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Deuxième dimanche
de Carême A
Genèse 12, 1-4
Psaume 32
2 Timothée 1, 8-10
Matthieu 17, 1-9
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Deuxième
dimanche de Carême (A)
Père Marc Rastoin, jésuite
« Il fut transfiguré devant eux. » Jésus se laisse voir tel
qu’il sera. Dans la gloire et la lumière. Surtout tels que nous
aussi nous serons ! Et nous aurions aimé être là pour le voir !
‘Qu’est-ce qu’un corps glorieux ?’ Ce n’est pas une petite
question… et j’ai été tout surpris de la rencontrer dans un film
récent, français qui plus est ! C’était la question de Nathalie Baye
dans le film « les sentiments » : ‘A quoi peut bien ressembler un
corps glorieux ?’ Il ne s’agit pas ici d’une anecdote de type
miraculeux dans la vie de Jésus mais d’une fenêtre ouverte sur le
Christ en gloire. Et donc sur notre gloire… Si Jésus était le
seul à être transfiguré, en quoi cela nous concernerait-il
vraiment ? Mais Paul nous le dit : « Le Seigneur Jésus Christ,
transfigurera notre pauvre corps pour le conformer à son corps de
gloire » (Ph 3,21a).
* Comment être transfigurés ? En
laissant le Seigneur agir en nous. Et d’abord par la prière. Le début du texte
nous rappelle que Jésus aimait à partir seul à l’écart sur la montagne pour
prier. La seule différence aujourd’hui c’est qu’il prend avec lui Pierre,
Jacques et Jean. De même Abraham, Moïse et Elie ont été des hommes de Dieu,
des hommes de prière. Ne disons pas ‘si j’avais été un Apôtre, la foi
m’aurait été facile !’, demandons-nous plutôt si nous écoutons vraiment
Moïse et Elie ! Souvenons du riche de Lazare et de son dialogue terrible avec
Abraham : « Abraham lui dit: ‘Ils ont Moïse et les prophètes, qu'ils les
écoutent.’ L'autre reprit: ‘Non, Abraham, mon père, mais si quelqu'un vient à
eux de chez les morts, ils se convertiront.’ Abraham lui dit: ‘S'ils
n'écoutent pas Moïse, ni les prophètes, même si quelqu'un ressuscite des
morts, ils ne seront pas convaincus’ » (Lc 16,29-31). Si nous n’écoutons
pas la parole de Moïse et d’Elie, nous ne pouvons pas croire en la
résurrection.
* De quoi Jésus parle-t-il avec Moïse
et Elie ? Qu’a-t-il de commun avec eux ? Tout d’abord nul ne connaît leur
tombe. Elie est mort emporté par un char de feu tandis que Moïse est mort dans
un baiser divin et « personne n'a jamais connu son tombeau jusqu'à ce jour »
(Dt 34,6b). Comme pour nous annoncer par avance qu’aucun de nous n’est destiné
à avoir une tombe. Ou alors qu’elle sera vide… Et deuxièmement, tous deux
avait une relation d’une exceptionnelle intimité avec le Seigneur : Moïse
auquel « le Seigneur parlait face à face, comme un homme parle à son ami »
(Ex 33,11). Elie, qui entendit la voix du Seigneur à l’Horeb et qui était si
intimement uni à Dieu que l’on parlait du Seigneur comme du « Dieu d’Elie »
(2 R 2,14) et de l’Esprit Saint comme de « l’Esprit d’Elie » (15)… St
Jacques a cette parole magnifique : « Elie était un homme semblable à nous
et il pria avec ferveur » (Jc 5,17a). Et qui pourra décrire l’intercession
de Moïse pour son peuple ? Combien de fois s’est-il tenu, lui aussi, les bras
en croix, tandis que le peuple affrontait ses ennemis jusqu’au soir ? Tous
deux, comme Abraham, se sont retrouvés, un jour de leur vie, seul, seul pour
intercéder, seul pour rendre leur vie à Dieu. Jésus parle avec des hommes qui
savent ce que veut dire ‘offrir sa vie’.
* Comment faire de même ? Paul nous donne
encore la réponse : « Ne vous modelez pas sur le monde présent, mais
transfigurez votre manière de penser »
(Rm 12,2). Voilà une bonne définition du carême selon l’Evangile ! Laisser le
Seigneur nous éclairer, comme la lune qui, la nuit, rayonne de la lumière du
Soleil. Laisser le Seigneur nous débarrasser de ce qui nous alourdit, de ce
qui pollue notre cœur et notre esprit, de ce qui corrompt notre foi et notre
espérance, de ce qui limite notre générosité : « Soyez transfigurés par le
renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de
Dieu ». Nous avons Moïse. Nous
avons Elie, nous avons le témoignage des Apôtres. Que le Seigneur nous donne
de les écouter, de ne pas avoir peur et de vivre les yeux fixés sur la lumière
du Christ car : « Nous tous… réfléchissons, comme en un miroir, la gloire
du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, allant de gloire en
gloire » (2 Co 3,18). |