|
|
2ème dimanche de
Pâques- Année
C
Jean 20, 19-31
Père Bruno de
Gabory, jésuite
|
dimanche 11 avril 2010 |
Jean-Paul II a
voulu faire de ce deuxième dimanche de Pâques le dimanche de la
divine miséricorde. Notre évangile combine en effet deux
apparitions, sans et avec Thomas, l’insufflation de l’Esprit, le
pardon ecclésial, la confession en la divinité de Jésus.
Tout d’abord Jésus
vient et il donne la paix : ce n’est pas un souhait, mais un don réel,
la relation réelle avec lui. Il se présente avec ses mains et son côté
percés par les clous et la lance. La résurrection n’a pas effacé la
Passion, mais la transfigure. Ce n’est pas un songe (en dormant) ni
une vision (dans un état second), mais une apparition qui apporte la
joie et se traduit par une mission. Les disciples deviennent eux-mêmes
les envoyés du Père, ses alter ego. Paul dirait qu’étant le
corps du Christ, il vont en incarner la présence. Et comme à la
Genèse, comme pour les ossements desséchés d’Ezéchiel, Jésus souffle
sur eux (Gn 2,7 LXX ; Sg 15,11 ; Ez 37,7-9). Sa dernière initiative
lors de la Passion avait déjà été de « livrer, de donner l’Esprit ».
Ici c’est précisément aux disciples qu’il le donne. Pour Jean, la
Pentecôte a lieu à la Croix et lors de cette première apparition. Il
s’agit de renaître de l’eau et de l’Esprit pour apprendre à discerner
d’où vient et où va le vent de l’Esprit, comme il l’avait fait
entrevoir à Nicodème.
Mais Jean va plus
loin, car il lie explicitement le don de l’Esprit à la capacité de
pardonner, de remettre ou de maintenir les péchés. D’habitude Jean
parle du péché au singulier et c’est le refus de croire qu’il vise. A
ce titre, sa résurrection est la victoire définitive sur le Péché, sur
le Mal, sur Satan. Il est le Vivant et il se présente comme tel. Le
baptisé s’entend dire : « Tu es mon fils bien-aimé », pour qui j’ai
donné ma vie. Cette liberté et cette responsabilité, le croyant les
vit en plein monde et sa réponse se diffracte en une série de
décisions qui sont autant d’actes de foi ou plutôt de foi en actes. Le
croyant croit l’Eglise, il croit dans, à l’intérieur de l’Eglise et
c’est de l’Eglise qu’il reçoit le pardon de Dieu. Vivre en
« pécheur-pardonné-envoyé », c’est en Eglise confesser l’initiative de
Dieu qui nous crée et nous sauve, tout autant que notre péché, tous
nos refus et nos omissions dans notre réponse et notre responsabilité.
Le pardon est résurrection : être pardonné, c’est ressusciter.
Or Thomas, l’un des
Douze, n’était pas là et il refuse de croire s’il ne fait pas lui-même
l’expérience de Jésus ressuscité. Est-il incrédule ou même incroyant ?
A-t-il à se faire pardonner, déjà ? Un bon auteur local, Yves Simoëns,
explique qu’étant un des Douze, il doit participer directement à
l’expérience originelle, bénéficier lui-même d’une apparition pour
pouvoir s’y référer dans son témoignage. Il est une des pierres de
fondation, directement accroché au rocher qu’est le Christ.
Je crois que Thomas
a — au moins en partie — raison de demander à faire lui-même
l’expérience de Jésus ressuscité. Il ne s’agit pas là d’une émotion,
d’un plaisir, de quelques larmes, fussent-elles de joie. Il s’agit de
paix, d’une motion (au sens des Exercices Spirituels) qui va le mettre
en mouvement, l’envoyer en mission. C’est ce que nous apprennent les
recommençants, même si la présence et l’action de l’Eglise, de la
communauté des croyants, est indispensable pour déchiffrer cette
expérience, nous aider à s’enraciner dans cette paix. Dans la
confession, il en est de même. Le prêtre, au nom du Christ, en tant
que Christ, dit le pardon, la foi que Dieu met dans l’homme pécheur.
Cela ne doit pas seulement produire une émotion, l’impression d’un
poids enlevé, d’une relation reprise et renforcée, mais une paix, une
consolation (toujours au sens des Exercices Spirituels) qui va
s’incarner par l’accueil d’une mission. A la première Semaine des
Exercices va succéder l’offrande du Règne, base du discernement de la
Seconde Semaine, visant à identifier le chemin sur lequel le Seigneur
me propose de vivre et d’agir avec lui. Tant de chrétiens n’ont la foi
que par ouï-dire, si peu peuvent confesser avec les Samaritains : « Ce
n’est plus sur tes dires que nous croyons ; nous l’avons nous-mêmes
entendu et nous savons que c’est vraiment lui le sauveur du monde. »
Jésus revient huit
jours plus tard dans la communauté rassemblée en Eglise. Les portes
sont encore verrouillées, ce qui prouve que les disciples n’ont pas
encore tout à fait accueilli le don de la paix qui leur a été fait.
Comment pourraient-ils le transmettre réellement à Thomas ? Et Jésus
lui montre ses mains, son côté. Thomas réagit avec la plus belle
confession de foi du Nouveau Testament, la seule où Jésus soit
explicitement qualifié de « Dieu » et pas simplement de « fils de
Dieu ».
C’est cette
communauté de disciples que Jésus envoie, à laquelle il se confie pour
qu’ils soient ses « envoyés », qu’ils parlent en son nom, qu’ils
guérissent en son nom. Cela ne peut se faire par la croyance en des
récits transmis par des catéchistes récitant leur leçon. Ce ne serait
que de la crédulité. Comme pour les disciples d’Emmaüs, il y a deux
lieux de reconnaissance de Jésus ressuscité : les Ecritures et
l’Eucharistie, les deux tables de chaque messe. Cela nous permettra de
le reconnaître « à l’œuvre » dans le monde et de pardonner tous ceux
qui n’arrivent pas à accueillir la faiblesse de notre témoignage, même
quand ce sont nos propres enfants.
© Compagnie de Jésus
|