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30ème
dimanche B
dimanche 29 octobre 2006
Père
Guy Delage, jésuite
Marc 10,
46-52
Jésus sortait de Jéricho autour de lui, ses disciples et la foule
nombreuse, oppressante. Au bord de la route, à l’écart rejeté hors du
lieu de passage, un mendiant aveugle. Son nom : Bartimée. C’est le
fils de Timée. Il ne voit pas. Alors pour se faire entendre, il donne
de la voix. Il se met à crier et son cri rejoint le cri de guerre que
le peuple a lancé au son du Shophar sous la conduite de Josué. Et les
remparts de Jéricho s’écroulèrent. Ce même cri faisait déjà écho au
cri des israélites « gémissant de leur servitude, (ils) crièrent, et
leur appel à l’aide monta vers Dieu, du fond de leur servitude » c’est
ce que nous dit la bible au début du livre de l’Exode. Et si on
continue on peut lire : « Dieu entendit leur gémissement ; Dieu se
souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob ».
Ici, ce n’est pas un cri de guerre que Bartimée lance à Jésus mais un
cri qui retentit loin dans le temps, et qui inscrit Jésus dans la
lignée davidique celle là même qui ouvre l’évangile selon saint
Matthieu.
Alors beaucoup des gens de la foule cherchent à le faire taire. C’est
gênant, presque indécent qu’il crie comme ça en public. Mais lui
criait de plus belle : « fils de David aie pitié de moi ».
Au milieu des cris et des agitations de la foule, Jésus donne l’ordre
qu’on l’appelle. Remarquez que la parole de Jésus est relayée par
d’autres, par quelques uns de ceux qui sont dans la foule. Et elle
arrive comme ça jusqu’à Bartimée sous la forme d’un appel à la
confiance. « Confiance, lève toi, il t’appelle ». Appel à la confiance
mais aussi appel à se lever. Dieu, c’est celui qui relève … alors
confiance la délivrance est proche.
A l’appel de Jésus, Bartimée répond par des actes et non par des
discours : il bondit, jette son manteau et court vers Jésus. On
imagine la course hasardeuse, incertaine de cet homme privé de la vue,
plongé dans les ténèbres. Et pourtant il court vers Jésus. Il court
vers lui parce qu’il croit que Jésus peut le sauver.
A notre tour reprenons à notre compte le cri de Bartimée. Et si les
mots nous manquent pour crier vers Dieu prenons ceux que nous donne
les psaumes : « Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur. Ecoute
moi. » (Ps 129). Tout comme le cri de Bartimée a été relayé par des
gens dans la foule, notre propre cri est relayé, lui aussi, par le
psalmiste. Chaque fois qu’un pauvre cri, le Seigneur entend nous dit
le psaume 30. Dieu entend les cris de détresse qui lui sont adressés
et nous invite à la confiance. Quand nous n’avons plus que notre cri
pour nous faire entendre, quand tout nous échappe, quand nous n’avons
plus prise sur notre vie, qu’il ne nous reste plus que la confiance et
que nous la lui offrons, alors le champ est libre, Dieu peut agir.
« Confiance, il t’appelle. » Il m’appelle ici et maintenant, dans
l’aujourd’hui de mon histoire. Il m’appelle à venir à la lumière, à
faire tomber les murs qui entourent mon existence, à quitter les
basses eaux pour aller vers la terre qu’il m’indiquera. Libre à moi de
répondre à son appel même dans les conditions les plus
invraisemblables à vue humaine. Bartimée est aveugle, sans rien voir,
il court vers Jésus en s’appuyant uniquement sur la confiance «
aveugle » qu’il a envers Jésus. Et moi, où ai-je placé ma confiance ?
Suis-je prêt à laisser tomber mon manteau, les protections que j’ai
mises en place et derrière lesquelles je peux m’abriter ? Les murs qui
font de ma vie une forteresse semblable à Jéricho, je les connais. Ils
ont pour noms : temple des illusions, mensonge, vie selon les
apparences où chacun est considéré d’après ce qu’il représente, où
chacun est pris dans l’engrenage de la compétition. Qui n’écrase pas
est écrasé…
Au son du Shophar les murs de Jéricho sont tombés. La vie par
procuration, selon les apparences ne fait pas vivre. Elle donne
l’illusion de nous faire vivre. Elle nous enferme dans le mensonge.
Malgré tout n’oublions pas que le Seigneur a ramené les captifs à
Sion. Un jour l’exil a pris fin et le peuple a retrouvé Jérusalem, la
« ville où tout ensemble ne fait qu’un. » Notre délivrance est proche
pour nous aussi.
« Confiance, lève-toi ; il t’appelle. »
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