Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

30ème dimanche A

 

 Matthieu 22, 34-40
 

 

 

Trentième dimanche A                        dimanche 23octobre 2005

 Père Jean-Yves Calvez,  jésuite

 

Canonisation du Père Alberto Hurtado

 

Matthieu 22, 34-40

Ce 23 octobre 2005, Benoît XVI canonise Alberto Hurtado, jésuite du Chili : quelques mots, à cette occasion, sur l’apostolat social des jésuites et de toute l’Eglise.

La canonisation aujourd’hui du père Hurtado, jésuite chilien, né en 1901, mort en 1952, il n’y a donc pas longtemps – je l’ai personnellement rencontré – , me suggère, frères et sœurs, de réfléchir avec vous sur l’apostolat social, des jésuites, du coup aussi de toute l’Eglise, et sur la relation de l’apostolat social et de tout apostolat spirituel, parce que cela se tient en effet. Alberto Hurtado, disons désormais saint Alberto Hurtado, vous l’avez entendu du père Thomasset, a consacré ses forces à  bien des tâches, l’Action catholique, beaucoup de prédication, de l’enseignement, une revue. Pourtant il est le plus connu pour avoir fondé des foyers du Christ, Hogar de Cristo, lieux d’accueil de tous les miséreux, mourants abandonnés aussi, comme Mère Teresa, et pour avoir associé, embarqué puis-je dire dans cette initiative quantité de gens de la ville, les secouant vigoureusement. Il a travaillé de même auprès de chefs d’entreprises, d’employeurs, d’ouvriers : à les convaincre de la doctrine sociale catholique, la considérant comme essentielle à la foi, intérieure à elle. Cet « amoureux du Christ », comme l’on a dit, ne pouvait pas ne pas être amoureux aussi de tous les frères et sœurs du Christ, des malheureux surtout. Chaleureux et proche, toujours. Il s’inscrit pleinement dans l’apostolat social, quelque chose de crucial pour la Compagnie comme pour toute l’Eglise.

Chez les jésuites cela vient de loin. J’ai souvenir, dès ma jeunesse, d’ouvriers apostoliques, vieux et jeunes, totalement voués aux pauvres de leur ville, aux prisonniers, aux ouvriers exploités, aux femmes du service domestique ; ces jésuites étaient considérés comme parmi les plus dévoués, images du Christ en somme. Il y a eu ensuite une adaptation à notre temps et comme une relance et un approfondissement, en adjoignant à ce qui se faisait déjà une activité intense pour la transformation, chrétienne autant que possible, de la société; on  a dit : de ses « structures », de ses institutions. Ce fut dans la foulée de l’Assemblée de l’épiscopat latinoaméricain de Medellin (1968), du Synode des Evêques sur la Justice dans le monde (1971), du Synode sur l’Evangélisation aussi (1974). Au total, depuis ce réveil, en trente années, beaucoup a été accompli. Le nombre de jésuites dans les tâches plus marquées par ces préoccupations s’est accru. Même compte tenu de l’amenuisement numérique en certains régions, la présence dans des milieux de pauvreté – bidonvilles, banlieues, favelles – est plus forte qu’hier. En toutes sortes de rencontres, dans la Compagnie, dans ses provinces, on donne occasion de faire état de leur expérience spirituelle à ceux qui se trouvent socialement les plus engagés. Nombre de jésuites ont des pauvres pour amis – comme Ignace l’avait souhaité dès le début.

Qu’est-ce qui anime cet engagement? De l’explicitement spirituel, faut-il dire, exactement ce qu’avait retenu la 32e Congrégation, par ces mots: « Il n’y a pas de conversion authentique à l’amour de Dieu sans une conversion à l’amour des hommes, et, par là, aux exigences de la justice »[1]. Amour de Dieu donc, amour des hommes, justice. Ou bien : désir de justice, amour des hommes, amour de Dieu.

Et comment les jésuites rattachent-ils l’apostolat social en particulier aux « Exercices spirituels », leur patrimoine ? Leur référence la plus fréquente est la contemplation de l’Incarnation. Beaucoup d’entre vous connaissent ce moment clé : quand le Fils est envoyé, quand il est fait homme.  Les jésuites insistent sur ce qu’il y a, là, de misère et de violence selon les termes d’Ignace : hommes « en guerre », hommes « qui pleurent », « malades », hommes « qui meurent », à côté assurément d’autres qui sont en paix, en santé, ou ont toute la vie devant eux (ce contraste même fait partie du tableau). Hommes « aveugles » par ailleurs, et encore hommes qui « frappent », qui « tuent », vont « en enfer ». Cette misère, cette violence atteint le cœur de Dieu. A ces hommes concrets nous sommes envoyés comme le Fils leur est envoyé : et l’apostolat social fait partie de cela, tout apostolat en vérité.

La réponse est, d’autre part,  « l’amour », selon Ignace en sa Contemplation pour parvenir à l’amour : amour « effectif », amour « qui travaille », amour « communication réciproque », à la base de tout apostolat social précisément. Voilà … ce que je voulais souligner, frères et sœurs, du désir de ces jésuites, que vous fréquentez, dans cette église et ailleurs. Saint Alberto Hurtado leur frère va sûrement les inciter à poursuivre dans ces tâches si chrétiennes, c’est-à-dire tellement à l’unisson de la religion de l’homme-Dieu – avec toutes ses dimensions concrètes, sociales entre autres. Il va vous inciter vous aussi, j’en suis sûr, car toute l’Eglise est de même appelée, chacun de nous, chacun de vous. Je vous souhaite de réfléchir, cette semaine surtout, à la plus grande part que vous pouvez, devriez prendre à cet apostolat, en partant du plus profond, du plus essentiel, du plus spirituel. Lisez, relisez, je vous la recommande, la page que l’église saint Ignace a mise à votre disposition : d’Alberto Hurtado, « Qui aimer ? », ou le petit livre « Comme un feu sur la terre », à trouver au Centre Sèvres, ici à côté. Amen

[1] Ou bien : « Notre mission veut que nous introduisions à l’amour du Père, et, par lui, inséparablement à l’amour du prochain et à la justice » (ibid).