Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Trentième dimanche B                                                             dimanche 25 octobre 2009

Père Laurent Basanese, jésuite                                                          

Marc 10, 46-52

Le Seigneur passe… Quel chance a-t-il eu, pouvons-nous dire, ce pauvre mendiant connu de tout le monde, Bartimée, le fils de Timée ! Il s’est fait entendre par Jésus de Nazareth qui sortait de Jéricho pour se rendre à Jérusalem ; il a réussi à vaincre les résistances de la foule qui le rabrouait vivement, elle qui pensait que l’on dérangeait le Fils de David… Cette foule aurait pu le conduire spontanément au Christ, si elle avait compris qu’Il était venu pour les malades et les pécheurs, non pour les biens-portants et les justes. Nous sommes à quelques jours de la Passion, et les disciples – c.à-d. les gens qui suivent Jésus de près – n’ont pas encore compris jusqu’où va son amour ; ils n’ont pas encore compris qu’Il est venu pour les autres, pour servir, non pour être couronné roi. D’ailleurs, si les disciples du Christ avait su que, demain, Il porterait une couronne de dérision, combien auraient-ils été sur la route à marcher derrière lui si fièrement ? Evidemment, cette foule n’a pas encore vécu Pâques, disons-nous, elle n’a pas été « retournée », bouleversée par le « retour » du Christ du séjour des morts, elle est encore non convertie, bien humaine… Evidemment, aussi, un groupe, par définition, a un comportement grégaire, moutonnier : chacun fait ce que font les autres, et gare à celui qui se distingue par son attitude, sa tenue vestimentaire ou ses propos ! Qui aime vraiment les foules ? On lui préfère les petits groupes, surtout si on peut y faire sentir son influence…

« Voici […] que je les rassemble des extrémités du monde, dit le Seigneur dans la 1ère lecture. C’est une grande assemblée qui revient. […] Faîtes résonner vos louanges et criez tous : "Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël". » Par ces résistances à aimer la foule, c.à-d. à aimer beaucoup de gens – même des inconnus –, le risque est d’oublier que nous sommes chrétiens avec d’autres et pour d’autres, jamais seulement pour « se réaliser » soi-même ou pour quelques uns, quelques « élus. » Le risque est de se contenter de son petit réseau, de son cercle d’amis (ceux qui ne nous contrediront jamais), de ses petits projets, sans oser rêver plus grand, sans avoir de grands désirs pour soi, pour l’Eglise, pour le monde. Le risque, c’est de ne pas laisser souffler l’Esprit qui rassemble et libère, qui appelle et envoie, cet Esprit qui animait sainte Thérèse de Lisieux notamment, copatronne des missions avec saint François-Xavier, laquelle disait : « J’ai des désirs plus grands que l’univers ! » Car l’assemblée vivant de l’Esprit de Dieu n’est pas un petit groupe humain anonyme comme les autres (sinon, il faudrait se poser des questions) : elle est un peuple où chacun doit trouver sa place, son style, où personne n’a peur de son voisin, où personne ne juge, car le Juge, c’est un Autre, c’est Dieu, Celui qui convoquera tous les peuples au dernier jour. Nous avons à apprendre à aimer ce peuple-là, frères et sœurs, à nous préparer collectivement à cette Rencontre, car la vie en communion avec Dieu, c’est la vie tous ensemble avec Dieu.

Nous suivons le Christ, depuis 1 an, 10 ans, 50 ans… Comment faire pour ne pas être de ceux qui « interpellent vivement » les hommes, les femmes, les jeunes qui voudraient s’approcher du Seigneur pour les « faire taire » ? Comment faire pour être toujours de ceux qui encouragent, consolent, redonnent de l’espérance en disant à celui qui est dans l’épreuve : « Confiance, lève-toi, Il t’appelle ! » ? Certainement en nous rappelant souvent d’où nous venons, d’où le Seigneur nous a tiré, de quel aveuglement Il nous a guéri, par quelle lumière Il a illuminé nos vies. Nous étions cet aveugle mendiant sur le chemin, mais aujourd’hui, nous participons à son « sacerdoce royal », aujourd’hui, nous avons mission « d’intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu », comme dit la lettre aux Hébreux, c.à-d. de les aider à s’approcher de Dieu, à connaître le Christ qui passe : c’est cela le sacerdoce nouveau, baptismal et ministériel : être prêtre pour les hommes, dans le monde, et non plus dans un Temple, être prêtre en marchant, en allant à la rencontre des autres.

Evidemment, pour ne pas nous enorgueillir d’être mis avec le Christ au service des hommes, pour ne pas être tenté, non plus, de quitter ce « peuple racheté » au prix du sang du Christ à cause de ses lâchetés (ou de nos lâchetés) et courir après d’autres soi-disant maîtres de sagesse, encore faut-il entretenir notre désir de Dieu, notre connaissance du Christ, et nourrir notre foi. Aujourd’hui, le Seigneur passe… « Oseras-tu lancer ton cri de joie ? » Et Il nous pose cette question : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Alors, pourquoi tarder ? Attendrons-nous un autre rendez-vous ? C’est aujourd’hui le moment favorable. Prenons avec lui le chemin de la vie !


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