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2ème dimanche
de Carême C
Genèse 15, 5...8
Psaume 26
Philippiens 3,17-4,1
Luc 9, 28-36
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Deuxième
dimanche de Carême C
Père Jean-Paul Mensior, jésuite
Comment peut-on être rempli d’Esprit Saint et en même
temps tenté par le diable ? Cela nous surprend ! Mais si l’Evangile
peut le dire de Jésus lui-même, à plus forte raison peut-on le dire de
nous ! Vivre, c’est être tenté car c’est faire des choix, c’est
affronter des décisions, c’est être tenté par le jeu des apparences,
par la vision de ce qui apparaît bon mais ne l’est pas
vraiment. Quand nous disons dans le Notre Père, ‘ne nous soumets
pas à la tentation’, nous voulons dire ‘ne nous laisse pas
céder à la tentation’… La tentation est subtile ; elle prend
l’apparence du bien. Vouloir donner du pain aux affamés, c’est bien ;
vouloir devenir un président pour son peuple, c’est bien… mais la
tentation révèle sa nature à ses conséquences. Elle finit dans la
tristesse et non dans la joie. Elle part des autres mais elle enferme
sur le soi…
Quel soutien, quelle consolation, au début de notre carême, d’entendre
que Jésus lui-même a affronté les tentations ! Au moment où nous
sommes dans l’Evangile, Jésus n’a encore rien dit, ni fait ; il n’a
encore ni adversaires ni disciples ; et pourtant déjà il affronte la
tentation : Que signifie ‘être fils de Dieu’ ? Que signifie ‘être
messie’… En fait, l’Evangile a placé là, comme une clef de sol, toutes
les tentations que Jésus a vécu tout au long de sa mission. Refuser
toutes les facilités d’un Messie qui assoirait son pouvoir sur
l’adulation des foules : Donner le pain qui nourrit pour un moment
mais laisse insatisfait. Il nous est dit que lorsqu’il a multiplié les
pains, la foule voulut le prendre pour le faire roi et il dut s’enfuir
au désert (cf. Jean 6,15)… Comment ne pas penser, en entendant ces
tentations à Jean-Bertrand Aristide ; il était le ‘messie’ d’Haïti,
l’espoir des foules, on attendait de lui tant de choses et il a cédé à
la tentation du pouvoir, à l’adulation des flatteurs et des profiteurs
; il est devenu un tyran sourd et aveugle, enfermé dans son palais de
roi…
Jésus, confronté aux faux-semblants, choisit toujours de se retirer
dans le seul à seul avec son Père, pour retrouver le sens de sa
mission. Jésus est un homme libre. Rien ni personne ne peut le
détourner de ce qu’il a décidé dans le secret de sa prière… L’ultime
tentation, « si tu es le fils de Dieu », porte sur le plus
profond de l’identité de Jésus. Ce qu’elle dit est vrai mais le chemin
qu’elle suppose n’est pas celui du Christ. Il n’est pas venu pour être
servi mais pour servir… Elle se présentera à la fin. C’est celle que
Jésus affrontera au jardin de Gethsémani… C’est elle qui lui souffle
‘échappe à la Croix…’, ‘échappe à la mort…’ ‘Va te sauver en Jordanie…
Il y a encore tant de bien que tu peux faire.’
Que nous apprend Jésus sur notre vie ? La première est sans doute que
les grandes tentations se jouent sur nos peurs. C’est pourquoi notre
imaginaire est un terrain de lutte privilégié. Ces peurs jouent sur
nos désirs les plus légitimes, désir de reconnaissance, désir d’être
reconnu et aimé… Elles veulent nous conduire à oublier ceux qui sont
autour de nous et qui pourtant participent de notre bonheur. Elle
centrent tout sur l’ego et mènent à la tristesse.
Jésus nous apprend aussi que nous pouvons tenir dans la confiance et
les désarmer par la prière et les Ecritures. La tentation peut être
longue… 40 jours sans manger c’est long… Jésus ne répond que par
l’Ecriture… comme si sa propre voix était trop faible pour répondre ;
il lui reste la voix et la mémoire de la Bible. Dans l’épreuve, à quoi
Jésus fait-il référence ? A sa mémoire biblique, au souvenir des hauts
faits de Dieu dans l’histoire d’Israël. Nous aussi nous pouvons lutter
avec la mémoire, la mémoire de ces moments où Dieu nous a éclairé et
où nous avons choisi dans la liberté. La foi est mémoire. L’Ecriture
est mémoire. La première lecture nous transmet l’un des plus anciens
textes de la Bible qui est aussi l’un des premiers credo de notre
histoire : « Mon père était un araméen errant… Nous avons crié vers
le Seigneur et… il nous a fait sortir d’Egypte »… C’est une action
de grâce, un remerciement, une eucharistie. En Grèce aujourd’hui
‘merci’ se dit ‘evcharisto’, eucharistie…
Nous aussi nous venons à cette eucharistie avec nos credo,
petits ou grands… A ce qui nous tente, nous devons répondre avec le
cinquième Evangile, l’histoire de Dieu dans nos vies, les pierres
blanches qui ont jalonné notre chemin, les moments où le Seigneur
s’est fait présent. Jésus s’est appuyé sur ces moments de prière dans
la nuit du désert pour pouvoir affronter la nuit de Gethsémani… Nous
aussi avons à faire de même. Le carême qui s’ouvre devant nous, ce
n’est pas d’abord un moment de privations symboliques mais un moment
où nous désirons nous retrouver nous-mêmes, retrouver le goût de Dieu,
le goût de nos choix, le goût de vivre libres.
Si jamais nous croyions que nous sommes devenus des pierres et que
rien de bon ne peut plus sortir de nous, souvenons-nous que Dieu peut,
des pierres que nous sommes, faire surgir des enfants à Abraham (cf.
Marc 3,9). Abraham était un être de foi. Jésus aussi. Prions pour
devenir comme eux des êtres de foi.
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