Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

Trente et unième dimanche C                                                                                                   4 novembre 2007

Père Marc Rastoin, jésuite

Luc 19,1-10

         En 1998, avec un groupe de compagnons, nous marchions dans le camp d’Auschwitz avec un rabbin américain et une guide polonaise. Subitement nous sommes trouvés devant une cellule remplie de fleurs, un lieu spécial. C’était là qu’était mort Maximilien-Marie Kolbe, qui avait accueilli des centaines de juifs dans son couvent. Le rabbin releva alors que, dans les années 30, Kolbe avait attaqué durement les juifs dans ses articles, publiés à des millions d’exemplaires. Il y eut un léger silence. La guide, sans contester le fait, dit simplement: ‘un homme peut changer…’… Un homme peut changer… Un homme peut-il changer ? Nous en doutons parfois… pour nous et pour les autres…

         * Or, dans l’Evangile, nous ne cessons de voir des hommes et des femmes changer. Changer de vie, changer de cœur, changer d’orientation. Se convertir. Aujourd’hui, c’est Zachée. Deux désirs se rejoignent : Jésus veut être accueilli et Zachée souhaite… Souhaite quoi d’ailleurs ? Il ne sait peut-être pas très bien ce qu’il souhaite. Venu pour « voir » Jésus, il va d’abord être vu puisque Jésus lève les yeux sur lui. Et il va ensuite l’entendre, sans doute à sa grande surprise : « Descends vite: il me faut aujourd'hui demeurer chez toi ! » Tous les « il faut » de la Passion ont pour seul but ce ‘demeurer chez nous’… C’est Jésus qui prend l’initiative et Zachée en reste comme sans voix. Mais il fait ce que Jésus a dit. Il va ensuite faire ce que Jésus n’a pas dit… « Eh bien! Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens et, si j'ai fait tort à quelqu'un, je lui rends le quadruple ». Jésus n’a rien exigé ; Jésus n’a rien dit ; il n’a rien demandé… Mais son exclamation dit bien que Zachée a prévenu son désir : « Aujourd'hui, le salut est venu pour cette maison ».

         * Zachée nous montre ce que signifie rencontrer le Seigneur. C’est une rencontre de deux désirs discrets. Zachée désirait recevoir Jésus et il n’osait pas trop le dire. Jésus prend l’initiative. De son côté, Jésus désirait que Zachée change de vie mais il voulait que la décision vienne de lui. Zachée à son tour prend l’initiative ! Quel bel exemple d’échange des désirs et des volontés ! Quelle conjonction de respect et de liberté ! Dieu nous respecte trop pour nous dicter les décisions à prendre. Le respectons-nous assez pour ne pas exiger de lui qu’il nous les dicte ?

         Il en va de la foi authentique comme de l’amour vrai : nul ne veut exercer sur l’autre la moindre pression : ‘Aimer c’est renoncer à utiliser envers l’autre les moyens de la puissance’ disait Jean Lacroix. Au moment où Jésus va descendre au plus bas de son chemin, vers l’impuissance absolue, c’est un homme qui descend vers lui et l’accueille. Nul doute que Jésus a vu dans cette dernière visite chez un pécheur, dans cet ultime accueil, comme la confirmation de sa mission de Messie pacifique et désarmé.

         * En méditant sur cette rencontre, nous sommes parfois tentés de négliger l’aspect financier que prend le salut de Zachée. Zachée ne se met pas à ‘suivre’ Jésus, comme Pierre et Jean, les pécheurs de Galilée. Rien d’extraordinaire dans son annonce après tout : Zachée se dit prêt à rembourser ceux qu’il aurait éventuellement lésés. C’est bien normal ! Et il donne de son bien propre. Rien ne dit qu’il change de métier… Ce qui surprend c’est la proportion de sa générosité. Son geste est celui d’un grand seigneur. Un geste généreux effectué avec panache. Mais n’oublions pas qu’il porte sur l’argent. ‘Une religion qui ne touche pas au sang, au sexe et à l‘argent n’est pas une religion sérieuse’ disait un sage. Pour Jésus, la religion est une affaire sérieuse ! Elle touche les dimensions fondamentales de l’existence. Elle engage toute la vie. C’est en voyant une pauvre veuve mettre deux piécettes, tout ce qu’elle avait pour vivre, que Jésus a été profondément ému dans le Temple, y voyant la figure du geste qu’il s’apprêtait à faire : offrir sa vie au Dieu de l’univers: Que peut-on donner de plus que la vie ? Interrogeons-nous sur notre usage de l’argent. Que donnons-nous ? De notre nécessaire ou de notre superflu ? Fasse Dieu que nous donnions vraiment même notre superflu !!

         Au moment de recevoir celui qui a tout donné pour que ses frères aient la vie et la vie en abondance, demandons à l’Esprit Saint de nous aider à nous donner, nous aussi, à nos frères, discrètement mais réellement, généreusement. Amen.