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31ème dimanche A
Malachie 1,14b–2,10
Ps 130
1 Thessaloniciens 2,7b-13
Matthieu 23,1-12
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Trente et unième
dimanche
A
dimanche 30 octobre 2005
Père Marc Rastoin, jésuite
Pas très facile – et un peu paradoxal ! - de parler comme prêtre après
des lectures si sévères, la première sur « les prêtres », la
seconde sur ceux « qui enseignent » «N’appelez personne sur
terre ‘père’... Ne vous faites pas appeler ‘maître’»... Je
pourrais me consoler en observant que l’on appelle souvent des laïcs
‘monsieur’, c’est-à-dire ‘mon Seigneur’ alors que Dieu seul est ‘le
Seigneur’ ! Et que, dans les monastères, on parle du ‘Père abbé’, ce
qui est un pléonasme, puisque que ‘Abba’ signifie Père, ce qui donne
‘père père’ !
Quel est le souci de Jésus ? Que
chaque fils du peuple d’Israël ait une conscience aiguë d’être fils,
que chaque fils d’Abraham se sente appelé à la même mission. Dans
l’histoire d’Israël comme de l’Eglise, il peut régulièrement surgir la
tentation de distinguer parmi les fils, entre les « spécialistes de la
religion » et les autres. Jésus insiste ici sur ceux qui veulent « se
faire donner » un titre. Mais, dans cette question des titres et
des appellations, deux interlocuteurs sont impliqués. Si certains
peuvent rechercher certains titres, d’autres peuvent être soulagés
d’avoir des intermédiaires et des ‘spécialistes de la religion’. Le
problème n’est pas tant l’appellation que ce qu’elle entraîne dans
l’esprit de ceux qui les utilisent… Est-ce pour en tirer orgueil ?
Est-ce pour se défausser d’une recherche personnelle ? Combien de
chrétiens se forment toute leur vie à lire la Bible et à prier ?…
Observons une chose. Jésus lui n’a jamais ‘exigé’ un nom… Mais il en a
accepté ! Il a reçu le titre de « rabbi. » Et même après la
Résurrection, Marie-Madeleine l’appellera encore « Rabbouni. »
Il dira aussi : « Vous m'appelez ‘Maître et Seigneur’ et vous dites
bien, car je le suis » (Jn 13,13) mais c’est avant le lavement des
pieds... Si le nom donné correspond à une vraie relation, il peut être
légitime d’appeler quelqu’un « rabbi » et même « père ». Quelqu’un qui
nous engendre vraiment à la vie de Dieu, on peut, en toute justice,
l’appeler ‘père’. Je pense à deux personnes de la Bible. Elisée
s’exclama à la mort d’Elie son maître : « ‘Mon père! Mon père!
Chars et cavalerie d'Israël!’ » (2 R 2,12). Elisée avait été
engendré à la vie de Dieu par Elie. Ce cri dit son attachement. Quant
à Paul, Paul qui connaissait les paroles de Jésus, Paul qui sans cesse
souligne l’égalité de tous les baptisés, dont nous entendons résonner
chaque dimanche le « mes frères » au début de l’épître, eh bien, ce
Paul là n’hésite pas à dire : « Quand vous auriez dix mille
pédagogues en Christ, vous n'avez pas plusieurs pères. C'est moi
qui, par l'Évangile, vous ai engendrés en Jésus Christ. Je vous
exhorte donc: soyez mes imitateurs » (1 Co 4,15-16) ! D’une, il se
qualifie comme ‘père’ et deux, il demande qu’on l’imite ! Rien de
moins ! Pourquoi le peut-il ? Parce que, ces Corinthiens, il les a
engendrés à la vie de Dieu ! Et dans notre lecture d’aujourd’hui même,
il se compare en outre à une mère pleine d’attention envers ses
nourrissons. N’y a-t-il pas des chrétiens, des chrétiennes, qui ont
été comme des pères et des mères pour nous ?
Je pense à François Xavier qui écrit
en Inde à St Ignace « mon unique père dans les entrailles du
Christ »… Il reconnaît en Ignace celui qui l’a engendré à la vie
de Dieu. Ils étaient tous deux étudiants et laïcs à Paris et Ignace
l’a engendré à la vie de Dieu. Ici, il n’est plus question d’âge ou de
statut ou de titre…. En réalité, nous sommes tous appelés à être
‘père’ les uns pour les autres. L’Evangile d’aujourd’hui nous renvoie
au plus essentiel : Et si, pour témoigner que nous sommes vraiment les
fils du Père céleste, il nous fallait être vraiment père et mère les
uns des autres ? Jésus le sait bien lui qui appellera ses disciples « mes
petits enfants » (Jn 13,33). lui qui est le frère aîné, il parle
comme un père et il dira aussi avant d’entrer à Jérusalem : « Jérusalem,
Jérusalem… combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme une
poule rassemble ses poussins sous son aile » (Mt 23,37). Ce sont
les paroles d’une mère… Si, en Jésus, Dieu le Père nous a aimés comme
un Fils, ne nous faut-il pas, comme fils, nous aimer les uns les
autres comme des pères ? Comme des pères prêts à donner leur vie pour
leurs enfants, gratuitement, spontanément, sans attendre de
récompenses. Pour témoigner du Père, être vraiment ‘père’. En actes
plus qu’en paroles. Prêtre comme laïc, nous sommes appelés à prêcher
l’Evangile, à ce que notre ‘faire’ soit harmonisé avec notre ‘dire’,
appelés à témoigner par toute notre vie de l’unique paternité de Dieu,
appelés à porter les fardeaux les uns des autres, appelés à scruter
les Ecritures, à vivre en témoins fidèles. Car en vérité, comme le
dira St Paul, notre vocation nous « a appelés à une seule
espérance, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul
Dieu et Père de tous, qui règne sur tous, agit par tous, et demeure en
tous » (Ep 4,4-6). |