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Deuxième
dimanche
de Pâques (A)
30
mars 2008
Père
Jean-Paul Mensior, jésuite
Jean 20, 19-31
Voir et croire : ces deux mots sont souvent associés dans l’évangile
de Jean. Or, l’ensemble de l’Écriture se méfie d’une foi qui exige
de voir pour se confirmer. Car cela revient à tenter Dieu, à lui
forcer la main pour qu’il prouve par des signes qui il est.
La vraie foi biblique vient non pas par la vue, mais par l’audition.
Elle consiste à se fier à la parole d’un autre, au lieu d’exiger des
preuves. D’où la parole de Jésus : « Heureux ceux qui croient sans
avoir vu ! » Notre foi naît et se nourrit de l’accueil d’un récit
qui, avec la force toujours neuve de l’Esprit saint, nous rejoint,
de siècle en siècle. C’est une foi, comme l’écrit Pierre, en ce
Jésus « que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le
voir encore. »
Oui, le temps de la vue, quand Jésus arpentait la Palestine, est
passé. Mais il reviendra, nous dit Jean. Le passé, c’est celui « que
nos yeux ont vu, que nos mains ont touché…. » ; et l’avenir –
l’avenir de chacun d’entre nous, c’est encore un voir . « Nous lui
serons semblables, dit Jean, parce que nous le verrons tel qu’il
est. »
En attendant ce bienheureux moment, l’Église chemine sous le régime
du « croire sans voir ». C’est d’ailleurs pour cela que les miracles
que l’on signale ici où là, les apparitions, les guérisons dont
beaucoup d’hommes sont friands, n’ont pas d’importance décisive pour
la foi.
Quant à Thomas, il est notre jumeau, parce que, comme nous, il n’a
pas vu, et que, comme nous, bien souvent , il refuse de croire sans
voir . Ce qu’il craint, et contre quoi Jésus les a mis en garde,
c’est la crédulité. C’est pourquoi, sans doute, Jésus accède
volontiers à son exigence. C’est lui qui se déplace et qui vient
au-devant de Thomas en l’invitant à voir et à toucher ses plaies.
Puis il ajoute, comme une invitation à aller plus loin : « cesse
d’être incrédule, sois croyant. » Il me semble que nous pouvons lire
dans cette prévenance de Jésus ce qu’on peut appeler l’indulgence de
Dieu, sa faiblesse par amour, devant notre faiblesse par défiance.
Car l’attitude de Thomas illustre parfaitement ce qu’est le péché,
selon la Bible, à savoir la défiance devant toute parole qui dit que
Dieu est amour. Thomas ne croit pas, sur parole, que Dieu est pour
la vie, non pour la mort.
Dans le fond ce récit est une scène d’absolution. Jésus se rend au
désir dévoyé de l’homme et surmonte son péché. Il vient de dire que
ses disciples ont désormais le pouvoir de remettre ou de maintenir
le péché des hommes. Tout de suite, en faveur de Thomas, il remet le
péché fondamental de défiance.
Aussitôt, pour la première fois dans l’Évangile, par la bouche de
Thomas, le Christ est appelé directement « Dieu ». Thomas voit du
sensible, et confesse la présence de l’invisible. Il découvre un
Dieu transpercé par nos clous et nos lances, une faiblesse divine
plus forte que toutes nos violences.
Et c’est en regardant sans se lasser « celui que nous avons
transpercé » que Jean finira par découvrir et par dire « Dieu est
amour ».
Si nous savions ouvrir les yeux pour voir, nous découvririons nous
aussi, en tout homme blessé, celui que l’Apocalypse appelle «
l’agneau qui a été mis à mort ».
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