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31° dimanche C
Sagesse 11,23-12,2 Psaume
144
2 Thessaloniciens 1,11-2,2
Luc 19,1-10
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31° dimanche
C
Père Jean-Paul Mensior, jésuite
On ne sait pas pourquoi Zachée voulait voir Jésus, mais l’essentiel
nous est dit : il cherchait à voir Jésus.
L’évangile ne dit pas que Jésus cherchait à voir Zachée, mais Zachée, perché
sur son arbre, échappait difficilement aux regards. Il suffisait à Jésus de
lever les yeux pour rencontrer le regard de Zachée. Car cette histoire, c’est
celle de deux regards qui se rencontrent.
Avec cette rencontre, quelque chose de nouveau arrive à Zachée : il n’est pas
habitué à ce qu’on pose les yeux sur lui comme le fait Jésus. Ce qu’il connaît
bien, lui, le chef des collecteurs d’impôts, le pécheur public, ce sont les
yeux qui se détournent sur son passage, les regards méprisants qui le
blessent, même s’il sait bien où sont ses torts. Il était venu pour voir, et
voilà que c’est lui qui est vu, et par quel regard ! Un regard, tout
l’évangile l’atteste, qui ne rejette jamais, qui ne distingue pas entre les
bons et les méchants, les purs et les impurs, qui ne juge pas, qui ne condamne
pas. Un regard qui accueille, qui ranime. Un regard aimant et qui, par
conséquent, fait vivre. Combien pourraient en témoigner ! La Samaritaine,
rencontrée au bord d’un puit, la pécheresse en larmes aux pieds de Jésus chez
le pharisien Simon, la femme adultère, quand le regard baptismal de Jésus
avait lavé son mal, Pierre quand le regard de Jésus avait croisé le sien, dans
la cour du grand -prêtre, et beaucoup d’autres.
Aujourd’hui le regard de Jésus s’adresse, en Zachée, à l’enfant de Dieu et au
fils d’Abraham le croyant, qu’il n’a jamais cessé d’être, tout pécheur qu’il
soit. Il était venu simplement pour voir, et il n’en croit pas ses oreilles
quand il entend Jésus l’appeler par son nom, comme s’il s’agissait d’une
vieille connaissance, et comme si Jésus n’était venu à Jéricho que pour le
rencontrer, lui, si indigne aux yeux de tous, et sans doute aussi à ses
propres yeux. Étonnement qui se transforme en joie quand il entend Jésus lui
demander de descendre vite de son arbre parce qu’il veut loger chez lui.
Vous connaissez la suite ; en entrant dans sa vie, Jésus réveille chez Zachée
ce qu’il y a de meilleur en lui. La présence de Jésus, le Pauvre par
excellence, le dépouille de lui-même et de ses richesses. Le regard de Jésus
transforme son propre regard sur ce qui comptait tant pour lui : l’argent. Il
a suffi qu’une seule fois il soit accueilli dans l’amour, à travers le regard
de Jésus, pour qu’il devienne capable d’accueillir les autres avec la même
générosité : « Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si
j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »
Écoutons bien ce que Jésus dit alors : « Ton salut entre avec moi, car le Fils
est venu chercher et sauver des gens tels que toi. » Au-delà de Zachée ces
paroles rejoignent chacun de nous, car chacun de nous est regardé par Jésus
comme l’a été cet homme, et c’est à chacun de nous que Jésus dit : « Je veux
loger chez toi. »
Oui, c’est pour cela que Jésus est venu : pour nous toucher au cœur ; pour que
la blessure de l’amour soit en nous plus forte que la blessure que nous fait
le péché, et que, pour notre joie et pour celle de Dieu, soit sauvé en nous ce
qui est perdu, ou en péril de l’être. |