Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Deuxième dimanche de Pâques B                                                                        19 avril 2009

Père Jacques Trublet, jésuite           

 

Actes 4:32-35 ; Psaume 117 ; 1 Jean 5:1-6 ; Jean 20:19-31

Dans la nuit pascale où a retenti l'annonce « Christ est ressuscité », notre jubilation est grande et se manifeste par le chant de l'alléluia. Joie d'être sauvé, joie d'avoir reçu l'Esprit et joie du pardon des péchés !. Oui, Pâque est avant tout une bonne nouvelle qui se transmet depuis deux mille ans de génération en génération, mais repose sur la foi.

Or la foi n'exclut pas le doute. Doute des premiers témoins ; les quatre évangélistes le mentionnent et St Jean met en scène, si je puis dire, la figure du doute, en la personne de Thomas. Doute à toutes les générations. En effet, si des doutes ont assailli les premiers témoins, nous avons des raisons supplémentaires de douter de la résurrection. Ne serait-ce pas un mythe ? Que valent les témoignages évangéliques ? Et surtout, certains événements comme la souffrance et la violence qui perdurent dans notre monde. Depuis deux mille ans, il semble que le message pascal n'ait pas vraiment transformé notre monde.

Avec les Douze et Thomas, voyons comment le Ressuscité lui-même nous fait entrer dans le mystère de sa résurrection.

On a fait à Thomas une solide réputation. Dans d'autres passages de l'évangile, on montre qu'il comprend toujours à retardement et qu'il a besoin d'explications. Mais voir en lui un rationaliste avant l'heure qui ne croit que ce qu'il voit relève de la caricature. Le récit que nous venons de proclamer raconte comment il est devenu croyant.

- Parce qu'il était absent lors de manifestation du Christ, Thomas n'a pu rencontrer le ressuscité et il doit faire confiance au témoignage des Douze qui lui disent : « Nous avons vu le Seigneur ». Pour lui, comme pour nous, en effet, c'est d'abord sur le témoignage de l'Église que nous accédons au Christ ressuscité et la voix que Paul entend sur le chemin de Damas ne dit pas autre chose : « Je suis Jésus que tu persécutes ». En rigueur de termes, Paul ne persécute pas le Christ, mais l'Église, mais il découvre ce qui sera un trait fondamental de sa pensée que les deux sont indissolublement liés. Thomas refuse de fonder sa foi sur l'expérience d'autrui. Il veut fonder sa foi sur sa propre expérience, directement et sans médiation.

- Ensuite, Thomas cherche une preuve tangible qui confirmerait ce qu'il a entendu : Il veut voir et toucher. Seule une vérification empirique emportera sa conviction. Il veut s'assurer que ce qu'ont vu les Douze est bien le crucifié, à nouveau vivant, et qu'ils ne sont pas victimes d'une hallucination collective.

- Enfin, si au début de sa rencontre avec le Ressuscité le doute de Thomas est bien réel, très vite, il passe du voir au croire. Il ne mettra pas la main dans les plaies du Christ - contrairement à de nombreuses représentations de la scène -, car on ne met pas la main sur le divin. Le corps de gloire de Jésus échappe à nos sens, comme Dieu échappe à nos prises. Personne n'a assisté à l'instant où Dieu a ressuscité son fils.

Jésus met Thomas sur le chemin qui conduit à le reconnaître : « Cesse de te tenir en dehors de la foi et entre dans la foi ! ». Ce qu'il voit, ce sont les stigmates de la mort de Jésus, en disant : « Mon Seigneur et mon Dieu », il confesse que désormais, le crucifié est dans la Gloire. A travers le visible des plaies et du côté ouvert, Thomas entre dans l'invisible du Christ glorieux, qui était au commencent auprès de Dieu et était Dieu et qui pour toujours  est retourné vers le Père. Entre ces deux moments, - le temps de l'incarnation - il fut pour nous l'image visible du Dieu invisible.

En fin de compte, pour Saint Jean, il y a deux voies d'accès au Christ ressuscité :

- Celle des Douze et de Thomas qui identifièrent le Ressuscité avec le crucifié et qui, dans la force de l'Esprit ont rendu témoignage de leur expérience et qui nous ont transmis les signes que Jésus a fait afin que nous croyions que Jésus est le Messie, le fils de Dieu.

- La nôtre - celles des chrétiens de seconde génération - dont la foi en la résurrection repose sur les témoignages des premiers témoins et qui « croient sans avoir vu », mai à qui il appartient de manifester à ce monde la puissance de la Résurrection:

- D'abord, en sachant que dans la force de l'Esprit, nous pouvons annoncer au monde que le Christ est ressuscité en vivant de l'amour même du Christ dans nos communautés et dans notre monde.

- Ensuite, malgré la présence des stigmates de mort que porte encore ce monde, blessé par la guerre, la violence ou l'injustice être les témoins actifs de l'espérance, sûr que désormais le mal et la mort n'auront pas le dernier mot, mais tant qu'il restera un homme qui souffre quelque part, nous ne serons pas quitte.

Oui, la résurrection du Christ marque un moment irréversible de notre histoire, mais en même temps, nous sommes invités à rendre effective dans l'histoire jusqu'à la fin des temps la puissance d'amour dont elle fut le signe. Amen


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