Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

30° dimanche B

Marc 10, 46-52

 

 

 30ème dimanche B

     Père Yves de Kergaradec, jésuite

 

Marc 10, 46-52


 "Aussitôt l'homme se mit à voir, et il suivait Jésus". "Aussitôt" qu'il a entendu Jésus lui dire: "Va, ta foi t'a sauvé". Bartimée a été sauvé avant d'être guéri. Il a été sauvé dès qu'il a commencé à croire, bien avant la rencontre d'aujourd'hui. Pour nous, c'est une bonne nouvelle. Plus que d'être guéri, l'essentiel est de croire et d'aimer sans condition, même si nous devons rester infirme ou malade jusqu'à la fin de notre vie. L'essentiel est de permettre au salut de Dieu d'être au travail en nous, par la foi.
"L'homme se mit à voir, et il suivait Jésus". Tout dans notre évangile porte à suivre Jésus, sans que rien ne l'impose. Tout nous invite à nous émerveiller de sa fidélité et de sa discrétion. Il n'a jamais cessé d'être avec Bartimée, de souffrir avec lui, mais dans l'ombre. En retour de ce qu'il a fait pour lui, il aurait pu lui demander n'importe quoi. Il ne lui a laissé que l'ordre le plus bref et le plus libérant qui soit: "Va!" Tu es libre d'aller où tu veux. Je ne te retiens pas. Entre nous deux, pas de marché donnant-donnant: je te guéris et tu me suis; une bonne action contre une récompense… C'est "ta foi" qui t'a "sauvé". Elle t'a conduit à la lumière. Elle t'a fait naître à nouveau. Mon seul commandement est que tu vives, en te laissant guider par l'élan qui t'a mené jusqu'à moi.

Pour la plupart des gens, peut-être pour son père et parfois pour lui-même, Bartimée n'était qu'à demi vivant, une sorte de paria sans aucun avenir. Depuis combien de temps et pourquoi était-il aveugle: accident, maladie, négligence de Timée ou faute personnelle? L'évangile n'en dit rien. Il lui suffit de suggérer qu'il ne s'est pas laissé abattre. Il mendiait pour du pain ou quelques sous à ramasser dans son manteau; mais, au bord de la route, il attendait quelqu'un qui lui donnerait plus: non seulement des yeux neufs, mais une vraie présence qui ne lui ferait plus jamais défaut.
Il écoutait beaucoup et avec attention quand il entendait parler de Jésus. Son enseignement, son genre de vie, ses miracles, mais aussi les critiques de plus en plus violentes des notables, il méditait tout cela dans son cœur. Comment cet homme peut-il faire tant de bien s'il ne vient pas de Dieu? Est-ce qu'il ne serait pas le fils que le Seigneur a promis à David? Plus il réfléchissait, plus l'espoir le gagnait. Dans son interminable nuit, il voyait le messie, le bon pasteur, se rapprocher de sa brebis perdue. Il l'appelait, il l'attendait…

Jésus a voulu prendre cette route pour monter à Jérusalem. Il y a rendez-vous avec la mort et tous ceux qui font alliance avec elle. Dans quelques jours, il sera mis en croix et il rendra l'esprit en lançant par deux fois un grand cri vers son Père: non pas le dernier soupir d'un mourant, mais le cri de victoire et la supplication d'un nouveau-né. Il y a des prières qui viennent de si loin, de si profond, qu'elles portent jusqu'au ciel. Elles ne peuvent pas ne pas être exaucées, aussitôt, demain ou le troisième jour.
Jésus monte vers sa passion par le chemin de Bartimée. Il l'entend crier par deux fois : "Jésus, fils de David, aie pitié de moi!" Cet appel au secours et cette confession de foi ont une telle force, un tel accent, qu'il a dû s'arrêter. Il n'y a que la foi qui puisse l'arrêter sur son chemin. Personne jusque là n'avait encore osé lui donner publiquement ce titre de messie. Il fallait qu'un pauvre soit le premier, juste avant la passion. Beaucoup dans la foule ont cherché à le faire taire. Mais Jésus a pris parmi eux des messagers pour lui annoncer la bonne nouvelle: "Confiance, lève-toi; il t'appelle".
"Va, ta foi t'a sauvé". L'assurance que donne Jésus et son commandement sont pour chacun de nous. C'est le secret de notre liberté. Croire en Jésus, crier vers lui du fond de notre nuit, nous laisser travailler par lui, il n'y a rien de plus heureux. L'Evangile et les saints en témoignent. Dès qu'il a été appelé, l'aveugle "a jeté son manteau, bondi et couru vers Jésus"… Miracle de la foi!