Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

Deuxième dimanche de l'Avent  C                                                                              dimanche 10 décembre 2006

Père Pierre Faure,  jésuite

Baruc 5, 1-9; Philippiens 1, 4...11; Luc 3, 1-6

 

Seigneur tout-puissant et miséricordieux, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils ; mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie.

Je viens de redire l’oraison d’ouverture que nous avons prié ensemble au début de la liturgie de la Parole de ce deuxième dimanche du temps de l’Avent. Depuis longtemps je me suis pris d’estime et d’affection pour cette courte prière. Elle m’a conquis par sa force et sa densité. Je la tiens même pour une des plus belles de tout le Missel. En quatre lignes elle nous fait entrer au cœur du mystère du temps de l’Avent. En une seule phrase elle nous ouvre à la vie du Christ. Je vous propose d’en goûter ensemble les richesses.

Il est d’abord notable que cette prière ne se limite pas à la venue de Jésus à Noël. « La rencontre de ton Fils » recouvre tous les temps. Elle nous parle aussi bien de sa nativité que de sa venue à la fin du temps. En effet nombre de textes liturgiques du temps de l’Avent nous parlent de ces deux venues du Christ. Par exemple, la Préface de la Prière eucharistique, que nous prierons tout à l’heure, est construite sur ce seul thème : « Car il est déjà venu en prenant la condition des hommes… il viendra de nouveau revêtu de sa gloire… » Et aussi la bénédiction finale propre au temps de l’Avent : « Vous croyez que le Fils de Dieu est venu dans ce monde, et vous attendez le jour où il viendra de nouveau… » Déjà au 4ème siècle, Cyrille, évêque de Jérusalem, disait à ses catéchumènes : « Nous annonçons l’avènement du Christ : non pas un avènement seulement, mais aussi un second, qui est beaucoup plus beau que le premier. »

Notre prière parle aussi de marche : « Notre marche à la rencontre du Christ ». Elle ne nous demande pas de nous mettre en marche, elle suppose que nous sommes déjà en route. Comme le Christ lui aussi est en route vers nous depuis toujours.

Ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils. Il ne s’agit pas d’écarter nos soucis actuels, ni de les diminuer, ou d’y renoncer. Il y a les soucis, et il y a aussi la marche à la rencontre du Christ. C’est une question d’élan dans la marche. D’équilibre du regard aussi. Le présent pourrait risquer de nous faire perdre de vue la rencontre encore à venir. Il y a de l’humanité et de la douceur dans cette demande : ne laisse pas… elle connaît le poids de nos soucis et leur valeur de responsabilité… elle sait que ce n’est pas toujours facile…

Eveille en nous cette intelligence du cœur… Seul Dieu, probablement, peut susciter en nous  l’intelligence du cœur. Car nos repères habituels, surtout en occident,  opposent l’intelligence, qui est plutôt dans la tête, et les sentiments, qui sont plutôt dans le cœur. Mais, pour nous préparer à accueillir Dieu qui vient à nous il faut non seulement l’intelligence et le cœur, mais l’intelligence du cœur. L’intelligence qui quitte son orgueil, et laisse monter la soif de Dieu. Le cœur qui écoute la promesse, discerne les chemins de Dieu, et cherche à comprendre, avec finesse. C’est Marie qui vit tout cela. La seule dans toute l’humanité qui était prête totalement, cœur et corps, foi et intelligence, à accueillir Dieu en elle-même. Car cette intelligence du cœur, que Dieu éveille, nous prépare à accueillir le Christ, et même nous fait entrer dans sa propre vie, dit notre prière. « Comment cela peut-il se faire ? » dirait Marie. Il y faut un grand désir de Dieu. « Voici le temps du long désir » dit une hymne de l’Avent. Saint Augustin disait : « Ton désir, c’est ta prière ; si ton désir est continuel, ta prière est continuelle. » Voila ce que pourrait être notre prière pour le temps de l’Avent :

Seigneur tout-puissant et miséricordieux, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils ; mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie.