Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

2° Avent A

 

Isaïe 11, 1-10 Psaume 71

Romains 15, 4-9 Matthieu 3, 1-12

 

 

Deuxième dimanche de l'Avent (A)

Père Jean-Marc Furnon,  jésuite

 

Dans le désert

Un homme revêtu d’un vêtement de poils de chameau vivant dans le désert. Cet homme s’est dépouillé de beaucoup de choses qui ne sont pas essentielles : les sauterelles grillées et le miel sauvage c’est peu, mais ça lui a suffi pour vivre. Pourquoi ce choix ? Parce qu’il s’est laissé conduire par le désir de Dieu dans ce lieu d’une rencontre privilégiée avec Dieu à l’écoute de sa Parole dans le silence. Ce choix du désert est aussi pour Jean Baptiste la manifestation d’une rupture d’avec un pays qui ne vit pas selon Dieu, d’avec une ville qui oublie son Dieu. A sa manière, Jean Baptiste a secoué la poussière de ses sandales et quitté la Judée. Cette rupture entre lui et la ville est une séparation « au dehors » qui manifeste un appel à la conversion « au-dedans », pour lui d’abord. Jean Baptiste n’a pas parcouru des milliers de kilomètres, il est à quelques heures de marche de Jérusalem.

L’Ecriture nous dit que les gens de la région « venaient à lui, et se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés ». Jésus lui-même ira au désert, entendra la prédication de Jean Baptiste et demandera le baptême.

Il n’y a pas très loin à faire pour aller au désert rejoindre Jean Baptiste.
 

Convertissez-vous

« Convertissez vous ! ». Voilà ce que dit Jean Baptiste à ceux qui viennent vers lui poussés par le même esprit que lui. Faut-il se convertir par peur de ne pas être sauvé ou d’être puni ? On pourrait le penser à la lecture de ce passage où ne manquent pas les images terrifiantes : la cognée – cette hache à long manche pour abattre les arbres-, la pelle à vanner pour séparer la paille du grain de blé et le feu qui ne s’éteint pas.

La véritable conversion naît d’un désir de vérité et d’une reconnaissance de l’amour de Dieu pour moi. Devant la pêche miraculeuse et les filets remplis, Saint Pierre dira à Jésus : « Eloigne toi de moi Seigneur car je suis un pécheur ». C’est le signe que la confession des péchés ne renforce pas la culpabilité ni le remords qui fixent sur le passé, mais témoigne du repentir qui ouvre vers l’avenir, qui met en présence de quelqu’un à la lumière purifiante et apaisante de la miséricorde de Dieu.

Pour entendre vraiment l’appel de Jean, il faut que l’on puisse reconnaître ses péchés. Il arrive que le Seigneur nous révèle notre péché à l’improviste. Il arrive que l’on se soit mis à l’écoute de sa Parole et la grâce nous est donnée ; comme dirait Saint Ignace, grâce de honte et de confusion, de douleur et de larmes. Parfois le Seigneur nous touche en interpellant notre conscience qui n’est pas encore tout à fait endormie. Il arrive que le Seigneur ne paraisse pas venir nous révéler notre péché, alors c’est le désir que le Seigneur vienne qui peut s’exprimer en nous : « Seigneur éclaire moi sur mon péché, Seigneur vient me révéler ton amour ». Ou encore si l’on ne perçoit pas même ce désir en nous, on peut demander alors, comme le fit Saint Augustin, le désir du désir.

Engeance de vipères

Le langage de Jean Baptiste peut choquer par sa violence et sa dureté. Il dénonce les responsables du peuple. « Engeance de vipères ». La vipère est un animal dont le venin sort par la bouche ; « langue de vipère » disons nous. Comment ce qui est ainsi empoisonné et qui sort de la bouche de l’homme échapperait-il au jugement imminent de Dieu ? Jésus lui-même reprendra plusieurs fois cette expression au sujet des pharisiens (Mt 12,34 ; 23,33).

Jean Baptiste dit cela à ceux qui viennent et dont il perçoit qu’ils veulent seulement recevoir le baptême comme un rite extérieur. Jean, lui, invite à une conversion effective du cœur et de l’agir : « Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion ». L’homme et ses actes forment une unité indissociable. Le comportement est par excellence le lieu révélateur de l’être. La valeur d’un homme, d’une femme se mesure à ses actes comme la santé d’un arbre peut être évaluée à la qualité des fruits qu’il produit.

Les communautés chrétiennes sont interpellées sur le risque qu’elles courent en croyant qu’il suffirait d’être baptisé ou de se réclamer du Christ pour être sauvé, alors que l’exigence est de porter des fruits. Le vrai disciple, c’est celui qui accomplit la volonté de Dieu. Nous disons que nous aimons la vérité mais il n’est pas sûr que nous soyons prêts à laisser le Seigneur faire en nous la vérité comme on laisse un autre verser de l’eau sur nous au moment du baptême.

Confirmer son baptême c’est rendre grâce pour le pardon de Dieu et son invitation à vivre ; c’est, dans le même temps, manifester notre désir d’être pardonné de nos péchés et de suivre Jésus en devenant davantage l’un de ses disciples. Reconnaître ses péchés ce n’est pas un mauvais moment à passer et puis on n’y pense plus. Non, la révélation de notre péché nous fait percevoir l’éloignement dans lequel nous sommes d’avec notre Seigneur et la joie qu’il peut y avoir à vivre davantage avec lui. Le pardon transforme notre péché en une cicatrice qui témoigne du mystère pascal.

Il n’y a pas très loin à faire pour aller au désert rejoindre Jean Baptiste. Que puisse monter en ce temps d’Avent, dans nos cœurs et sur nos lèvres purifiées cette prière :

Viens Seigneur, éclaire moi sur mon péché.
Viens Seigneur me révéler ton amour.
Viens Seigneur, viens.