans le cœur des croyants les a
conduits à lui découvrir un autre sens, que l’on trouve dans la bouche
des prophètes Malachie et Isaïe : « Voici, j’envoie les messagers
préparer les chemins devant moi ». Ce qui signifie qu’en traversant
les siècles, à travers la douloureuse expérience de l’exil à Babylone,
les prophètes ont compris que ces versets annonçaient la venue, au
devant de son peuple, de Dieu lui-même.
Ainsi, le chemin emprunté par le peuple à travers le désert du livre
de l’Exode devient, dans le livre d’Isaïe, le chemin que suit Dieu
pour rejoindre le temple et son peuple. Et Jean Baptiste va ainsi se
trouver à la jonction de ses deux trajectoires, de ses deux désirs. La
route que Jean Baptiste doit préparer est donc à la fois la route des
hommes et la route de Dieu.
Au moment, frères et sœurs, où nous nous préparons à recevoir le
Seigneur de l’Univers chez nous, en nos maisons, saint Marc nous redit
ainsi que cet événement exige de nous un départ, un exode, qui nous
fait quitter nos habitudes pour nous mettre en route comme Dieu s’est
mis en route vers son peuple, vers chacun et chacune d’entre nous,
désirant ardemment cette rencontre.
Nous sentons bien frères et sœurs que nous sommes ainsi placés sur une
ligne de crête où il nous faut nous risquer et demeurer : avec tout ce
que nous sommes, notre histoire, plus ou moins sainte, ce qu’il y a de
plus ou moins heureux, de plus ou moins glorieux dans notre vie,
membres solidaires de cette humanité qui marche, souvent blessée et
incrédule, cette humanité qui nous a précédés dans le désert, cette
humanité déjà travaillée et rejointe par Dieu. Nous nous trompons si
nous considérons que le passage de l’ancien au nouveau, de l’eau à
l’Esprit, appartient au passé. Sans doute, sommes-nous d’une certaine
manière toujours en deçà de la venue du Christ, d’une nouvelle venue
du Christ dans nos vies. Parce qu’il reste en nous beaucoup de fossés,
de chemins creux où nous nous embourbons, de passages tortueux où nous
nous perdons. Il y a ces collines et ces montagnes – si petites
soient-elles - sur lesquelles nous rêvons d’être. Il y a enfin les
doutes de la nuit et ces matins sans courage.
Eh bien, frères et sœurs, c’est précisément là que Dieu veut nous
rejoindre. Loin d’être simple répétition, ce qu’apporte le Christ est
une nouveauté radicale qui prend en compte et traverse tout ce que
nous sommes. Parfois, lorsque nous nous arrêtons pour regarder notre
chemin, pouvons-nous peut-être reconnaître qu’un amour nous a déjà
précédés et rejoints. Que nous ne pouvons pas mettre la main dessus,
mais seulement être là, consentants à l’accueillir et le recevoir. Eh
bien, c’est cela le mouvement intérieur de l’Avent.
Frères et sœurs, il est temps de nous mettre en marche, d’aller à la
rencontre de Celui qui vient. Vivons ce temps de l’Avent comme celui
des commencements, des recommencements, de notre alliance avec le
Seigneur. Soyons sûrs, frères et sœurs : le Seigneur ne sera pas en
retard pour tenir sa promesse, une promesse ancienne et pourtant
fondamentalement neuve pour celui qui l’entend : celle de nous
entraîner définitivement vers la vie quels que soient les déserts, le
froid et la nuit qui parfois nous entourent. |