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2° Pâques A
Jean 20, 19-31
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Deuxième
dimanche de Pâques A
Père Jean-Yves Calvez, jésuite
Nous avons
tous prié, frères et sœurs, hier et les jours précédents, pour le pape
Jean-Paul II dans ses derniers moments. Il est maintenant auprès de Dieu.
Auprès du Christ. Je continue de songer à ce que j’ai entendu, vous aussi sans
doute, ces derniers jours, durant les longues veilles sur la place saint
Pierre, beaucoup disant : je suis venu l’accompagner comme un membre très cher
de ma famille; ou : comme un homme à l’égal de tout autre en ce moment crucial
de la vie. Un homme, un frère. J’ai été frappé de la proximité dans laquelle
tant d’hommes et de femmes se sentaient par rapport à lui, il était pour
chacun quelqu’un de proche, un grand ami me disait aussi quelqu’un de l’autre
bout du monde dans un mail hier après-midi. En très bref, je veux retenir
encore plus avec quelle conviction et passion, cet homme, oui pour moi aussi
cet homme mon frère, m’a dit, nous a dit à tous le Christ Jésus, par tant de
ses paroles, au long de tant d’années. Avant même que nous célébrions dans
quelques jours ses obsèques, merci à Dieu notre Père de nous l’avons donné,
merci de l’avoir donné au monde, à l’humanité, à chacun en particulier. Et
qu’il trouve sa récompense, qu’il trouve la paix et la joie. Notre
Eucharistie, elle, est aujourd’hui encore celle de la Résurrection, fin
liturgique de la semaine de Pâques et de Résurrection. Combien c’est
significatif que Jean-Paul II nous ait quittés juste à la fin de cette
semaine. Nous l’aurons à l’esprit dans toute notre prière ce matin.
Mais je veux
en même temps, frères et sœurs, vous parler un peu de cet évangile de la
Résurrection que nous venons de lire. C’est tellement significatif que ce soit
encore Pâques et Résurrection au moment où Jean Paul II nous quitte ».
Dans le
dialogue de Jésus et de Thomas, frères et sœurs, dans le dernier évangile de
Résurrection que nous fait lire l’Eglise, je suis frappé, vous l’êtes sûrement
aussi, par les mots voir, croire, et par le jeu, si important
pour nous, du voir et du croire. Essayons de bien comprendre. Nous en restons
souvent à ces mots : « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu ». Et nous
pensons peut-être : il est un peu lamentable ce pauvre Thomas qui a eu, lui,
besoin de voir pour croire. Mais nous sommes aussitôt renvoyés à la première
apparition aux disciples réunis, le soir même de Pâques, car eux aussi ont eu
besoin de voir, n’ont pas cru sans voir. Ils ont vu Jésus dans son corps
marqué par la passion. Comme Thomas donc. Ils ont cru, assurément,
ensuite; ils « furent remplis de joie», nous dit l’évangile. Joie,
satisfaction, enthousiasme : c’est plus en effet que simple constatation,
c’est clair.
Ce qui semble
en fait caractériser tous les récits d’apparition : c’est qu’on voit mais
qu’il faut croire aussi, deuxième étape en somme – croire est plus que voir.
Jean arrive au tombeau, le matin : « il vit et il crut », dit l’Evangile ; non
pas : il vit, il constata, d’une évidence scientifique en somme, après
laquelle il n’y aurait pas à faire ce saut en avant qu’est croire. Marie
Madeleine, elle, « reconnaît » Jésus, après avoir vu quelqu’un mais
troublement d’abord, pas encore reconnu donc, parce… qu’un mort ne peut être
vivant bien sûr… Et c’est la même chose, je viens de le dire, pour les
disciples au soir de Pâques : ils « voient ses mains, son côté », après
seulement vient le débordement que j’ai dit : « ils sont remplis de joie » ;
ils croient. Thomas enfin : il voit, il touche, et que lui dit Jésus ? Non
pas : tu vois maintenant. Mais : « crois », « ne sois plus incrédule mais
croyant ». Et le voici croyant quand il tombe aux pieds de Jésus clamant « Mon
Seigneur et mon Dieu ». Il y a bien toujours deux étapes : voir, recevoir un
témoignage direct, et croire, qui va bien jusqu’à Dieu même, hors de notre
prise humaine ordinaire en tout cas.
Mais nous du
moins? pourrait-on dire. N’est-ce pas de nous qu’est écrit ce fameux :
« Heureux ceux qui croiront sans avoir vu » ? sans avoir vu du tout, cette
fois. Mais ce n’est pas la vérité : il nous vient en effet à nous aussi, à
lire ou entendre sinon voir, un témoignage, et fort sérieux – transmis par
des hommes qui n’ont pas l’air crédules du tout, qui doutent d’abord, qui
savent qu’il n’y a pas de proportion entre un signe sensible matériel et la
divinité même ou le dépassement de la mort. Ce qui nous vient, à nous, par la
tradition des écrits évangéliques, est-ce donc tellement moins que ce qui a
atteint les premiers disciples ? Mais, comme eux, aussi, guère moins équipés
qu’eux, nous sommes invités au grand dépassement, à la grande confiance,
qu’est croire.
Et c’est cela
que nous vivons tous les jours, en adorant, en priant, ayant l’histoire
évangélique, la passion et les semaines après la mort de Jésus, sous les yeux,
dans la mémoire, mais toujours nous projetant aussi au-delà du récit jusqu’à
Dieu. Nous accueillons les signes, mais sommes portés par une intelligence
intérieure, extraordinaire capacité de comprendre, qui nous est donnée, à
nous, êtres infiniment ouverts que nous sommes, les hommes ; au-delà du seul
positif, limité, de la connaissance sensible. Il est capital que l’Evangile
nous ait signifié, à répétition, si je puis dire, ce passage du « voir » au
« croire ». En conclusion, peut-être un conseil : ne nous emparons de rien,
pas même de toute la science exégétique, comme d’une assurance, soyons surtout
ouverts à une révélation qui ne nous vient jamais sans nous entraîner à un
dépassement. Et prions pour avoir cette ouverture. Remercions le Seigneur pour
la foi. Et, comme je ne peux pas le perdre de ma mémoire un seul instant, je
demande au Seigneur la grâce d’une foi aussi forte et robuste que celle du
pape Jean Paul II qui vient de nous quitter. Amen |