Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

Genèse 22, 1-18

Psaume 115

Romains 8, 31b-34

Marc 9, 2-10
 


 

 

Deuxième dimanche de Carême B                                                 12 mars 2006                      

 Père Marc Rastoin,  jésuite

 

Deux montagnes, celle de Moriah et celle du Thabor, deux pères, deux fils, deux paroles venues d’en haut, deux paroles à écouter vraiment, deux révélations du dessein de Dieu, aujourd’hui, pour nous.

Qu’est-ce qu’être Père ? C’est vouloir la vie du Fils. Le plus gratuitement possible. Sans lier ce fils sur l’autel de ses désirs et de ses espérances, même les plus légitimes… Dieu veut-il vraiment la mort de ce fils tant attendu, tant promis, tant aimé ? « Ce fils, l’unique, celui que tu aimes, Isaac. » Dieu pourrait-il se déjuger ainsi ? Et nous qui croyions, depuis l’origine, qu’il voulait la vie… Abraham est face à ses soupçons sur Dieu. Tout cela était-il trop beau pour être vrai ? Non ! Dieu veut la vie du fils ; il veut la vie de tous les fils. S’agit-il d’un scénario ancien, exotique à nos oreilles ? Non, le soupçon que le père ne veuille pas vraiment la vie de son fils, il n’existe pas seulement vis-à-vis de Dieu mais aussi ici entre nous, entre parents et enfants. Le geste le plus important peut-être de ce récit, c’est Abraham déliant Isaac, le laissant libre et repartant sans lui. Etre père, être parents, c’est s’engager dans un chemin spirituel, constamment à reprendre, pour entrer dans un amour de plus en plus vrai et libre. Un amour de plus en plus semblable à l’amour de Dieu pour ses fils. Sur la montagne de Moriah, nous entendons ce que signifie ‘être un père’.

Qu’est-ce qu’être fils ? Sur le mont Thabor, nous n’avons plus un père qui monte avec son fils mais un Fils qui monte vers son Père. Librement. Un Fils qui n’a jamais eu le moindre soupçon sur l’amour de son Père, ce Père dont il sait qu’il « donne de bonnes choses à ses enfants » (cf. Lc 11,13). Et il va s’entretenir avec Moïse et Elie, les amis du Père. Et si être fils, c’était s’instruire des amis du père ? Jésus entend ce qu’est un Envoyé du Père, un Messie, en parlant avec Moïse et Elie : Moïse a enseigné ; Elie a guéri les malades. Jésus guérit et Jésus enseigne. A la fin de sa course, Elie, dans sa marche de 40 jours vers la montagne de l’Horeb, a découvert la douceur de Dieu : un Dieu qui passe comme une brise légère, comme « la voix d’un fin silence » (1 R 19,12). Et de Moïse, il est dit qu’il était l’homme le plus humble qui soit (cf. Nb 12,3). Jésus est « doux et humble de cœur » (Mt 11,29). Mais cet entretien a lieu à un moment très particulier de la vie de Jésus. Il a pris la route de Jérusalem. Jésus monte vers Jérusalem pour y rencontrer sa mort. Que peuvent lui dire Moïse et Elie de l’amour de son Père à l’heure de la mort ? Comment Moïse et Elie sont-ils morts ? Moïse est mort « sur la bouche de Dieu » (Dt 34,5b), lui que « le Seigneur connaissait face à face » (Dt 34,10b) et qui parlait avec lui « comme un ami parle à son ami »(Ex 33,11). Quant à Elie, il est mort emporté par le char du Seigneur (2 R 2,11). Tous deux sont partis avant de voir la pleine réalisation des promesses. Moïse n’est pas entré en terre promise et Elie n’a pas vu un peuple converti. Avant de partir tous deux ont fait une chose importante : ils ont transmis l’Esprit qu’ils avaient reçu. Moïse à Josué fils de Noun et Elie à Elisée, fils de Shafat. Jésus aussi transmettra l’Esprit. Moïse et Elie avaient été pris en Dieu : Jésus sera rendu à la vie par le Père.

Jésus sait davantage ce qu’est être un fils. Donner sa vie pour le bien d’une multitude. Moïse et Elie avaient donné leur vie pour leur peuple. Jésus donnera sa vie pour la multitude. Et si être Fils finalement, c’était paradoxalement faire comme le Père ? Donner sa vie gratuitement, sans rien en retenir, en étant joyeux que l’autre aie la vie et, dans ce don même, la recevoir au centuple. Tel est le secret de la joie du Père comme du Fils. Telle sera notre joie si nous écoutons et le Fils et le Père. Telle est la parole entendue au mont Moriah comme au Mont Thabor.