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Deuxième
dimanche de l'Avent (A)
Père Jean-Marc Furnon, jésuite
Dans le désert
Un homme revêtu d’un vêtement de poils de chameau vivant dans le
désert. Cet homme s’est dépouillé de beaucoup de choses qui ne sont
pas essentielles : les sauterelles grillées et le miel sauvage c’est
peu, mais ça lui a suffi pour vivre. Pourquoi ce choix ? Parce qu’il
s’est laissé conduire par le désir de Dieu dans ce lieu d’une
rencontre privilégiée avec Dieu à l’écoute de sa Parole dans le
silence. Ce choix du désert est aussi pour Jean Baptiste la
manifestation d’une rupture d’avec un pays qui ne vit pas selon Dieu,
d’avec une ville qui oublie son Dieu. A sa manière, Jean Baptiste a
secoué la poussière de ses sandales et quitté la Judée. Cette rupture
entre lui et la ville est une séparation « au dehors » qui manifeste
un appel à la conversion « au-dedans », pour lui d’abord. Jean
Baptiste n’a pas parcouru des milliers de kilomètres, il est à
quelques heures de marche de Jérusalem.
L’Ecriture nous dit que les gens de la région « venaient à lui, et se
faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs
péchés ». Jésus lui-même ira au désert, entendra la prédication de
Jean Baptiste et demandera le baptême.
Il n’y a pas très loin à faire pour aller au désert rejoindre Jean
Baptiste.
Convertissez-vous
« Convertissez vous ! ». Voilà ce que dit Jean Baptiste à ceux qui
viennent vers lui poussés par le même esprit que lui. Faut-il se
convertir par peur de ne pas être sauvé ou d’être puni ? On pourrait
le penser à la lecture de ce passage où ne manquent pas les images
terrifiantes : la cognée – cette hache à long manche pour abattre les
arbres-, la pelle à vanner pour séparer la paille du grain de blé et
le feu qui ne s’éteint pas.
La véritable conversion naît d’un désir de vérité et d’une
reconnaissance de l’amour de Dieu pour moi. Devant la pêche
miraculeuse et les filets remplis, Saint Pierre dira à Jésus : «
Eloigne toi de moi Seigneur car je suis un pécheur ». C’est le signe
que la confession des péchés ne renforce pas la culpabilité ni le
remords qui fixent sur le passé, mais témoigne du repentir qui ouvre
vers l’avenir, qui met en présence de quelqu’un à la lumière
purifiante et apaisante de la miséricorde de Dieu.
Pour entendre vraiment l’appel de Jean, il faut que l’on puisse
reconnaître ses péchés. Il arrive que le Seigneur nous révèle notre
péché à l’improviste. Il arrive que l’on se soit mis à l’écoute de sa
Parole et la grâce nous est donnée ; comme dirait Saint Ignace, grâce
de honte et de confusion, de douleur et de larmes. Parfois le Seigneur
nous touche en interpellant notre conscience qui n’est pas encore tout
à fait endormie. Il arrive que le Seigneur ne paraisse pas venir nous
révéler notre péché, alors c’est le désir que le Seigneur vienne qui
peut s’exprimer en nous : « Seigneur éclaire moi sur mon péché,
Seigneur vient me révéler ton amour ». Ou encore si l’on ne perçoit
pas même ce désir en nous, on peut demander alors, comme le fit Saint
Augustin, le désir du désir.
Engeance de vipères
Le langage de Jean Baptiste peut choquer par sa violence et sa dureté.
Il dénonce les responsables du peuple. « Engeance de vipères ». La
vipère est un animal dont le venin sort par la bouche ; « langue de
vipère » disons nous. Comment ce qui est ainsi empoisonné et qui sort
de la bouche de l’homme échapperait-il au jugement imminent de Dieu ?
Jésus lui-même reprendra plusieurs fois cette expression au sujet des
pharisiens (Mt 12,34 ; 23,33).
Jean Baptiste dit cela à ceux qui viennent et dont il perçoit qu’ils
veulent seulement recevoir le baptême comme un rite extérieur. Jean,
lui, invite à une conversion effective du cœur et de l’agir : «
Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion ». L’homme et ses
actes forment une unité indissociable. Le comportement est par
excellence le lieu révélateur de l’être. La valeur d’un homme, d’une
femme se mesure à ses actes comme la santé d’un arbre peut être
évaluée à la qualité des fruits qu’il produit.
Les communautés chrétiennes sont interpellées sur le risque qu’elles
courent en croyant qu’il suffirait d’être baptisé ou de se réclamer du
Christ pour être sauvé, alors que l’exigence est de porter des fruits.
Le vrai disciple, c’est celui qui accomplit la volonté de Dieu. Nous
disons que nous aimons la vérité mais il n’est pas sûr que nous soyons
prêts à laisser le Seigneur faire en nous la vérité comme on laisse un
autre verser de l’eau sur nous au moment du baptême.
Confirmer son baptême c’est rendre grâce pour le pardon de Dieu et son
invitation à vivre ; c’est, dans le même temps, manifester notre désir
d’être pardonné de nos péchés et de suivre Jésus en devenant davantage
l’un de ses disciples. Reconnaître ses péchés ce n’est pas un mauvais
moment à passer et puis on n’y pense plus. Non, la révélation de notre
péché nous fait percevoir l’éloignement dans lequel nous sommes d’avec
notre Seigneur et la joie qu’il peut y avoir à vivre davantage avec
lui. Le pardon transforme notre péché en une cicatrice qui témoigne du
mystère pascal.
Il n’y a pas très loin à faire pour aller au désert rejoindre Jean
Baptiste. Que puisse monter en ce temps d’Avent, dans nos cœurs et sur
nos lèvres purifiées cette prière :
Viens Seigneur, éclaire moi sur mon péché.
Viens Seigneur me révéler ton amour.
Viens Seigneur, viens.
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