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31ème
dimanche B
dimanche 5 novembre 2006
Père
Marc Rastoin, jésuite
Marc 12,
28b-34
A première écoute, l’évangile que nous
venons d’entendre est simple à comprendre. Difficile à vivre… mais
simple à comprendre ! A une deuxième écoute, il y a plusieurs chose
étranges. Premier étonnement: nous avons un scribe qui pose une
vraie question… Non pas une question pour piéger Jésus mais une
question réelle. A la fin Jésus fera son éloge : « Tu n’es pas loin
du Royaume ». Deuxième étonnement, nous avons bien une question
posée mais - à y regarder de plus près - avons-nous une vraie
réponse de Jésus ? On lui demande un commandement et il en
donne deux. Alors Jésus esquive-t-il la question ? Troisième
étonnement, c’est en fait le scribe lui-même qui va répondre à sa
propre question. Dernier étonnement, Jésus loue la réponse du
scribe, réponse à une question que Jésus n’a pas posée explicitement.
Mais qu’apporte de plus cette réponse ? En quoi est-elle « judicieuse »,
pleine des sagesse ?
Dans le premier échange du
dialogue, il y a comme une incertitude qui plane sur les intentions de
chacun. Le scribe est-il sincère ou hypocrite en posant cette
question ? Les scribes n’ont-ils pas pour objectif de vouloir
‘coincer’ Jésus ? Et Jésus qui répond en se refusant à donner un
seul commandement n’évite t-il pas ainsi de répondre ? Pire même, ne
lui répond-il pas comme il l’avait fait à Satan dans les tentations,
en citant uniquement deux paroles de la Torah ?
En réalité, Jésus ouvre un
espace dans lequel le scribe va pouvoir parler et pouvoir donner
lui-même sa réponse. Ce scribe montre ainsi que c’était un vrai souci
de Dieu qui l’animait… au point de voir en Jésus un prochain qui
pouvait l’éclairer. Le scribe vivait déjà ce qu’il répond à
Jésus : il aime son prochain, et même son ennemi, car Jésus a eu des
propos sévères sur les scribes. Alors Jésus reconnaît en lui un
véritable fils d’Israël, un homme animé par le même Esprit que lui. « Recherchez
d’abord le Royaume et sa justice et le reste vous sera donné par
surcroit » Le scribe s’est fait le prochain de Jésus en s’avançant
vers lui et entrant en dialogue avec lui avec sincérité et
courage.
S’il peut formuler sa propre
réponse à une question que Jésus ne lui a pas directement posée, c’est
qu’il vivait déjà de son esprit. Mais quelle est cette réponse ? En
quoi ajoute-t-elle quelque chose à ce qu’a dit Jésus ?
Le scribe unit les deux
commandements dans une même phrase comme pour mieux dire qu’ils ne
font qu’un. Le 1er des commandements n’est pas seulement le
premier par ordre chronologique mais il « vaut mieux » que les
autres y compris ceux qui concernent le service cultuel de Dieu dans
le Temple. Aimer consiste à mettre tout ce que l’on est, et tout ce
que l’on a, au service du bien de celui que l’on aime. Il s’agit
d’aimer avec son cœur et son âme c’est-à-dire sa vie et aussi avec son
intelligence, et avec toute sa force, c’est-à-dire toutes ses
ressources, c’est-à-dire ses biens. Comment pourrions-nous aider Dieu
avec notre intelligence lui dont l’intelligence est insondable et
comment l’aider de nos biens, lui qui n’a nul besoin de nos
offrandes ? N’est-ce pas le prochain que nous pouvons aimer ainsi de
toute notre intelligence et de tous nos biens plutôt que de consacrer
ses ressources à Dieu ?
Consacrer toute son
intelligence, toute sa vie, tous ses biens, à aimer son prochain comme
créature de Dieu, « vaut mieux » que tous les sacrifices faits
à Dieu. Le scribe montre ainsi qu’il a compris ce qui fait le cœur de
la vie de Jésus : son amour de Dieu est cela même qui le fait aimer en
actes les prochains qu’il rencontre et il consacre toute son
intelligence, toute sa vie et toutes se ressources à cet unique amour.
Nous avancer vers notre prochain et lui parler vraiment, quelle que
soit son statut social ou sa sensibilité ecclésiale – latin ou pas
latin - quel que soit sa religion ou son vote, Sarko ou Ségo… voilà ce
qui fait s’approcher le Royaume.
Que le Seigneur nous donne de
ressembler ainsi à ce scribe qui ressemble lui-même au Christ et
d’aimer notre prochain en actes et en vérité en nous avançant vers lui
et de faire ainsi s’approcher son Royaume. Amen. |